Fausses histoires au Puy du Fou

Dans un livre paru fin mars, Le Puy du faux, quatre historiens expliquent comment le célèbre parc d’attractions vendéen malmène l’histoire au profit d’un discours réactionnaire.

  • Pourquoi et comment a été écrit Le Puy du faux

« L’histoire n’attend que vous », clame le slogan du Puy du Fou. Oui, mais quelle histoire ?

Son traitement de la Révolution française et du prétendu « génocide vendéen » avait déjà été critiqué. Cette fois, les presque deux millénaires évoqués dans le parc sont étudiés par une antiquisante (Pauline Ducret), un médiéviste (Florian Besson), un moderniste (Guillaume Lancereau) et une contemporanéiste (Mathilde Larrère). Ils ont vu les représentations mais aussi fréquenté les restaurants, scruté livres et objets vendus dans les boutiques, lu les « livrets pédagogiques » et l’autobiographie de Philippe de Villiers, créateur cru parc, auteur de tous les spectacles. L’enjeu est de taille : le Puy du Fou accueille plus de deux millions de visiteurs par an et prétend s’adresser aux scolaires.

  • Quels enseignements en tirer?

« Des étoiles plein les yeux et le cerveau qui bugue », résument les auteurs.

Éblouis par des spectacles grandioses, ils relèvent toutefois quantité d’erreurs, d’anachronismes, de contre-vérités. Et l’omniprésence d’une idéologie réactionnaire. À travers un passé fantasmé est présentée, note Florian Besson, « une France éternelle jamais plus belle que dans le catholicisme et la royauté ». Pour Mathilde Larrère, le Puy du Fou délivre « un discours anti-universaliste, antirépublicain, anti-égalitaire, xénophobe ».

  • Pourquoi tant de haine contre les auteurs du livre?

« Propagande woke », « gauchistes », « fils de p… marxiste », « extrémistes »…

Depuis la parution du livre, les quatre historiens subissent sur les réseaux insultes voire menaces de mort (on promet le « bûcher » aux autrices, le «pal» aux auteurs).

  • Sur RMC, Les grandes gueules les situent dans « la mouvance de la cancel culture ».
  • Sur CNews, Mathieu Bock-Côté dénonce « des commissaires politiques» abusant des « poncifs du politiquement correct ».

Ces procès d’intention ne reposent sur aucune remise en cause de la solidité des arguments développés par les chercheurs. La (fausse) polémique montre ainsi combien il est dérangeant — et vital — de réfuter le roman national promu par l’extrême droite.


Samuel Gontier. Télérama. N°3770. 13/04/2022


Une réflexion sur “Fausses histoires au Puy du Fou

  1. jjbadeigtsorangefr 17/04/2022 / 21:28

    Encore une dégradation de la culture, de celle qui, selon Albert Camus, raccourcit le chemin qui mène à la servitude. Devilliers Lepen même combat, l’amie de ceux qui massacrèrent six millions d’être humais au seul motif qu’ils étaient juifs. Un détail de l’histoire selon le papa.