Réflexions – Analyses 2

§ 2 Métaboliser

L’aptitude la plus noble et la plus sidérante du vivant n’est pas à mes yeux la faculté à se reproduire ni ses pouvoirs de régénération ou d’autopoïtèse, même s’ils sont objectivement émerveillés. Elle est dans la métabolisation. À savoir la capacité propre à un organisme d’intégrer en lui de la manière hétérogène afin de la transformer et d’en faire sa propre énergie (catabolisme), son alimentation ou sa chaleur, ou pour générer des matériaux inertes par des opérations de synthèse (anabolisme) qui vont permettre l’autoconstruction.

L’étymologie du mot est superbe puisque le suffixe vient de l’ancien français « baller » (danser, quoi, remuer, se balancer). Métaboliser, c’est littéralement « danser le changement », le lancer ou le remuer en nous, c’est un art de transformisme ou d’automorphe, s’est métamorphosé ce qui n’est pas son corps pour en faire son corps !

Deux erreurs seraient à commettre dans la compréhension du concept. Croire que la métabolisation est une prédation/vampirisation qui s’ignore, croire qu’elle serait une symbiose tranquille, disons une composition horizontale de deux altérités complices. La métabolisation transforme ce qu’elle rencontre et se transforme par cette rencontre. Elle ne laisse rien d’intact, ni ses multiples soit métamorphiques, engagés dans le processus, ni l’intégrité des autres qu’elle assimile et qui s’altère. Elle crée. C’est une transformation d’énergie comme l’art une force active.

Ma conviction était que nous perdons progressivement nos facultés à métaboliser ce qui n’est pas et à en tirer une vitalité précieuse c’est comme si, à force de temps d’anthropiser nos villes et d’humaniser jusqu’à la nausée nos environnements, nous avions épuisé nos réserves immédiates d’altérité est rendue si rare le travail d’entrelacs.

Qu’est-ce qu’écrire, composer ou peindre sinon métaboliser des matériaux à partir de sources d’alimentation éparpillée et en faire de la littérature, de la musique ou du dessin ?

Qu’est-ce que guérir sinon métaboliser la création virale ?

Qu’est-ce que grandir sans assimiler ce que nous apprend année après année pour en faire une maturité sociale et intellectuelle ?

Rien ne se construit en soi qui ne soit l’intégration transformer et retravailler des rencontres que l’on fait et des événements qu’on affronte.


Alain Damasio. Revue le crieur n° 20. Titre de l’article « Immunité partout, humanité nulle part ! » (Extraits)


Laisser un commentaire