Réflexions – Analyses 3

§ 3 On ne naît pas vivant, mais on le devient ?

… Je suis de gauche parce que j’ai envie d’être vivant – et vivant avec la plus belle ampleur de spectre possible.

Si j’ai une éthique, elle sonne sobre : ce serait juste d’être digne de ce don sublime d’être vivant. Et d’en incarner, d’en déployer autant que faire se peut les puissances qui sont d’abord des puissances d’affect et d’amour, des puissances de tisserands et de Norne, des facultés relieuses. Si la gauche est un camp, c’est le camp du dehors, des horsains, des forains.

C’est le camp qui va chercher l’ailleurs et qui n’a pas de sien. Qui n’a que des nôtres et des vôtres, ou même pas : juste des bobines de fil – fil rouge, fil jaune, fil de faire et fil d’Ariane pour sortir du labyrinthe du marché – bref, des bouts de ficelles.

On est vivant quand on se tient disponible parmi d’autre vivant, à habiter leur habitat, à abriter leur vie rarement araignée des angles morts ou de clochard de parking. On est vivant parce qu’on ce bat, non pour préserver nos égocentres, notre petite personne à protéger, mais pour être de la trempe de ciels qui métissent, de celleux qui savent très bien qu’une zad est d’abord une fantastique machine à brasser les conflits, à se coltiner les chaos au quotidien des subjectivités douces et rageuses – et à faire avec, sans cesse, avec et parmi.

Alors oui, on voit bien tout ce qui s’oppose à ça. On ne voit même que ça. L’immunité. La clôture.

Bien malin celui qui sait où débute notre identité, si férocement défendu par la croisée du « je suis ». Et s’il existe même un environnement « hors » de nous qui ne serait pas déjà parmi et à travers nous.

Tout ce qui vit se confronte à l’altérité, si offre et si ouvre. Mieux, la métabolise, encore une fois, cette altérité, pour en faire une énergie précieuse, son alimentation psychique psychologique, ses facultés à s’autoconstruire et à se réparer, la matière possible de la création cellulaire.

Nous autres humains modernes ne naissons pas vivant : on le devient. Ça se conquiert et ça se construit. Au plus tôt, nous sommes vivants « à l’évidance » – encore faudrait-il être vif. Être du vif. Relevé du vif.


Alain Damasio. Revue le crieur n° 20. Titre de l’article « Immunité partout, humanité nulle part ! » (Extraits)


Une réflexion sur “Réflexions – Analyses 3

  1. jjbadeigtsorangefr 29/04/2022 / 10:46

    Avons-nous le choix?
    Dans ce monde, il y a deux catégories de gens: les exploiteurs et les exploités. Multimilliardaires et exploités même combat, c’est ce que l’on nous rabâche à longueur d’antennes, de journaux, tous ou presque la propriété des exploiteurs.
    Choisir son camp n’est pas si difficile que ça en prenant un peu de recul sur sa propre situation. Vous hésitez? Vos revenus proviennent d’actions ou du travail? Les millions de pauvres vous inquiètent ou vous vous en foutez? Marre de subir? …
    La classe des exploités est plus nombreuse que celle des exploiteurs et pourtant ce système inique perdure. Cherchez l’erreur. Peut-être y êtes-vous pour quelque-chose.
    Il n’est jamais trop tard pour bien faire…

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