Un candidat ne devrait pas faire ça

À 48 h. du premier tour, retour sur la campagne éclair choisie par le président sortant.

Confiant en son socle électoral et la faiblesse de ses oppositions, Emmanuel Macron a délibérément esquivé les débats mais a été perturbé par l’affaire des cabinets de conseil.

« Président autant que je le dois, candidat autant que je le peux. » En réalité, Emmanuel Macron a été candidat aussi peu qu’il l’a voulu. Décidé dès la rentrée à se présenter le plus tard possible, conscient que le rôle de capitaine à la barre du pays lui va mieux que celui de punching-ball pour ses adversaires, le président sortant a fait moins que le minimum syndical. « Les crises m’ont forgé », lâche-t-il au Figaro. La gestion du Covid puis la guerre en Ukraine lui ont surtout fourni de parfaits prétextes pour retarder son entrée dans l’arène, en plus de le crédibiliser en tant que chef de l’exécutif.

Il a fallu attendre le 3 mars, soit la veille de la date limite de déclaration de candidature, pour voir l’ancien ministre de François Hollande tuer le faux suspens et se déclarer candidat dans une « lettre aux Français ». La Russie a alors envahi son voisin ukrainien sept jours plus tôt, forçant Emmanuel Macron à annuler un premier grand meeting envisagé à Marseille.

Mais peu importe, puisque le chef de l’État a de toute façon choisi l’évitement. Le 4 mars, ses équipes de campagne lance « Le Candidat », une web série hebdomadaire consacrée à sa campagne. Fait amusant, ces vidéos sont dédiées entièrement à ses pérégrinations, ignorant le travail de terrain des militants (bien moins nombreux qu’en 2017 il est vrai) et des ministres envoyés multiplier les réunions publiques.

Emmanuel Macron assume de ne pas débattre avec ses adversaires. En Macronie, on justifie la décision du Prince : un plateau à douze comme il y a cinq ans risquerait de se transformer en pugilat. Rendre des comptes devant ses adversaires, vous n’y pensez pas ? Le président préfère débattre directement avec les Français. Le format « grand débat national » est ressorti du chapeau.

Problème, à Poissy, le 7 mars, la presse se rend vite compte que les citoyens « choisis au hasard » pour interroger le candidat sont pour partie des membres du conseil municipal de la ville, soutien du chef de l’État. Il réitérera l’exercice à Pau ou encore à Dijon, dans des formats plus spontanés (notamment à Pau, devant les lecteurs de Sud Ouest). Mais à Poissy, plus c’est gros, plus ça passe : les questions sont écrites à l’avance pour lui permettre de dérouler les grands axes de son programme.

Et quel programme… L’ex-banquier d’affaires démarre certes en retard, mais en trombe, et à droite toute. Deux mesures chocs parmi ses promesses de campagne : le recul de l’âge légal de départ en retraite de 62 à 65 ans, et le conditionnement du RSA à 15 ou 20 heures de travail hebdomadaire. La guerre sociale est (à nouveau) déclarée. Emmanuel Macron peut se le permettre : les sondages lui promettent une balade de santé au premier tour. Dopé par l’effet « Ukraine et chef de guerre », il est même crédité par certaines enquêtes de plus 30 % des intentions de vote.

Quand, soudain, un premier accroc. Une commission d’enquête sénatoriale, initiée par les communistes, révèle l’affaire dite McKinsey, du nom d’un de ses nombreux cabinets de conseil que le gouvernement arrose d’argent public pour des missions qui se substituent aux compétences de l’État. Le cabinet américain McKinsey, au sein duquel on retrouve ou on a retrouvé plusieurs profils proches de La République en marche (Karim Tadjeddine, Paul Midy…)… et qui ne paie pas ses impôts en France.

L’affaire embarrasse. Le programme oublie, lui, de cajoler l’électorat social-démocrate. À cela s’ajoute les dynamiques de fin de campagne de Jean-Luc Mélenchon et surtout Marine Le Pen. Le scénario idyllique de la Macronie s’enraille un peu : les courbes se rapprochent avec le RN et la victoire de l’extrême droite au second tour apparaît comme une hypothèse envisageable.

LR-EM s’offre son premier et seul grand baroud militant à Nanterre, le 2 avril. La Défense Arena, 40 000 places, est remplie aux trois quarts. Emmanuel Macron s’offre une entrée à l’américaine, avec jeu pyrotechnique et interminable bain de foule. Là, son discours se veut plus social. Le « président des riches » fait applaudir les soignants, les enseignants, « ces artisans de la République », qu’il promet de mieux rémunérer. Tout en assumant le « travailler plus et travailler plus longtemps », car « il n’y a toujours pas d’argent magique ». Reste que l’événement est une incontestable réussite sur la forme. Drogué à lui-même, le président n’est jamais meilleur que quand il est seul et sans contradicteur.

Le 5 avril, il refuse d’ailleurs de se rendre dans l’émission Élysée 2022 et de répondre aux questions de la journaliste de France 2 Anne-Sophie Lapix. Un déplacement dans le Finistère lui est préféré. France 2 diffuse à la place… des extraits de son super-show à La Défense, au nom de l’égalité des temps d’antenne. Il faudra attendre le 10 avril pour savoir si les Français sanctionnent ou non ce flagrant déni de démocratie.


Cyprien Caddeo. Source


2 réflexions sur “Un candidat ne devrait pas faire ça

  1. bernarddominik 08/04/2022 / 17:51

    J’ai écouté Le Maire sur France info, l’art de ne rien dire en 1h, difficile de défendre le catastrophique bilan de ce quinquennat, la destruction de notre industrie le choix d’une filière nucléaire qui est allée d’échec en échec la banqueroute financière les cadeaux aux plus riches ….

  2. Sigmund Van Roll 08/04/2022 / 18:39

    Je souhaite de tout mon cœur que ce monarque soit balayé dès le premier tour, surtout avec les dépenses faites avec l’argent public en faveur du cabinet Mc Kinsey.
    Une véritable honte en ce qui me concerne.

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