Ancien légionnaire, le nouveau chef d’état-major des armées…

Thierry Burkhard adore parler de la « guerre de haute intensité » dans les médias.

Dessin de Kiro. Le Canard 13/04/2022

Avec Thierry Burkhard comme chef d’état-major, c’est le retour des hommes, des vrais, tout le contraire de ces gars vaguement déconstruits et dégenrés qu’affectionne Sandrine Rousseau, se pâment les galonnés. Visage buriné, cheveux grisonnants, poignée de main virile, et un charisme de chef avec ça, le propos direct, le regard itou, et, en plus, il « di[t] les choses », même si on ne sait pas exactement lesquelles. Il paraît que c’est bien.

Il a une voix plus douce que son physique de guerrier, a bourlingué sur tous les théâtres d’opérations possibles, du Tchad à l’Irak, de la Côte d’Ivoire à l’Afghanistan, sans oublier l’ex-Yougoslavie, et s’adresse à ses subordonnés les mains sur les hanches. Ce légionnaire, ancien patron de l’armée de terre, est un « opérationnel », tout le contraire de son prédécesseur Lecointre, « un intello assez mondain qui avait vaguement fait du terrain deux fois dans sa vie », comme le dit charitablement un officier « burkhardiste

Mais il ne fait pas bon être dans son viseur, comme l’a expérimenté le patron de la Direction du renseignement militaire (DRM), le général Eric Vidaud, qu’il a viré par mail sans explication. Vidaud, sommé de quitter ses fonctions cet été, a choisi de partir immédiatement. Panique à bord. « La DRM dépend de la ministre des Armées. Florence Parly a refilé la patate chaude à Burkhard, qui a dû improviser des explications peu convaincantes et faire fuiter des infos pour habiller le limogeage, qui s’explique avant tout par une incompatibilité d’humeur », explique un député LR-EM.

Tireur pas franc

Burkhard, c’est le sportif qui ne boit pas d’alcool et ne fume pas. Vidaud, c’est tout le contraire. « C’est surtout deux visions du monde. Burkhard ne jure que par le terrain, c’est un opérationnel un peu caricatural. Vidaud a de nombreux réseaux un peu partout et est plus ouvert au monde extérieur », raconte un député qui les connaît bien. Vidaud accélérant son départ, il faut un storytelling. Et voilà Burkhard qui se lance : « La DRM est engagée dans une réforme majeure, j’ai estimé que le général Vidaud n’était pas le mieux placé pour l’assurer. » Et pourquoi ? On improvise alors une histoire de briefings insuffisants, on fait savoir qu’il y aurait eu une mauvaise anticipation de l’agression russe en Ukraine, arguments qui font sourire tous les professionnels des milieux du renseignement. Michael Shurkin, ancien de la CIA et très bon connaisseur de l’armée française, affiche son scepticisme dans un entretien à l’AFP : « Tout cela ressemble tellement à de la politique française… » Tandis qu’un ex-ministre des Armées s’étonne : « Il y a un principe intangible : la DRM est chef de file sur tous les théâtres d’engagement de la France. C’est le cas au Mali. Mais, pour la Russie et l’Ukraine, en admettant qu’il y ait eu des manquements, c’est évidemment l’affaire de la DGSE. »

Dans une interview au « Parisien », Florence Parly prend soin de préciser qu’elle n’est pas à l’origine du départ de Vidaud, et que ce départ n’est pas la conséquence de la situation ukrainienne. Si ce n’est pas un désaveu, ça y ressemble fort. « Burkhard a les qualités politiques d’une huître, on va s’en apercevoir », rigole un militaire qui l’a rencontré chez Le Drian.

Pas trop Bisounours

Burkhard est très apprécié des armées pour avoir défendu avec constance le concept de guerre de haute intensité, ce qui signifie, pour un non-initié, qu’il y aura désormais des conflits entre Etats de même puissance, et plus seulement des heurts entre une armée et des groupes terroristes, comme c’est le cas depuis vingt ans. « Il a contribué à faire comprendre à la classe politique que nous n’étions pas dans un monde de Bisounours », estime un ancien chef d’état-major de l’armée de terre.

Les militaires comme les managers, les start-upers et les psys raffolent de la langue de bois. Depuis son succès dans les cercles de la défense avec la «guerre de haute intensité », Burkhard est intarissable. Les menaces sont nombreuses et diversifiées, ce qui donne : « Un nouveau cycle de conflictualité va s’ouvrir. » Gagner la bataille des images et de la com’ se dit « inculquer une résistance aux actions d’influence de l’adversaire ». Parfois, il se lance dans quelques variations autour de son concept clé : « Il nous faut réapprendre la grammaire de la guerre de haute intensité. » Plus audacieux : « Nous sommes entrés dans un monde marqué par le triptyque compétition-contestation-affrontement », ce qui doit vouloir dire qu’entre pays, même alliés, on ne se fait pas de cadeau.

Une chose est sûre, le général veut « une armée de terre durcie, prête à faire face aux conflits les plus rudes ». Ça va pas être la poilade, les entraînements.


Anne-Sophie Mercier. Canard Enchainé. 20/04/2022


4 réflexions sur “Ancien légionnaire, le nouveau chef d’état-major des armées…

  1. bernarddominik 23/04/2022 / 08:14

    Macron a le record du changement des chefs d’état major. Il semble que son caractère arrogant et sur de tout savoir soit peu compatible avec celui des généraux. Burkhard ne restera pas longtemps

  2. marie 23/04/2022 / 09:08

    Bonjour Michel, pour moi, l’essentiel d’aujourd’hui est d’éviter la guerre, quand on l’a connue on ne peut que craindre les va-t-en guerre. Bon samedi amicalement MTH

    • Libres jugements 23/04/2022 / 10:53

      Bonjour Marie.
      Merci pour ce commentaire.
      Bien d’accord avec toi. Même si pour moi né en 1941, je n’ai pas réellement connu les affres de la guerre, mais qui ai failli participer « au maintien de l’ordre en Algérie » (Guerre d’Algérie qui ne disait pas son nom à l’époque) à 48 h près je devais y partir; les accords d’Évian. Il faut que tous les peuples d’érigés en barrière pour interdire toutes les guerres.
      Il faut hélas bien voir ce qui se passe dans le monde. En effet, si les médias concentrent leur une à l’Ukraine, or il existe aussi une multitude d’autres champs de bataille décimant des civils: Afghanistan, Syrie, Lybie, Yémen, Sans oublier la Palestine et quelques pays africains ou ceux livrés aux narcotrafiquants Colombie, Mexique… etc.
      Un bon WE toutefois
      Amitiés
      Michel

  3. jjbadeigtsorangefr 23/04/2022 / 17:01

    Guerre la guerre, la devise de l’ARAC créée en 1917 est toujours d’actualité.

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