Les déterminants du vote sont multiples.

Les enquêtes d’opinion semblent agir sur une partie des électeurs […] jusqu’à quel point ?

Deux avis :

Daniel Gaxie (Professeur émérite à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne)

Plus importante à l’occasion de l’élection présidentielle, l’influence des sondages s’exerce sur certains électeurs, la stratégie des acteurs politiques et la couverture médiatique. Tous n’y sont pas tous attentifs.

Plus les individus s’intéressent à la vie politique, plus ils sont susceptibles de leur accorder de l’attention. Or, l’intérêt pour la politique est inégal. Il obéit à certaines déterminations, dont la principale est le niveau d’éducation ou, plus précisément, le volume de capital culturel. Tendanciellement, les sondages pèsent donc plutôt sur le choix des membres des catégories supérieures.

Les études d’opinion n’incitent pas forcément à voter. Ceux qui n’y sont pas disposés ne vont pas le faire parce qu’ils vont prendre connaissance des résultats des enquêtes.

On ignore la proportion des électeurs qui les prennent en compte. Ceux qui se décident sur la base des sondages, tels qu’ils les interprètent, ne se décident d’ailleurs pas sur ce seul fondement. Les sondages les aident à arbitrer entre différentes options relativement circonscrites.

Un électeur orienté à gauche peut être amené à choisir entre plusieurs candidats de gauche en tenant compte des informations sur les intentions de vote à sa disposition. De la même manière, un électeur de droite choisira entre plusieurs candidatures de droite. Un électeur de gauche décidera de voter contre un candidat d’extrême droite en fonction du risque qu’il anticipe sur la foi des informations dont il dispose.[…]

Les sondages électoraux sont aussi au cœur de la couverture médiatique. Télés, radios et presse écrite se regroupent pour acheter des études qui deviennent la matière première du commentaire électoral. Cela incite à rendre compte de la campagne dans le registre particulier de la « course de chevaux ».

La campagne électorale est décrite un peu à la manière dont un commentateur décrit une course hippique. Cela ne contribue pas à relever la confiance en l’élection et dans la politique. Ce registre contribue à marginaliser le débat sur les enjeux et les projets. Il renforce aussi la personnalisation de la compétition dans la logique d’une sorte de série télévisée.

Frédéric Dabi (Directeur général de l’Ifop)

Le folklore des campagnes présidentielles impose de manière quasi immuable sur l’agenda politico-médiatique un momentum de délégitimation des sondages : ceux-ci influenceraient le choix des électeurs et constitueraient une sorte de pollution du choix démocratique des citoyens.

En premier lieu, cette question a été tranchée depuis longtemps par la science politique américaine. Celle-ci, à travers de nombreux travaux, n’a jamais été en mesure de déterminer la prégnance de deux effets des enquêtes d’intention de vote sur le résultat des élections.

Ainsi, ni l’effet « bandwagon » ou locomotive des sondages – c’est-à-dire pousser les électeurs à voter pour le favori des enquêtes d’opinion – ni l’effet « underdog », ou outsider – à savoir inciter les électeurs à voter pour des candidats décrochés dans ces mêmes sondages –, n’ont pu être jugés déterminants dans la construction des comportements électoraux.

La science politique américaine n’a jamais été en mesure de déterminer la prégnance de deux effets des enquêtes d’intention de vote sur le résultat des élections.

Pour autant, cet argument ne doit pas esquiver la question de l’impact des enquêtes d’opinion sur les électeurs. Leur importance croissante durant les campagnes électorales, notamment à travers l’émergence des rolling (enquêtes quotidiennes), influencerait-elle si fortement le choix des électeurs qu’elle en viendrait à le fausser ? […]


Pierre-Henri Lab. Titre original : « les sondages influencent-ils les électeurs ? ». Source (extraits)


Note de l’administrateur (qui comme d’habitude n’engage que lui-même). Si les sondages ont un tant soit peu d’influence, celle-ci ne s’exerce éventuellement que sur les votants. Or comme chacun le sait, est élu au deuxième tour, celle ou celui qui a réuni 50 % plus une voix des votants.

Insistons bien sur le 50 % plus une voix des votants et non pas des inscrits, ce qui fait, compte tenu des abstentions en 2017, voire s’asseoir dans le fauteuil élyséen, une personne élue avec moins de 30 % des inscrits.

Malgré tout il représente la France, prend des décisions pour sa population alors que le personnage est en rien représentatif de l’ensemble de la nation française. Moralité : votons. MC


3 réflexions sur “Les déterminants du vote sont multiples.

  1. bernarddominik 30/03/2022 / 18:50

    Mais les politiques ont compris qu’il était plus facile de contrôler les candidatures que les électeurs c’est pour ça que j’estime que l’élection devrait être annulée si le nombre de votes blancs est supérieur au nombre de voix obtenu par le candidat le mieux placé.

    • Pat 31/03/2022 / 19:24

      Je suis d’accord pour l’introduction du vote blanc comme moyen d’expression mais si on annule l’élection, on fait quoi après ? On revote ? et indéfiniment ?…

      • Libres jugements 01/04/2022 / 10:22

        Sur le principe du vote blanc, en allant jusqu’au bout du raisonnement (de l’absurde peut-être et si le cas se présentait) du choix des électrices-électeurs dans les urnes au niveau national.
        Au dépouillement il y plus de 50% de votants de bulletins blanc, on fait quoi ?
        On revote, puisqu’aucun candidat n’est élu …
        Au deuxième vote toujours les blancs majoritaires… que faire ?
        Oui, j’approuve, c’est digne d’Alfred Jarry ou de Kafka, mais également le signe que l’anarchie est roi mentalement, intellectuellement, politiquement, majoritaire, ancrée dans l’esprit du peuple et cela mènerait où ???
        Avec toute mon amitié,
        Michel

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