Avoir le béguin…

L’origine n’est pas réellement ce à quoi vous pensez…

Le béguin est une coiffure de femme; à l’origine la coiffe des « béguines », un ordre religieux fondé au XIIᵉ siècle à Liège et qui eut un certain rayonnement pendant tout le Moyen Age.

Un relevé de comptes de la fin du XIVᵉ signale : « 22 aulnes de plus fine toille de Reins […] pour faire huit chemises, huit béguins et pleurouers pour ladicte dame (la reine). » Ce béguin passa ensuite aux enfants. Furetière le définit comme une « coeffe de linge qu’on met aux enfans sous leur bonnet, & qu’on leur attache par-dessous le menton ».

« On dit proverbialement que les ânes ont les oreilles bien longues, parce que leurs mères ne leur avaient point mis de béguin ».

Or « être coiffé » de quelqu’un c’est être aveuglé par lui, réduit à sa merci : image traditionnelle de l’impuissance de celui qui a la tête couverte, ou le bonnet enfoncé sur les yeux.

« Que de son Tartuffe elle paraît coiffée! » dit Molière.

Naturellement, si la coiffure est un béguin — elle l’était au XVIe siècle — la demoiselle est embéguiné : elle « prend sottement de l’amour » (Oudin).

Dans Francion, la vieille Agate, mère maquerelle, dit avoir correctement éduqué Laurette : « Je l’avais advertie de ne se point laisser embeguiner par ces fadaises là qui n’apportent pas de quoy disner, et son humeur libre la portoit assez à suivre mon conseil. »

C’est là l’explication traditionnelle du « petit béguin » du temps où il était une amourette — car le mot ces jours-ci est en totale voie de disparition. Je dois ajouter que Gaston Esnault propose une évolution un peu différente. Il fait venir l’expression « avoir le béguin » comme un abrégé de « avoir le béguin à l’envers », qu’il atteste au XVIᵉ siècle. La tête toute retournée?… C’est encore plus fort — et aussi un raccourci qui me paraît logique.


Claude Duneton – « La puce à l’oreille »


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