La triple mobilisation nécessaire

Évidemment, depuis dimanche 20 h le 10 avril 2022, les discussions au travail, dans nos familles, dans la rue, portent sur le résultat des élections présidentielles et sur l’attitude à adopter le 24 avril 2022 lors du second tour.

La caractéristique essentielle marquant le scrutin est l’usure démocratique, un fort rejet de la politique telle qu’elle se fait, avec un haut niveau d’abstention et un nombre conséquent de bulletins blancs et nuls. Elle pousse également à étouffer le pluralisme politique contrairement à ce que permettrait le primat de l’élection du Parlement à la représentation proportionnelle. La 5e République est à bout de souffle et elle produit des effets délétères. Nous sommes le seul pays européen où est élu un monarque républicain, qui cherche à prendre tous les pouvoirs, au-dessus du Parlement et de son propre gouvernement. Ceci pousse forcément une partie importante du corps électoral à émettre, au dernier moment, un vote s’inscrivant dans ce jeu institutionnel en faveur du candidat de chaque camp considéré comme le mieux placé pour devenir Président. C’est un vote politique. Et ce n’est pas comme on l’entend dire, un vote de seconde zone ou un vote méprisable. C’est ce qui est déposé dans les urnes qui compte, pas ce qu’on croit qui y a été déposé. Ainsi, les sondeurs vont jusqu’à tordre le sens du choix des électrices et des électeurs, en réalisant à la sortie des urnes, des mesures des votes prétendument utiles.


Le mode de scrutin, lui-même complété par la pression des sondages et du complexe médiatique, provoque des modifications de choix électoraux jusqu’au dernier moment. Il en est ainsi depuis l’élection du Président de la République au suffrage universel. Il n’y a pas de vote utile ou inutile. On vote dans un contexte et selon un mode de scrutin. C’est un vote politique lié à la nature du scrutin. Pour les élections législatives, c’est pour une part le même phénomène qui se reproduit au bénéfice de celles ou ceux qui dans leur camp sont considérés comme le mieux placé pour l’emporter.


C’est de l’avoir trop oublié que l’on se retrouve face à de drôles de surprises. Le Parti communiste dès 1958 avait dénoncé ce système institutionnel qui est aujourd’hui complété par des recommandations européennes et un droit supérieur au droit national accréditant encore plus l’idée que les responsables politiques n’influent pas grand-chose. Ceci pousse une part des classes populaires à ne pas se rendre aux urnes. Cette démocratie affadie, laminée peut aboutir au pire. Le choix d’un Président de la République au suffrage universel donc pas le summum de la démocratie comme cela est partout vanté. Il ligote les forces du travail et de la création. Les partis considérés comme non susceptibles de faire élire leur candidat sont toujours réduits. C’est le cas du Parti communiste et des Verts. C’est le cas désormais du Parti socialiste dont l’électorat social-libéral choisit son meilleur représentant en la personne d’E. Macron et une autre partie ont choisi J-L. Mélenchon.

Ce travail doit intégrer le fait que les deux courants issus du congrès de Tours sont aujourd’hui, pour des raisons différentes en difficulté. Au-delà, c’est la structuration politique issue de la révolution de 1789 avec deux courants à droite et deux courants à gauche qui est très menacée. La réflexion n’est donc pas si simpliste qu’on l’entend parfois.


Dans notre camp de la gauche au sens large, le débat est rude. Le haut score de J-L. Mélenchon notamment parmi la jeunesse et dans les villes populaires lui a presque ouvert la porte du second tour. Celle qui nous aurait permis d’éviter le choix cornélien auquel nous sommes confrontés encore une fois.


Ajoutons que cela aurait créé pour la suite un autre rapport de force plus favorable aux classes travailleuses. De plus, le président sortant n’aurait pu jouer à être celui qu’il n’est pas : le seul capable de battre l’extrême-droite. Ces droites-extrêmes que les puissances d’argent et leurs commis politiques n’ont cessé de mettre sur le devant de la scène, à longueur d’antenne, en continu sur les écrans qu’ils possèdent… Ainsi, ils se sont donné les moyens de boucher toute alternative.


Le progrès électoral de J-L. Mélenchon et le vote en faveur de F. Roussel tirent le résultat cumulé de la gauche vers les 32%. C’est une base pour aller de l’avant, notamment dès les élections législatives où les forces de gauche réunies sont majoritaires dans plus de 130 circonscriptions. Mais n’oublions pas que les extrêmes-droites sont, elles, majoritaires dans 129 circonscriptions soit une centaine de plus qu’il y a cinq ans.


Je sais combien les discussions entre militants et électeurs de gauche sont rudes, y compris à l’intérieur de chaque parti. Des déceptions et des rancœurs aussi. Quoi de plus normal ? Les conversations sont âpres également sur l’attitude à tenir au second tour.


Je dois dire que je comprends toutes ces controverses. Il n’y a que l’écoute et la construction commune qui peut nous permettre de sortir par le haut. Seuls les intérêts populaires, ceux de la nature et du climat doivent compter. Cela ne peut jaillir que d’un débat fraternel, argumenté, documenté avec exactitude, raisonné. Je le souhaite partout. La situation qui fait que les mandataires du capital et la dynastie du château de Montretout dominent le débat est insupportable dans le pays de la Commune de Paris et de la Révolution française.

Le débat n’est pas un jeu de postures. Le débat utile nécessite de la volonté, de la compréhension pour l’élaboration commune des chemins de l’avenir. Nos adversaires ne feront que rire de nos divisions !

À mon sens, il y a trois mobilisations à engager tout de suite. Mobilisation pour battre et faire reculer l’extrême-droite. Mobilisation populaire et sociale contre la politique du capital incarnée par M. Macron. Mobilisation pour préparer des élections législatives dans l’unité à gauche. Ces trois mobilisations vont ensemble.


La lettre du 16 avril 2022. Patrick Le Hyaric. Source (Extraits)


3 réflexions sur “La triple mobilisation nécessaire

  1. jjbadeigtsorangefr 17/04/2022 / 09:32

    Ce sera dur de voter Macron mais face au danger il faut éliminer la peste brune……………

  2. clodoweg 17/04/2022 / 21:11

    La guerre d’Ukraine a bouleversé le scrutin.
    Zemmour qui aurait pu empêcher Le Pen d’être au second tour a été laminé.
    C’est ballot.

  3. Pat 17/04/2022 / 23:24

    Non, pour ma part je ne ne voterai pas Macron…Pas moyen…Je voterai blanc.

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