L’indépendance : Corse et Darmanin…

Le décès d’Yvan Colonna, le 21 mars, va-t-elle porter un coup fatal à de longues et méritoires journées d’efforts ?

Des journées dont le bilan pourrait se résumer à un chiffre : 34. C’est le nombre de versions qu’il aura fallu rédiger avant de s’accorder sur un « compte rendu » (une sorte de compromis) susceptible d’être accepté par le gouvernement et l’exécutif corse. A défaut d’un «protocole d’accord », ce document indique une méthode de travail et une échéance pour une éventuelle autonomie de l’île.

Au sortir d’une visite de trois jours, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, se targuait auprès de ses proches d’avoir remis la main sur un dossier dont il était jusqu’alors dépossédé et d’avoir replacé dans le jeu Gilles Simeoni, l’autonomiste président du conseil exécutif, comme principal interlocuteur de l’Etat. L’annonce du décès de Colonna, hélas, risque de tout compromettre.

Perdu dans la garrigue

Depuis son agression dans la prison d’Arles, l’assassin du préfet Erignac est devenu l’icône de jeunes radicalisés. Dans un communiqué daté du 17 mars 2022, le « Collectif de la jeunesse » (produit d’une génération chauffée à blanc par des élus nationalistes qui traitent Simeoni de « collabo ») menaçait déjà : « La mobilisation née il y a deux semaines risque de s’amplifier et de se rapprocher du point de non-retour. »

Ces insulaires tout en nuances ont d’ailleurs refusé de signer la 34e version du « compte rendu » de Darmanin. Jean-Christophe Angelini, élu à l’assemblée territoriale et leader du Partitu di a Nazione Corsa, explique : « Le texte est, à ce stade, en deçà de notre mobilisation et des enjeux politiques. » L’élu a néanmoins accepté de recevoir le ministre dans sa mairie de Porto-Vecchio. Darmanin y avait consenti, à la condition que tous deux fassent un crochet par la gendarmerie de la commune, attaquée par des émeutiers le 11 mars. Au départ de la mairie, chacun a pris sa voiture pour aller consoler les pandores : le ministre devant, l’élu derrière. Sauf que, pas de chance ! Angelini s’est perdu en route. Le maquis est si touffu…

Case prison

Darmanin s’est fixé un objectif exaltant : gagner du temps. Il s’agit de renvoyer les négociations à l’après-législatives avec, quoi qu’il arrive, deux lignes rouges infranchissables. Primo : la Corse reste dans la République. Secundo : pas de « citoyenneté corse ». Tout le reste est négociable.

Le gouvernement avait d’ailleurs essayé de le montrer dès le mois de décembre. Des discussions discrètes (à défaut d’être secrètes) sur la question de l’autonomie avaient été en­tamées entre le Premier ministre et Gilles Simeoni. Y figurait déjà l’épineux problème des « détenus particulièrement signalés » (DPS). Le principe du retour dans une prison corse des trois membres du commando Erignac avait été mis sur la table (à défaut d’être mis en œuvre).

L’agression de Colonna a précipité les choses, et conduit, sur instruction de Jean Castex, à la levée du statut de DPS, condition préalable à tout rapatriement. C’était compter sans un grumeau dans le brocciu : incarcérés à la centrale de Poissy, Alain Ferrandi et Pierre Alessandri ne sont pas pressés de revenir sur l’île. Brouillés de longue date avec le berger, ils ne « veulent pas, disent-ils, rentrer derrière le cercueil de Colonna ».

Tout est si simple, dans ce beau pays…


Didier Hassoux et Christophe Labbé. Le Canard Enchainé. 23/03/2022


Une réflexion sur “L’indépendance : Corse et Darmanin…

  1. bernarddominik 28/03/2022 / 17:13

    Il y a cependant une épine dans le pied des indépendantistes: il y a plus de Corses en région paca qu’en Corse auront ils la nationalité corse ? Ces corses là sont contre l’indépendance. Quant à l’autonomie elle pose le problème des moyens. Si la Corse décide pour ses propres mesures sociales, c’est à elle de payer, qui va couvrir tous les déficits actuellement payés par le métropolitain? Je comprends que Darmanin soit pour l’autonomie, si les corses n’obtiennent pas le beurre et l’argent du beurre.

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