Première analyse… avant d’autres…

… et le duel électorale pendant la quinzaine qui va suivre, sera déterminante pour « les législatives » à venir… Attention, c’est l’avis de l’auteur et ce texte n’engage que lui… MC

[A l’issue de ce premier tour 2022 de l’élection présidentielle et]  avant de tenter de retrouver son sang-froid pour réfléchir au second tour, il est permis d’exprimer sa rage face à la stratégie électorale d’Emmanuel Macron et de ses adversaires de gauche, tant l’issue de cette campagne dessine une catastrophe politique. 

Tous. Tous les pièges tendus pour cette élection présidentielle ont fonctionné alors même qu’ils étaient repérés depuis le départ et exprimés depuis des mois : la qualification du prétendu « camp de la raison » et de l’escroquerie du « en même temps », la pseudo-dédiabolisation de Marine Le Pen catalysée par la candidature Zemmour, les divisions des gauches dont l’ensemble des responsables sont comptables, l’abstention la plus forte de la VRépublique à un premier tour de scrutin présidentiel à l’exception de 2002…

Face au résultat du scrutin de ce dimanche 10 avril, le sentiment dominant chez celles et ceux qui se reconnaissent encore dans ce qu’on pourrait encore appeler la gauche, ou partagent sincèrement et simplement […] notre devise républicaine – Liberté, Égalité, Fraternité –, ne peut alors guère être que la rage.

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Marine Le Pen a capitalisé sur les colères attisées par le quinquennat Macron et le président sortant se retrouve sans dynamique politique ni solide réserve de voix pour affronter sereinement la candidate d’extrême droite dans quinze jours. L’apprenti sorcier aura du mal à convaincre les électeurs et les électrices d’éteindre les braises de l’extrême droite sur lesquelles il a soufflé.

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Il peut certes toujours paraître facile et/ou dangereux de jouer les Cassandre, mais que peut-on imaginer d’autre que l’accroissement des déflagrations sociales et/ou identitaires, à part – ce qui serait peut-être pire – une atonie politique et sociale renforcée, liée à une répression policière sans cesse accrue et un contrôle social catalysé par les moyens numériques mis en œuvre à l’occasion de l’épidémie de coronavirus, et facilité par nos auto-aliénations digitales

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Marine Le Pen accédant à la magistrature suprême, ce ne serait pas seulement une déflagration morale, mais aussi la promesse d’une guerre identitaire. Derrière la façade, c’est bien un programme d’extrême droite qu’elle mettrait en œuvre, xénophobe, hostile aux plus fragiles, menaçant pour les institutions démocratiques et faisant peser un danger existentiel sur de larges pans de la société civile.

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Emmanuel Macron cinq ans de plus à l’Élysée, en dépit de ses fraîches tentatives de n’être pas entièrement assimilé à la droite républicaine envers laquelle il a multiplié les emprunts et les baisers de la mort, demeure la promesse d’une guerre sociale toujours plus violente. Il faut se trouver dans une situation économiquement et socialement privilégiée pour ne pas entendre celles et ceux qui disaient voilà quelques jours, en appelant à voter Mélenchon : « Nous, la fraction la plus fragile de la société, nous n’avons pas le luxe de subir un deuxième mandat Macron. »

Emmanuel Macron n’est pas le libéral qu’il a prétendu être. Ou plutôt il est l’un des représentants de la captation de cette tradition libérale, complexe et autrefois émancipatrice, par le néolibéralisme, dont le tournant brutal ne cesse de s’étendre d’un continent à l’autre.

En matière de casse sociale, Emmanuel Macron a mis ses pas dans le quinquennat Hollande. En matière de désignation de boucs émissaires, il n’a fait que prolonger le quinquennat Sarkozy.

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L’État du monde néolibéral n’est ni l’État-providence ni l’État réduit à ses fonctions régaliennes et répressives. Il est un domaine poreux et composite destiné à légitimer le pouvoir du capital et à continuer de le faire fructifier, comme l’affaire McKinsey qui cerne Emmanuel Macron et en est le dernier symptôme en date.

[…]

Bien sûr aussi, il faut entendre les voix de toutes celles et ceux qui ont refusé ou négligé d’aller voter ce dimanche, même si elles ne se sont pas exprimées dans les urnes, car cette désaffection du scrutin, alors que les enjeux de l’élection ont rarement été aussi intenses, constitue en soi un nouveau séisme politique.

[…]


Joseph Confavreux. Le blog Médiapart. Source (Extraits)


4 réflexions sur “Première analyse… avant d’autres…

  1. jjbadeigtsorangefr 11/04/2022 / 11:32

    Le barrage dès le premier tour, les électeurs ont choisi et le résultat est là.
    Barrer la route à Le Pen est la moindre des choses et combattre la politique antisociale du pouvoir en place prend une tout autre dimension.

  2. bernarddominik 11/04/2022 / 11:48

    Dans ma commune (maire apparenté PCF qui a donné sa signature à Roussel) Roussel fait moins de vœux que Lasalle, pourtant totalement inconnu dans les BdR, n’empêche qu’il ne manquait que 1,5% à Mélenchon pour être au second tour.
    À Marseille Mélenchon est en tête.
    Ici il y a 2 gauches, celle qui dit « tout sauf Le Pen » et celle qui dit « tout sauf Macron ».
    Ce n’est pas gagné pour Macron, car les tenants du front républicain ont été laminés, ici Hidalgo c’est 1,3%, autant dire rien, Pécresse 3,9%, Roussel 2,7%, autant dire qu’il est mort.

  3. Pat 11/04/2022 / 19:23

    L’espoir pour moi, c’est que la gauche n’est pas totalement morte même si c’est Mélanchon qui l’incarne, et sa présence d’éloquence plutôt acerbe…pourrait catalyser les contestations et exercer une pression non négligeable sur le pouvoir. Même si on peut douter de la volonté de négocier le moindre compromis de la part du futur régnant, il sera le trublion, peut-être même l’arbitre. Attendons de voir aux législatives, ce qui se confirme ou non…De toutes façons, la gauche était trop partagée, autant que la droite pour espérer bouleverser un ordre établi effectivement depuis longtemps.

    • Libres jugements 11/04/2022 / 21:07

      Une gauche « partagée » Pat, non pas réellement, mais de quelle gauche parle-t-on.
      Une extrême gauche (Poutou-Arthaud) ne pensant que révolution, et après révolution, et après révolution (autrement dit l’anarchie régnante).
      Une Gauche dont l’une est sociale et son programme a été innovant, me semblant le plus juste et celui qui a proposé cette volonté est bien Fabien Roussel. L’autre sociale économique -les démocrates sociaux – (PS-Mélenchon-Jadot) n’entendant qu’aménager les pouvoirs de la finance régnante internationalement – en fait aucune volonté à changer la gestion de la société.
      Maintenant les 10 sortants n’avaient que peu de chance… mais ils préparaient tous sans exception l’après électoral présidentielle ; les législatives et dans ce sens les différents scores annoncent une élections des députés qui ne sera pas en faveur des deux sélectionnés pour le 2ᵉ tour.
      Et si Macron l’emporte (comme il est probable), pourra-t-il gouverner avec une Assemblée hostiles à ses réformes envisagées… Quelle sera la position de la population alors ?
      Bien évidemment que des suppositions personnelles
      Très amicalement
      Michel