S’en souvenir en vue des législatives 1

La chasse aux méchants

Il aura cette fois manqué 421 420 voix à Jean-Luc Mélenchon pour atteindre le second tour. La déception est grande à LFI, il faut donc, très vite, trouver les coupables.

Dès dimanche soir au Cirque d’hiver, où étaient rassemblés les Insoumis, on scandait : « Mélenchon à l’Elysée, Roussel à la poubelle ! », et, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’état-major du parti ne calmait pas les ardeurs vengeresses.

Sur les plateaux de télé, Ségolène Royal, ravie d’être de nouveau dans la lumière et désormais furieusement mélenchoniste, se faisait le chantre de la colère populaire : « On sentait une attente de l’électorat [par rapport] à une union des gauches, (…) ils n’ont pas été capables (…). » « Ils » ?Roussel, Hidalgo, Jadot, dont Royal, qui s’y connaît, fustigeait l’« ego ».

Pourtant, ce n’est pas bien compliqué de revenir quelques mois en arrière. Jean-Luc Mélenchon (19/10/21) : « L’union avec Anne Hidalgo ou Fabien Roussel n’aurait pas de sens. »Le même, trois mois plus tard (17/1/22) : « Je ne suis pas leur copain, que cela soit dit une bonne fois pour toutes. »Avant d’ajouter : « Ce n’est pas d’union qu’on a besoin, c’est de clarté et de mobilisation populaire. »

Mais c’est oublié, balayé, tout ça, on se fout du passé. Maintenant, voilà qu’on convoque l’arithmétique. Manuel Bompard, le directeur de campagne de Méluche : « C’est une réalité mathématique, le nombre de voix qui manquaient pour se qualifier au second tour est inférieur au nombre de voix réalisé par Fabien Roussel. » Tout à fait exact, puisque Roussel a eu 800 000 voix.

« Il y a une arithmétique politique », assure Eric Coquerel, pour désigner les coupables. Pas sûr que ça marche comme ça.

Le vote utile ayant joué à plein, tout indique que les électeurs de Jadot, Hidalgo et Roussel avaient des raisons de ne pas voter pour le candidat LFI. Sa poussée n’a servi à rien.


Article signé des initiales A.-S. M. Le Canard Enchainé.13/04/2022


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