Un décryptage qui n’engage que les auteurs

Le débat de l’entre-deux tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron a eu lieu mercredi 20 avril 2022 de 21 à 23 h 30. À quatre jours du second tour, les deux candidats se sont affrontés sur différents sujets, notamment le pouvoir d’achat, le modèle économique, l’immigration ou encore le conflit ukrainien.

Décryptage des principales propositions, vérification des affirmations, rappel des déclarations précédentes…

  • En résumé, sur les institutions :

SYNTHESE

Face à la crise démocratique et institutionnelle, les deux candidats mettent en avant leurs propositions. Défendant les « innovations » du grand débat et de la Convention citoyenne, Emmanuel Macron prône un « changement de pratique du pouvoir ».

Une passe d’armes oppose les deux rivaux sur l’article 11 de la Constitution que veut utiliser Marine Le Pen pour réformer la loi suprême sans passer par les parlementaires, alors que l’article en question ne prévoit pas ça. « Comme la Constitution est la loi suprême du peuple, seul le peuple peut la changer », a justifié Le Pen. « Etre élu par le peuple ne donne pas le droit de changer la Constitution sans respecter les règles prévues par la Constitution », a taclé Macron.

Le président sortant, qui s’y connaît en mépris le pouvoir parlementaire, accuse sa rivale de vouloir court-circuiter les députés par l’article 11 et plus généralement via le référendum d’initiative citoyenne (500 000 citoyens pourront déclencher un référendum). 

Marine Le Pen ne s’embarasse pas, en effet, de l’état de droit et le piétine tout en prétendant vouloir « revivifier nos institutions et notre fonctionnement démocratique ».


  • En résumé, sur l’école :

SYNTHESE

Pris en étaux entre le débat sur l’industrie et le financement des projets des prétendants, le thème de l’éducation et de la formation a vu les deux finalistes se livrer à un dialogue de sourd. Ainsi, Emmanuel Macron a bien eu du mal à défendre le bilan de son ministre Jean-Michel Blanquer.

Non pas que les arguments de Marine Le Pen aient été pertinents, mais les conséquences de la casse méticuleuse de l’Éducation nationale lors des trois derniers quinquennats apparaissent au grand jour.

A la remarque de Gilles Bouleau sur le déclassement de la France au classement Pisa, passé de la 12e à la 26e place en vingt ans, le président candidat a annoncé « revenir sur la réforme que nous avons faite », en réintroduisant les mathématiques jusqu’au bac.

Emmanuel Macron plaide aussi pour le « dédoublement des classes de 6e et de seconde », après avoir appliqué cette mesure pour les classes de CP en zone d’éducation prioritaire. Un point qu’a contesté Marine Le Pen, regrattant de ne pas la voir appliquée sur l’ensemble du territoire. S’en est suivie d’une réponse cinglante du président sortant : « Un peu de sérieux, vous ne pouvez pas le faire en France entière. Je vous invite à regarder dans nos ruralités, le nombre d’enfants par classe y est le plus faible ».

Emmanuel Macron a eu beau se dire « attaché à l’école de la république car j’ai été élevé par des enseignants et des enseignantes », son projet n’en n’est pas mois la poursuite de la casse de ce service public, bien mis à mal  sous ce mandat.

Une recette libérale qui prévoit entre autres d’instaurer une concurrence à tous les étages, avec l’autonomie des écoles et des établissements, la publication des résultats des évaluations permettant de comparer les écoles entre-elles ou encore la fin du cadre national des diplômes à travers un « outil de gestion des compétences ».

Sur ce point, Marine Le Pen a dénoncé les « diplômes dévalorisés » des années Covid, mais qui le sont « de manière générale ». La candidate du RN entend reintroduire les bac S, ES et L, supprimés sous le quinquennat.

Une des seules mesures positives d’un programme éducatif profondément réactionnaire, qui prévoit notamment d’ouvrir la formation professionnelle dès la 5e et l’apprentissage dès 14 ans, loin des objectifs d’une classe d’âge au niveau du bac.

