Un homme sans aveu

Expression

On a tendance à croire de nos jours qu’un « homme sans aveu » est un vilain cachottier auquel on n’arrive pas à faire « avouer » ses secrets. En fait l’aveu est également un terme de féodalité; c’est précisément l’acte d’engagement envers un suzerain auquel le vassal « vouait » ses services en échange du fief dont il jouissait. (Si en plus il lui promettait fidélité absolue en toutes circonstances et sans restrictions, il devenait son homme lige.)

Un homme sans aveu est donc un homme qui ne s’est voué à aucun seigneur, qui ne reconnaît aucune autorité et qui n’est en retour reconnu de personne. Dans une société fondée sur les liens de personne à personne il allait de soi qu’un tel individu fût louche, sinon dangereux, voire un brigand caractérisé. « Advint que aulcuns larrons bourguignons sans maistre ne adveu, se mirent sur les champs » dit un chroniqueur du xve siècle, parlant sans doute de la célèbre bande des coquillards de 1455, alors que le Journal d’un bourgeois de Paris parle en 1425 de « larrons brigans » qui « estoient entour à 12, 16, à 20 lieues de Paris et faisoient tant de maulx que nul ne le disoit; et si n’avoient point d’aveu et nul estandart, estoient pouvres gentilz hommes qui ainsi devenoient larrons de jour et de nuyt ».

Ces gens-là étaient, il faut bien le reconnaître, sans foi ni loi !


Claude Duneton – « La puce à l’oreille »


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