Une élection percutée

Alors même que nombre de bouleversements sont intervenus depuis cinq ans et que la politique du président Emmanuel Macron ne peut se prévaloir d’aucun succès réel, sa reconduction à l’Élysée paraît le scénario le plus probable…  

… l’extrême droite est puissante mais divisée entre deux candidats peu susceptibles de triompher du président sortant ; une bonne part de l’électorat bourgeois et conservateur de la droite est aspirée par M. Macron, à qui se sont déjà ralliés nombre de ses caciques ; enfin, [la représentation et l’éparpillement de] gauche est trop faible pour s’imposer (1), […] même si, le 10 avril 2022 M. Jean-Luc Mélenchon accédait au second tour du scrutin présidentiel, […] la poursuite de la guerre en Ukraine favorise M. Macron en mobilisant l’attention des Français sur les [« efforts diplomatiques » ceux là même bien orchestrés, relayés quotidiennement au demeurant par la communication Elyséenne et les différents et attentionnés médias fournisseurs de brosses a reluire, cachent en fait un] bilan désolant de son quinquennat.

Ce quinquemnat 2017/2022, ouvert par une suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), une baisse de celui sur les bénéfices des entreprises et une « réforme » du code du travail favorable au patronat, ponctué par la révolte des « gilets jaunes », qui fut réprimée avec une violence extrême, le mandat de M. Macron s’est conclu avec la présentation de son programme en cas de réélection.

Les deux mesures-clés :

  • le report de l’âge du départ à la retraite de 62 à 65 ans
  • l’obligation faite aux bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) de travailler plus de quinze heures par semaine

Ces deux projets sont le signe d’un nouveau coup de barre à droite.

  • La première, qui ne répond à aucune urgence financière, va au-delà de ce que réclamaient les employeurs l’année dernière (la retraite à 64 ans).
  • La seconde, présentée par le pouvoir comme « une mesure de justice », leur procurera une main-d’œuvre bon marché ou gratuite, ce qui leur permettra de ne pas augmenter les salaires là où les offres d’emploi peinent à trouver des demandeurs.
  • Et, puisque le retour de l’inflation ne va pas s’accompagner d’une politique de soutien aux salaires, la majorité de la population subira une baisse de son pouvoir d’achat car, si elle se prolonge, la stratégie du « quoi qu’il en coûte » se souciera surtout de préserver les marges des entreprises menacées par une baisse de la demande. Celles du CAC 40 ont dégagé un profit historique de 160 milliards d’euros en 2021.
  • Le contrôle des prix que M. Macron refuse les empêcherait de faire supporter par leurs clients le renchérissement de leurs coûts de transport et du prix des matières premières.
  • Les dividendes de leurs actionnaires en souffriraient, mais cette tragédie n’est peut-être pas celle que l’État a pour obligation d’apaiser en priorité.

Un éventuel second mandat de M. Macron comporterait d’autant plus de risques pour les catégories populaires qu’il serait le dernier. Sans la corde de rappel d’une élection, adossé à une nouvelle majorité parlementaire à sa main, le projet libéral de M. Macron (qu’il a dû partiellement différer durant son premier exercice 2017/2022, « grâce ou à cause » des mouvements des « gilets jaunes » et la crise de la Covid-19) ne connaîtrait d’autres obstacles [qu’un éventuel mouvement populaire d’ampleur].

[…]


D’après un article rédigé par Serge Halimi. Le Monde Diplomatique. Source (Courts extraits)


  1. Lire notre dossier « Pourquoi la gauche perd », Le Monde diplomatique, janvier 2022.
  2. Faut vivre, chanson de Marcel Mouloudji.
  3. Cité par Graham T. Allison, Essence of Decision. Explaining the Cuban Missile Crisis, Little Brown, Boston, 1971.
  4. Cité dans Le Figaro, 19 mars 2022.
  5. Karl Rove, « Zelensky defines courage in our time », The Wall Street Journal, New York, 17 mars 2022.
  6. Le Monde, 16 mars 2022.
  7. Lire Régis Debray, « La France doit quitter l’OTAN » ; Gabriel Robin, « Un donjon d’un autre âge » ; et « Jusqu’à quand l’OTAN ? », Le Monde diplomatique, respectivement mars 2013, mars 2019 et novembre 2019.
  8. L’Express, Paris, 28 février 2022.
  9. Lire « Feu sur les libertés », Manière de voir, n° 182, avril-mai 2022, en kiosques.

Une réflexion sur “Une élection percutée

  1. jjbadeigtsorangefr 02/04/2022 / 23:42

    Le président des riches sera le président des… vous hésitez? des quoi, des riches… bien sûr.

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