Avoir la mèche en bataille

Expression

On se souvient d’un petit homme, fort populaire en Allemagne dans les années 30, beaucoup moins dans les années 40, qui trancha le fil de ses jours dans un blocausse souterrain. Il aura marqué le siècle de sa célèbre petite moustache, sa voix éclatante et sa mèche en bataille! Il ne faut pas en conclure qu’il soit le moins du monde à l’origine de cette locution.

« En bataille » vient en réalité du chapeau porter de travers, plus précisément du bicorne, couvre-chef militaire et officiel mis à la mode au début du Premier Empire, et que nos gendarmes et nos polytechniciens ont gardé longtemps.

L’expression est tirée de la stratégie des armées.

« En terme de théorie militaire, l’ordre dans lequel une troupe est déployée, par opposition à l’ordre en carré ou en colonne ou par le flanc », explique Littré qui précise : « Porter le chapeau à cornes en bataille, le porter de travers, de manière que les cornes tombent sur chaque oreille; cette expression vient de l’assimilation à une troupe en bataille. »

Il cite A. Daudet : « Les gens mariés le portent en bataille, comme les gendarmes; les veufs, les garçons en tournant les pointes d’une autre manière. » (On disait d’ailleurs « en colonne » pour la position d’avant en arrière.)

Cela dit, je demeure persuadé que l’allure provocante d’un chercheur de noise, souvent un peu pompette, qui n’a plus le chapeau ou la casquette exactement où il faudrait (qui la retourne même, d’un brusque mouvement de colère !) a grandement fait pour aider cette assimilation et propager le mot dans le langage courant. C’est le signe qu’il vaut mieux garder ses distances, de même que la mèche tombante, barrant le front du loulou agressif à l’affût d’un œil à beurrer… Dès qu’il y a bataille, tout va de travers !


Claude Duneton. « La puce à l’oreille »