La candidate d’extrême droite a aussi déploré les « classes entières qui sont persécutés par quelques individus », proposant la mise au ban des pertubateurs, en ouvrant des internats pour les « enfants qui ont des problèmes de délinquances, mais qui ne doivent pas empêcher les autres de réussir ».

Devant les téléspectateurs, Marine Le Pen ne s’est pas étendue sur les mesures rétrogrades et conservatrices de son projet, comme celle d’instaurer un uniforme obligatoire en primaire et au collège ou encore de soumettre au parlement les programmes scolaires.

Enfin, la question de la revalorisation des salaires des enseignants a donné lieu à l’une des passes d’armes de la soirée.  « La réforme que vous proposez consiste à payer les professeurs en fonction de leurs résultats et de leurs élèves. Sans doute est-ce McKinsey qui vous l’a conseillé », assène Marine Le Pen, faisant ainsi allusion au scandale des cabinets de conseils.

Emmanuel Macron avait en effet, lors de la présentation de son programme, annoncé débloquer une enveloppe de 6 milliards d’euros, « pour augmenter leur rémunération, mais avec de nouvelles missions ».


  • En résumé sur l’environnement :

SYNTHESE

Au premier tour, la génération climat s’est moins déplacée que le reste de la population. La campagne présidentielle a évité le sujet de l’écologie. Il est peu probable que le débat de l’entre-deux-tours donne envie à la jeunesse de se ruer aux urnes dimanche.

Car, ni Marine Le Pen ni Emmanuel Macron ne sont les champions de la planète, bien que l’une soit pire que l’autre. L’échange sur la question entre les deux candidats, dont les programmes ne répondent en rien au défi environnemental selon les ONG du mouvement climat, l’a prouvé.

Il s’est limité à un échange d’invectives sans réelle remise en cause du système de production et de consommation. « J’ai lu votre projet : vous êtes climato-sceptique », pique Emmanuel Macron. Et Marine Le Pen de renvoyer : « Je ne suis absolument pas climato-sceptique. Et vous, vous êtes climato-hypocrites. Vous êtes le pire de l’écologie punitive. » Balle au centre mais la planète est loin d’être sauvée.

D’emblée, Marine Le Pen semble vouloir s’adresser aux perdants de la mondialisation, pastichant un discours censé séduire les électeurs de Jean-Luc Mélenchon. « J’arrête l’hypocrisie. Le libre-échange est responsable d’une grande partie des émissions de gaz à effet de serre », dit-elle, à deux doigts d’enfiler un t-shirt du Che ou la moustache de José Bové.

Une façon de vendre le « localisme » si cher à son cœur. Celui qui est censé répondre à tous les maux : « Je veux qu’on puisse consommer au plus près. » Elle veut « faire en sorte que l’Etat s’engage, non pas à acheter bio parce qu’il vient parfois de l’étranger mais, français dans les cantines » au nom d’un « patriotisme économique », qui en revanche ne dit rien d’une éventuelle remise en cause du modèle de production

L’agriculture intensive n’est pas son sujet. Le réchauffement climatique non plus. Très vite, le vernis craque : Marine Le Pen ne compte pas respecter le rythme de réduction des gaz à effet de serre que préconisent les scientifiques. Le Giec, elle s’en fiche : Marine Le Pen veut faire ce qu’elle veut, quitte à nous faire régresser.

Emmanuel Macron, lui, sait qu’il peut marquer des points puisqu’il se repeint en vert. Il emprunte d’ailleurs à Jean-Luc Mélenchon le concept de « planification écologique », dont il redit vouloir donner la charge au futur premier ministre. « Planification énergétique » et « planification territoriale », voilà les deux jambes de son action écologique.

Le président-sortant sait que son bilan est famélique. Il ne le dit pas mais promet d’aller « deux fois plus vite ». Pour cela, la rénovation énergétique de 700 000 logements, des aides pour acquérir des véhicules plus propres et un accompagnement de « la transition industrielle et agricole, non pas par injonction mais par investissement » (sic) sont au programme. Pas suffisant et trop flou, jugent les spécialistes. Mais c’est moins pire que l’extrême droite, disent-ils.

