Pouvoir d’achat : 1ᵉʳ souci des Français…

… alors les deux candidats lancent des promesses ruineuses, pour la facture et le désendettement, on verra plus tard.

Selon les sondages les plus récents, le pouvoir d’achat constitue en effet le premier souci de 55 à 60 % des électeurs. D’où une floraison de propositions très créatives dans les deux programmes !

A prendre avec circonspection, toutefois : d’abord parce que la campagne incite parfois à formuler des promesses chimériques, mais aussi parce que l’évolution de ce pouvoir d’achat dépendra en grande partie de facteurs sur lesquels l’élu(e) du 24 avril 2022 n’aura aucune prise : inflation mondiale, taux d’intérêt fixés par les banques centrales, prix de l’énergie et des matières premières, épidémies, guerre, etc.

Ainsi, les bons résultats en matière d’emploi — et, donc, de revenus — dus à la reprise mondiale se sont révélés une divine surprise pour l’Elysée et pour Bercy, qui ne les avaient pas anticipés. Mais l’électeur a besoin de réponses. Et certaines semblent tout droit sorties d’un concours de promesses électoralistes.

Climat de cocagne

Dans cette course au plus offrant, le candidat Macron peut se prévaloir de certains bons résultats du président Macron, dus notamment au « quoi qu’il en coûte » et au « bouclier tarifaire » Ainsi, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE, centre gauche), qui confirme une étude du Trésor, le pouvoir d’achat a augmenté en moyenne de 294 euros par personne et par an au cours du quinquennat. A comparer aux 16 euros de plus par an sous Hollande, et 78 sous Sarkozy. Sauf que ce résultat a été obtenu au prix d’une débauche de dépenses, critiquée par la Cour des comptes.

La principale mesure proposée par Macron ne coûte pas un sou : le « plein-emploi ». C’est-à-dire, selon les économistes, un chômage à 5 % ou moins. Lequel se traduirait par la distribution (privée) de plusieurs dizaines de milliards d’euros de revenus supplémentaires. Seul petit problème ? Rien ne dit que l’embellie (le taux de chômeurs — 7,4 % — est descendu à un niveau historiquement bas) va se poursuivre. Il faudrait, pour cela, une croissance de 2 %, deux fois supérieure, donc, à celle que prévoyait le gouvernement il y a un an, avant l’invasion de l’Ukraine. Prière d’y croire.

Ce détail étant réglé, le robinet à gâteries est grand ouvert. La suppression de la redevance audiovisuelle (Macron avait déjà fait le coup en 2017 avec la taxe d’habitation) devrait coûter 3,2 milliards. La hausse à 3 000 euros de la « prime Macron » de pouvoir d’achat : 6 milliards. Le chèque alimentaire : 2 milliards. L’abattement porté à 150 000 euros sur les droits de succession : 1,8 milliard. Le soutien aux familles : 2 milliards. Tournez manèges !

Côté Marine Le Pen (dont le comité de campagne n’a pas souhaité répondre au « Canard »), c’est buffet à volonté. En tête, la baisse (de 20 % à 5,5 %) de la TVA sur les carburants. Cher (10,3 milliards) mais

populaire. Tout comme le cadeau de 100 000 euros aux familles de trois enfants pour acheter leur logement (12,6 milliards). Exonérer les biens immobiliers (jusqu’à 300 000 euros) de droits de succession coûtera 3,8 milliards, et dispenser les moins de 30 ans de l’impôt sur le revenu — Mbappé va adorer —, 3,7 milliards. Augmenter les salaires des enseignants et du personnel médical se chiffrera à 7,5 milliards.

Il y en aura pour tout le monde, sauf pour les étrangers présents en France depuis moins de cinq ans, qui seront privés de RSA, d’allocations familiales et autres prestations de solidarité. Soit une baisse de revenus de 5 à 10 milliards (selon les estimations).

Qui se soucie du déséquilibre budgétaire ainsi aggravé ? L’Institut Montaigne (libéral) a sorti la calculette. Le programme de Macron augmenterait le déficit — déjà l’un des plus élevés d’Europe — de 44 milliards. Pour Le Pen, c’est encore mieux : 102 milliards de trou supplémentaire !

On ne va quand même pas laisser ces broutilles nous gâcher le second tour…


Hervé Martin. Le canard enchainé. 13/04/2022


Une réflexion sur “Pouvoir d’achat : 1ᵉʳ souci des Français…

  1. jjbadeigtsorangefr 17/04/2022 / 09:30

    292 € par an, c’est une moyenne, il y a ceux qui en ont perdu, les retraités, par exemple, et ceux qui en ont gagné,
    Bolloré, Pinault et les autres dont les fortunes atteignent des niveaux extraordinaires.

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