Gérard Mulliez

« Quand les gens me font chier, je vais les voir. C’est mon côté Taureau ascendant Bélier. » G. Mulliez

Le patriarche n’a plus de fonctions exécutives, mais il reste le parrain du groupe qui porte son nom. Et sa famille a peu d’états d’âme concernant ses activités en Russie.

Dessin de Kiro. Le Canard Enchainé. 06/04/2022 – Gérard Mulliez

Ainsi parle Gérard Mulliez, le patriarche de la famille propriétaire d’enseignes telles qu’Auchan, Decathlon, Leroy Merlin, Boulanger et bien d’autres. Mulliez, interrogé par la revue « Deux mille vingt-deux » sur ses liens avec le communiste Fabien Roussel, raconte un de leurs échanges.

  • Roussel : « Ma tante, trente-deux ans d’ancienneté chez Auchan, à temps plein, est à 1 350 euros net par mois, monsieur Mulliez. »
  • M. Mulliez, à l’allure passe-partout, de répondre, avec un bon sourire patelin : « Appelez-moi donc Gérard. » T’énerve donc pas, petit.
  • Puis invitation à déjeuner au siège du groupe, dans une salle à manger sans chichis. « C’était plutôt du genre Algeco », confiera Roussel, qui a droit, en plus du poulet fadasse mitonné par la secrétaire, à un dégagement surréaliste sur l’intérêt de la numérologie, puis à une petite leçon de morale entrepreneuriale : « Moi, à votre âge, j’avais déjà ouvert plusieurs magasins. »

Gérard Mulliez, c’est lui, l’inventeur du « Sbam », méthode de management des caissières : « Sourire, bonjour, au revoir et merci ».

Agé de 90 ans, Gérard Mulliez, « fier d’être radin », n’est plus aux commandes du groupe, qui compte plus de 700 000 salariés répartis entre 130 marques et enseignes, mais la méthode familiale reste la même : austérité, simplicité un tantinet sur-jouée, méfiance viscérale vis-à-vis du bling-bling et de l’exposition médiatique, capacité très supérieure à la moyenne à prendre le type en face pour un gentil neuneu.

Pas de bling-bling

Autant dire que les critiques dont font aujourd’hui l’objet certaines enseignes comme Auchan ou Leroy Merlin sur leur présence en Russie (Décathlon y a suspendu ses activités la semaine dernière) ne plaît pas, mais alors pas du tout, dans ce groupe catho bon teint. Leroy Merlin et Auchan se sont pris quelques scuds bien sentis sur Twitter émanant de Dmytro Kuleba, le très mordant ministre des Affaires étrangères ukrainien : « Apparemment, les pertes d’emplois en Russie sont plus importantes »

La défense du groupe Auchan, qui joue les philanthropes, a de quoi faire sourire : « Le plus important est d’assurer notre mission première, qui est de continuer à nourrir les populations des deux pays. » C’est beau, un catho qui fait du business.

Leroy Merlin, Auchan et Décathlon, en Russie, c’est plus de 400 magasins et 80 000 salariés. C’est surtout un investissement considérable depuis vingt ans.

Pour s’implanter, la famille est restée fidèle à une stratégie qui lui a toujours réussi : faire profil bas. « Au lieu d’occuper de somptueux bureaux dans la capitale, ils ont envoyé de nombreux stagiaires dans des familles russes, en immersion, pour comprendre la vie et les aspirations de leurs futurs consommateurs. Ils ont ouvert un premier magasin, avec une offre pléthorique et des prix très bas, et ont fait un carton. Du coup, ils ont saturé Moscou de gigantesques centres commerciaux », raconte Bertrand Gobin, auteur de « La Face cachée de l’empire Mulliez ». Leroy Merlin, dont le succès en Russie est phénoménal, a bénéficié de l’habitude, très répandue dans le pays, de vendre les appartements bruts de béton, sans fenêtres, sans carrelage et sans peinture. Un pactole pour le groupe.

Green washing

Ils ne se sont visiblement pas trop formalisés de la corruption ambiante. « Les Mulliez sont des pragmatiques. Leurs entreprises ne sont pas cotées en Bourse, ce qui est bien pratique, car la gestion y est plus opaque. Carrefour n’a pas bénéficié de cet avantage. Les Mulliez ont eu besoin de pas mal de cash pour s’entendre avec les autorités locales et arroser les racketteurs, qui sont nombreux. »

Un ancien salarié confie qu’il leur arrive, quoique rarement, de faire un petit ménage : « Ils ont dû licencier un cadre dirigeant basé à Moscou qui y était allé un peu fort. » Chez les Mulliez, on aime la tempérance, il ne faut pas pousser le bouchon trop loin, hein. Ainsi, les sièges sociaux des différentes entreprises sont restés en France.

Mais, à titre perso, certains membres de la famille apprécient beaucoup la vie en Belgique.

Le modèle économique des Mulliez, bétonnage et centres commerciaux géants, pas franchement écolo, est sans doute fragilisé à moyen terme. Mais « ils ont déjà investi massivement dans les énergies renouvelables et dans une multitude de start-up », observe Gobin. Il faut bien préparer la suite, en toute humilité, bien sûr.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard Enchainé. 06/04/2022


Allez parler de sanctions économiques, financières, de l’embargo contre la Russie à ce groupe et penser qu’il répondra favorablement aux décisions de l’UE, est pissé dans un violon.

Tant du côté, de cette famille/entreprise française que du gouvernement russe, chacun se fiche des décisions de l’Union européenne et le président ukrainien l’a bien compris en appelant à boycotter partout en Europe les divers produits diffusées par les enseignes possédées par le groupe Mulliez. Ce sont bien les clients de ses entreprises qui peuvent sanctionner l’attitude de ce groupe en cessant d’acheter chez eux. MC


2 réflexions sur “Gérard Mulliez

  1. bernarddominik 12/04/2022 / 09:15

    Dans un certain sens on se tire une balle dans le pied avec cette guerre où la censure les manipulations les images truquées vont bon train. L’étrange affaire de Boutcha est scandaleuse par les manipulations mises en place des 2 bords chacun essayant de faire porter à l’autre ses propres crimes.

    • Libres jugements 12/04/2022 / 10:34

      La justice international démêlera cette tragédie, de nos fauteuils, gardons-nous d’attribuer à untel ou untel les exactions
      Quoi qu’il en soit, plutôt que de pointer le doigt sur l’imbroglio de la comm’ plaignons les civils… et si c’était sur le sol français…

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