L’inflation…

… On a la solution !

Prime d’activité ; cadeau de 18 centimes par litre d’essence ou de gazole ; allocation de rentrée scolaire ; suppression de la taxe d’habitation ; blocage imposé à EDF du prix de vente de son électricité; aides au logement; tarifs sociaux à la cantine scolaire ; « prime Macron » dépourvue de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu; et maintenant, la promesse d’un chèque alimentaire… La liste du soutien public aux bas revenus ne cesse de s’allonger.

Et ce pour une raison simple : les travailleurs pauvres – ce phénomène qui suscitait la curiosité au début des années 2000, observé aux États-Unis d’abord- sont désormais des millions en France. Amélie de Montchalin, la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, vient ainsi de se réjouir que les fonctionnaires de la « catégorie C » perçoivent dorénavant… le smic. Cette année, dans l’académie de Versailles, 1600 postes d’institutrice et d’instituteur étaient à pourvoir. Six cent trente candidats se sont présentés. La destruction de l’Éducation nationale par Jean-Michel Blanquer est presque achevée, bravo à lui.

Bref, le niveau de vie chute partout. Il y aurait pourtant une solution simple : faire en sorte que les salaires, ceux du public et du privé, suivent l’inflation. Ce mécanisme, baptisé « échelle mobile des salaires », a existé de 1952 à 1983. Chose rigolote, il fut décidé par Antoine Pinay, un homme pourtant obsédé par la stabilité des prix, inventeur du « nouveau franc » en 1958. Mais, en 1952, une autre guerre, celle de Corée, pousse les prix à la hausse partout dans le monde. En France, l’inflation atteint 16 % par an, et Antoine-la-rigueur, alors ministre des Finances, décide que le salaire minimum interprofessionnel garanti suivra désormais automatiquement les prix.

Tout se passe plus ou moins bien jusqu’aux chocs pétroliers de 1973 et 1979, qui conduisent à la fameuse « spirale inflationniste » : hausse du coût de l’énergie, revendications salariales, hausse des salaires, hausse des coûts de production, hausse des prix, hausse des salaires… En France, où le gouvernement élu en 1981 mène une politique de gauche, l’inflation est plus forte qu’en Allemagne, ce qui creuse le déficit commercial. Au sein du gouvernement, Jacques Delors, homme de droite complexé, met fin à l’indexa­tion des salaires sur les prix.

Pourtant, ce système est toujours en vigueur en Belgique et au Luxembourg, où il fonctionne très bien. Il supprime l’inquiétude du lendemain, et soutient la demande adressée aux entreprises. Augmentant les salaires de tout le monde de la même façon, il limite les inégalités et les ressentiments qui y sont liés, et est donc source de paix sociale. Enfin, il fait prendre conscience aux entreprises que, lorsqu’elles augmentent leurs prix de vente, elles devront ensuite accroître les salaires. Plutôt que d’attendre que l’État passe à la caisse.

En effet, les entreprises françaises vont très bien : leur taux de marge n’a jamais été aussi haut depuis… 1948. Même le FMI propose « des hausses temporaires d’impôts sur les bénéfices excédentaires », afin de « récupérer une partie des transferts aux entreprises qui n’en avaient pas besoin(1)». Mais ce sont d’autres choix qui sont faits. Les entreprises du CAC 40 préfèrent accroître encore les rémunérations de leurs PDG – qui sont eux aussi des salariés, mais qui ont l’avantage de fixer eux-mêmes leur salaire (2). Carlos Tavares, PDG de Stellantis, nouveau nom débile de Peugeot-Citroën, va ainsi toucher 66 millions d’euros (3). Bref, il est possible d’accroître-les salaires. Comme le disait Bernard Maris : « L’économie est un gâteau. L’important est de savoir qui tient le couteau ».


Jacques Littauer. Charlie Hebdo. 27/04/2022


  1. « Le FMI estime que les dettes privées accumulées pendant la pandémie pourraient ralentir la reprise» (bfmtv.com, 18 avril 2022).
  2. « Les dirigeants du CAC 40 n’ont jamais été aussi bien payés qu’en 2021 » (bfmtv.com, 20 avril 2022).
  3. « Stellantis : le salaire de Carlos Tavares pourrait s’élever à 66 millions d’euros » (francetvinfo.fr, 14 avril 2022).

3 réflexions sur “L’inflation…

  1. christinenovalarue 30/04/2022 / 08:23

    Les primes à l’inflation ne sont pas une solution, agitée par le 🤴 qui nous gouverne, mais un manque de respect total vis-à-vis des gueux qui l’ont elu

  2. bernarddominik 30/04/2022 / 09:31

    Ce sont les socialistes qui ont supprimé l’échelle mobile des salaires (Miterrand) ainsi que l’indexation des retraites sur l’inflation (Hollande). Alors à gauche le PS?

  3. jjbadeigtsorangefr 30/04/2022 / 10:08

    Destructrice de l’épargne l’inflation ne sert que le capital. Il y a 150 milliards à pomper dans l’épargne populaire alors pourquoi s »en priver?

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