Hôpital Public : Le sauver, maintenant

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C’est un des chantiers les plus urgents auxquels doit s’atteler maintenant Emmanuel Macron : sauver l’hôpital public. Même si certains soignants eux-mêmes n’y croient plus. « On a l’impression que, pour Macron, l’hôpital public appartient au passé, il va l’achever », déplore auprès de Charlie André Grimaldi, professeur émérite de diabétologie au CHU de la Pitié-Salpêtrière (Paris 13e). Malgré le Ségur de la santé, qui a proposé une revalorisation salariale, la question de la crise de l’hôpital public est loin d’être réglée.

D’abord parce que cette revalorisation de 183 euros net par mois n’est pas grand-chose : le salaire des infirmières est passé de la 26ᵉ à la 20ᵉ place des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Il faudrait 300 euros supplémentaires pour atteindre la moyenne de l’OCDE. En plus, les conditions de travail sont tellement dégradées qu’il devient impossible de recruter du personnel soignant, si bien que plusieurs services risquent de disparaître. La question est donc bel et bien celle du maintien d’un niveau de soins et de santé publique.

Quelques jours avant le second tour de la présidentielle, une tribune lancée par le Pr Grimaldi, adressée à Emmanuel Macron et signée par plusieurs soignants, est parue dans la presse : « Si vous voulez convaincre des soignants de voter pour vous, il vous faut dire clairement que le service public hospitalier – mots que vous semblez avoir du mal à prononcer – est un bien commun dont les ressources doivent être sanctuarisées et qu’il est exclu de privatiser », écrivait-il. Il n’a eu aucune réponse. Grimaldi explique à

Charlie : «  Pour nous, Marine Le Pen, c’est l’horreur absolue, la discrimination dans l’accueil des patients, contraire à notre déontologie, mais dites ça à un agent hospitalier qui n’en peut plus. Plus vous descendez dans la hiérarchie de l’hôpital, et plus ils ont voté Marine Le Pen tant ils sont désespérés. » Terrifiant constat.

Parmi les services qui risquent de fermer, celui d’hématologie de l’hôpital Saint-Louis, à Paris 10e, en charge des maladies rares et de certains cancers hématologiques, un fleuron de cette discipline, a alerté dans l’entre-deux-tours sur sa possible fermeture. Il n’y a plus que deux infirmières de nuit, dont l’une doit partir cet été, et, malgré une volonté de recrutement de l’AP-HP, il est impossible pour l’instant de trouver une remplaçante. À l’AP-HP, le déficit d’infirmières est considérable : il en manque 1400 sur 17000. Parfois, elles sont remplacées par des intérimaires, dans une logique absurde où celles-ci sont mieux payées qu’une personne en poste. Mais cela ne permet pas de mettre en place une équipe performante avec des soignants qui ont l’habitude de travailler ensemble, une intérimaire changeant de service au gré de ses mutations.

Il suffit de lire les multiples articles qui font état de crises dans tel ou tel hôpital en France pour comprendre l’ampleur du désastre. Ainsi, à l’hôpital d’Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), le bloc opératoire a dû fermer pendant deux jours lors des vacances de Pâques, faute d’anesthésistes. Dans le même département, à Orthez, le service court séjour gériatrique va fermer jusqu’en septembre, par manque de médecins.

À Laval (Mayenne), les urgences ont dû cesser leurs activités ce mois-ci pour plusieurs nuits consécutives. Des lits ont été supprimés également, faute de personnel, au centre hospitalier départemental de La Roche-sur-Yon (Vendée). À l’hôpital Sainte-Musse, à Toulon, la direction a pris la décision de fermer plusieurs salles d’opération « programmée ». «On priorise les patients. Les plus graves passent en premier. C’est un exercice horrible. Personne n’aime faire ça, et ce n’est pas la mission de l’hôpital. Mais on n’a pas le choix », explique à Var-Matin Nicolas Funel, directeur adjoint de l’établissement.

Chaque vendredi, pendant cette campagne présidentielle, des soignants de plusieurs hôpitaux organisaient symboliquement des minutes de silence – qui sont passées presque inaperçues. Nous sommes allés à la rencontre des soignants mobilisés à la Pitié-Salpêtrière (reportage à lire sur le site de Charlie). Ici, faute de recrutement d’infirmières, ce sont – entre autres – des unités de médecine de pointe, pour des cas d’urgence absolue concernant des patients victimes d’AVC, qui doivent fermer des lits.

Résultat, il n’est pas rare que des patients tournent dans Paris à bord du camion des pompiers avant de trouver une place. Or, en cas d’AVC, «cela augmente le risque de handicap et de mortalité, chaque minute compte à la phase aiguë », rappelle Sophie Crozier, neurologue à la Pitié-Salpêtrière.

Et c’est incroyable de réaliser combien le manque de moyens s’accentue en peu de temps. Sophie Crozier, que nous avions rencontrée fin mars, a dû fermer depuis cinq autres lits de soins intensifs. On en est ainsi dans son service à 10 lits supprimés sur 18. Et ce alors qu’il s’agit (pour combien de temps encore ?) d’un des meilleurs hôpitaux d’Europe…


Laure Daussy. Charlie hebdo. 27/04/2022


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