Tous deux veulent faire du nucléaire le pilier de la transition. Mais la place des énergies renouvelables les différencie clairement. Emmanuel Macron veut des parcs éoliens en mer, un peu moins sur terre quand la candidate RN veut démanteler toutes les pâles car « ça pollue nos paysages », juge-t-elle, cherchant à surfer sur les vagues de colère qui ont pu se développer localement face à ces moulins à vent géants. « Démanteler, ça coûte un argent fou. L’argent du contribuable pourrait être mieux utilisé », répond Macron.

Elle préfère avoir recours à l’hydroélectricité. « On ne peut plus en faire beaucoup », rétorque, à raison, le chef de l’Etat. Et d’ajouter : « Votre stratégie du tout nucléaire n’est pas possible. Car le nucléaire qu’on décide aujourd’hui entrera en service en 2035. Or, il faut faire les deux (du nucléaire et du renouvelable, ndlr). Si vous stoppez le renouvelable, on va produire moins d’électricité. Comment on va faire alors ? » La réponse se fait toujours attendre.

Les candidats concluent

C’est le moment de la conclusion de deux minutes. Emmanuel Macron commence et fait du 24 avril un référendum entre son projet et celui de Marine Le Pen. De son coté la candidate RN exhorte les Français à choisir le  » bon sens  » de son projet.

Macron reparle de proportionelle

« J’ai échoué à faire la réforme démocratique, je n’ai pas pu obtenir d’accord » reconnait le président de la Republique qui assure vouloir instaurer la proportionnelles. De son coté la candidate d’extrème-droite


  • En résumé, sur le modèle économique :

SYNTHESE

Difficile de se démarquer quand on partage le même penchant pour le libéralisme. A l’heure où toutes les droites représentées dans ces élections ont prônée un retour à l’austérité et ont assumé des mesures antisociales, de l’extrême-droite à l’extrême centre de la majorité sortante, les deux candidats en lice au second tour misent sur le bon vouloir des entreprises pour leurs projets économiques.

« J’enlève les charges et les impôts », assume à plusieurs reprises Emmanuel Macron lors du débat. « Gel des cotisations patronales », répond Marine Le Pen. Quand le premier revendique ses Ordonnances de 2017 cassant méthodiquement les protections des travailleurs contenues dans le droit du travail, la seconde déplore la méthode usée pour les imposer, sans répondre si elle reviendra sur toutes ces mesures en cas d’accession au pouvoir. « Je ferai une grande conférence sociale pour dialoguer avec les partenaires sociaux », assure la porte drapeau du Rassemblement national. « C’est ce que j’ai fait durant la crise Covid et c’est ce que je ferai aussi », reprend en coeur le Marcheur.

Dans ce point consacré à « l’attractivité économique », escamoté par les deux débatteurs, les silences  pèsent lourd. Pas de proposition en ce qui concerne la réindustrialisation du pays. Peu d’intérêt pour le niveau d’emploi, mis à part une algarade sur les statistiques du chômage. Rien sur la fonction publique. Sur les secteurs où investir prioritairement.

Seul point d’achoppement : quand Marine Le Pen appelle à de nouveaux grands projets menés au niveau des nations, sans préciser dans quels secteurs surgiraient ces nouveaux Airbus ou Ariane, Emmanuel Macron s’en remet au grand marché européen et aux règles édictées à Bruxelles pour développer de futures grandes entreprises tricolores.  

Passe d’armes sur le foulard

Marine Le Pen dénonce le voile comme « un uniforme imposé par l’islamisme », il faut « libérer l »ensemble de ces femmes  » et interdire son port dans l’espace public -ce qui est inconstitutionnel. Emmanuel Macron souligne la confusion qu’elle opère, passant du terrorisme à l’islam et au foulard. Il précise également qu’il s’oppose à la proposition de Marine Le Pen car il est « pour la loi de 1905.


