Un enfant de la balle

Expression

L’explication traditionnelle veut que ces enfants de la balle soient à l’origine ceux des tenanciers des jeux de paume (appelés « paumiers », et quand c’était une femme, cela arrivait, une « paumière »).

Ces enfants, nourris dans le sérail et joueurs depuis la petite enfance, devenaient en grandissant de redoutables virtuoses de la raquette à qui il était imprudent de se mesurer.

Dès la fin du XVIIe l’expression s’était étendue à tous ceux qui sont élevés dans le métier de leurs parents : « On appelle enfans de la balle, les enfans qui suivent la profession de leur père, & entre autres les enfans d’un maître de tripot avec qui il est dangereux de faire partie » (Furetière).

Donc, si les gens du cirque sont bien pour la plupart d’authentiques enfants de la balle, nombre de médecins, de magistrats et de notables peuvent en dire autant.

M. Albert Doillon dans son remarquable Dictionnaire permanent du français en liberté, très érudit en matière de langage populaire, signale qu’à son avis cette interprétation classique de la citation de Furetière est erronée.

Il remarque que « chez Furetière l’exemple du tripot n’est qu’un cas particulier de la définition générale et qu’il a pu naître d’un jeu de mots sur balle ».

S’appuyant sur l’opinion de Jean Baudez il voit dans « enfant de la balle » : « un fils de ces marchands forains qui, mêlés aux saltimbanques, ont sillonné les routes de France à partir du Moyen Age; la balle serait donc le ballot ou la caisse du colporteur et non la

pelote du joueur de paume. Cette lointaine tradition expliquerait la survivance de l’appellation chez les  » gens du voyage  » ».

Ils ont peut-être raison. Pourtant ces colporteurs, merciers et besaciers d’autrefois ne se promenaient pas, que je sache, avec une famille au grand complet et des marmots à leurs basques. C’était même; si je ne m’abuse, une profession plutôt solitaire…

Quant au métier de portefaix — que l’on appelait aussi porte-balle — c’est bien un de ceux qui se prêtent le moins à la descendance. On a beau dire « tel père tel fils », beaucoup de costauds ont des rejetons tout à fait gringalets! Je ne vois donc pas par quelle bizarrerie l’usage aurait fait justement de ces états singuliers le symbole de la succession automatique.

J’ai peut-être tort, mais je croirais plutôt que la citation de Furetière indique qu’à son époque la locution s’était déjà étendue de vieille date et avait perdu le contact direct avec son origine chez les paumiers. En 1690 le jeu de paume avait tout de même trois cents ans de glorieuse existence derrière lui !


Claude Duneton – « La puce à l’Oreille »


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