Les conseillers du numérique en plein bug

Voilà une idée qu’elle était bonne…

… former 4 000 conseillers numériques France Services (CNFS) d’ici à la fin de 2022 pour venir en aide aux 13 millions de personnes atteintes d’illectronisme. C’est-à-dire incapables de se dépatouiller avec le Web ou l’ordinateur. Et d’autant plus handicapées que 250 services du quotidien, de Pôle emploi aux impôts, sont en pleine « dématérialisation ». Mais la mise en oeuvre précipitée de cette formation a plongé lesdits conseillers dans la même panade que ceux qu’ils prennent en main !

Après qu’Edouard Philippe a annoncé, en mai 2019, la création de 2 055 espaces France Services, situés en théorie à trente minutes de chaque citoyen, 3 131 agents ont été recrutés. Pour rappel, la moitié de ces « espaces » sont en fait d’anciennes Maisons de services au public créées sous Hollande dès 2015…

Les conseillers sont aussi mis à la disposition de collectivités et d’assoces. Le but : apprendre aux novices à allumer un ordi et aux plus aguerris à toucher leurs droits. Encore faut-il que ces médiateurs soient équipés !

Marie, employée par une mairie, n’a toujours pas d’ordinateur et doit demander aux usagers d’apporter leur propre matos. Ceux qui n’en ont pas sont placés sur liste d’attente jusqu’à septembre prochain, date à laquelle les machines sont censées être livrées. « Sur onze collègues, trois sont en burn-out », assure Emilien, conseiller en Ile-de-France depuis septembre.

Le ressentiment se concentre surtout sur les organismes de formation, qui reçoivent en moyenne 3 500 euros par apprenant pour des cours en alternance de 105 à 420 heures. L’État verse pour cela 214 millions d’euros. « Les marchés publics ont été passés à toute vitesse, et des boîtes comme WebForce3 ou Simplon sont plus à même de former des codeurs que des médiateurs numériques », explique Pascal Plantard, le directeur de M@rsoin, réseau de recherche sur les usages des technologies.

France hors services

Les cours sont en effet axés sur le numérique… moins sur le travail social ! Plus facile, alors, de créer un identifiant que d’orienter un senior atteint d’Alzheimer. Dans un rapport du 15 février dernier, la Défenseure des droits reconnaît ces lacunes.

En plus, le job de conseiller n’est pas des plus attrayants : des CDD de dix-huit à vingt-quatre mois subventionnés par l’Etat à hauteur d’un smic, les structures étant libres de compléter ou non leur revenu… « L’Etat aura réussi à faire de nous une population souffrant d’exclusion et de précarité », ajoute une conseillère qui touche 20 000 euros brut par an. En somme, des galériens de la fiche de paie conseillant des handicapés du numérique. Ce que Pascal Plantard appelle une « précarisation au carré ».

Défaitiste !


Fanny Ruz-Guindos. Le Canard Enchainé. 27/04/2022


Une réflexion sur “Les conseillers du numérique en plein bug

  1. jjbadeigtsorangefr 30/04/2022 / 10:13

    On fait disparaître le service public et ainsi un grand nombre de personnes est incapable de faire valoir ses droits. Renouveler un passeport relève d’un bac plus trois. Je ne parle pas des impôts, des facilités de circulation pour les cheminots, des………

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