  • En résumé, sur le modèle social :

SYNTHESE

Sur les retraites, Emmanuel Macron a réaffirmé la nécessité du recul de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans  à partir de « 2031 » pour assurer la pérennité du système de retraite par  répartition, et pointe le fait que Marine Le Pen ne prévoit rien concernant la pénibilité au travail, qu’elle semble confondre avec les carrières longues. « Comme vous ne prenez pas en compte les critères de pénibilité, chez vous, un professionnel avec un métier pénible qui débute à 25 ans, il va jusqu’à 67 ans. Vous le savez très bien. », a critiqué Emmanuel Macron. Il l’a ensuite attaqué sur le financement du projet de Marine Le Pen : « Soit vous avez des impôts cachés, soit vous allez mettre en péril les pensions des retraités. » 

Le projet très dur d’Emmanuel Macron offre un « boulevard social » à Marine Le Pen, qui prétend défendre le système de protection sociale, « le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ». « La retraite à 65 ans est une injustice absolument insupportable » a critiqué la candidate d’extrême droite. Elle défend une réforme prévoyant que seuls ceux qui ont commencé à travailler avant l’âge de 20 ans pourront encore prétendre à la retraite à 60 ans à taux plein. Pour les personnes entrées à partir de 25 ans dans la vie active, le système resterait inchangé, avec un maximum pour l’ensemble de 42 annuités de cotisation. Auparavant, elle prônait un départ à partir de quarante annuités de cotisation pour tous les Français de 60 ans. 

Sur l’hôpital, Marine Le Pen a critiqué le bilan d’Emmanuel Macron. « En réalité, pendant votre quinquennat, Emmanuel Macron, vous aurez attendu les crises. Il n’y a que les crises qui arrivent à vous faire bouger », tance la candidate d’extrême droite. « Les infirmières en sous-effectifs, les déserts médicaux, ça date depuis des années », ajoute-t-elle.  La candidate promet d’investir « 20 milliards sur cinq ans » dans la santé, dont « 10 milliards pour la revalorisation du personnel, pour l’embauche de personnel ». Quant à Emmanuel Macron, il dit vouloir un « investissement massif » dans l’hôpital, améliorer les « conditions  de travail » des soignants, lutter contre les « déserts médicaux » en mettant en place des « référents santé » pour les personnes âgées. Un discours répété à de très nombreuses reprises durant la pandémie. Un discours, loin des actes :

Sur la question de la dépendance des personnes âgées, « il faut contrôler, imposer un nombre de personnels minimal par rapport au nombre de résidents, un médecin coordinateur par établissement », soutient Marine Le Pen, pour qui « faire de l’argent sur la vulnérabilité est mal accepté ».  Emmanuel Macron veut revaloriser le métier d’aide soignant à domicile, en créant un service complet. Sur la question spécifique des Ehpad, le président candidat dit ne pas vouloir « jeter l’opprobre sur le modèle privé ». Il affirme également vouloir financer le secteur hospitalier grâce à sa réforme des retraites. En la matière, son bilan en dit long.


Article réalisé à partir de plusieurs médias…


2 réflexions sur “Un décryptage qui n’engage que les auteurs

  1. bernarddominik 21/04/2022 / 13:29

    Macron est peu crédible car toutes ses réformes sont mal conçues. 2 exemples : 1 la taxe d’habitation était une taxe juste au calcul injuste, il fallait la réformer pas la supprimer, la compensation prévue est mal calculée résultat les finances des communes sont dans le rouge et la taxe foncière flambe. 2 la prime pour travaux d’isolation, j’ai refais le toit pour l’isoler prime de l’état 3000€ mais je devais passer par une entreprise rge qui paie pour ce label, devis rge 30% plus élevé que par mon maçon, pour toucher 3000€ je devais payer 8000€ de plus, et en plus moins disant en terme d’isolation.
    Je rajouterai le coup de la csg pour les retraités qui ont donc vu leur retraite rabotée de 2,5% pour une revalorisation quasi nulle (0,038% dans mon cas sur 5 ans pour une inflation de 11%)

  2. jjbadeigtsorangefr 21/04/2022 / 22:58

    J’ai bien entendu « retraite par répartition ».
    La lutte aura payé, le système par points aux oubliettes
    Continuons pour l’améliorer.
    Je vote Macron, mais je continue la lutte.

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