L’extrême droite prépare l’après…

L’hebdomadaire « Valeurs actuelles » organisait mardi 22 mars un « Grand débat des valeurs » censé opposer les visions des principaux candidats. À la place, la soirée s’est transformée en un mélange de meeting d’Éric Zemmour, de danse du ventre de la droite et de congrès de l’extrême droite.

Quand l’ovation du public se fait un peu moins bruyante, Geoffroy Lejeune taquine Éric Zemmour : « Merci d’avoir pris le risque d’affronter cette salle. » En terrain conquis, le candidat de Reconquête ! a de quoi sourire. Il a pris, à l’occasion du « Grand débat des valeurs » organisé par l’hebdomadaire Valeurs actuelles (VA), un bol d’air salutaire dans une campagne qui vire à la galère. 

L’événement, organisé au Palais des sports de la Porte de Versailles, portait pourtant mal son nom. De débat, il n’y a pas eu ; il s’agissait plutôt d’une succession d’interviews de candidat·es ou de leurs représentant·es. De valeurs, il n’a finalement pas été beaucoup question ; les échanges tournant principalement autour des questions politiques et stratégiques.

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 Parmi les 3000 spectateurs présents, une grande majorité était acquise à la cause d’Éric Zemmour. Dès les premières minutes de l’événement, on entendait des « Zemmour président » rompre chaque micro-silence. Ils n’ont pas cessé d’émailler la soirée ensuite. […] Les liens entre le candidat [Zemmour] et l’hebdomadaire, qui ont en commun des condamnations pour provocation à la haine raciale et injure raciste, sont anciens et connus. Depuis des années, le magazine participe à structurer la droite « hors les murs », notamment par des événements de ce type. En février 2021, VA avait lancé les spéculations en lui consacrant sa « une », titrée « La tentation Zemmour ».

Au milieu d’une telle effervescence d’extrême droite, Valérie Pécresse et Marlène Schiappa ont eu toutes les peines du monde à se faire entendre.

Valérie Pécresse avait décidé de jouer avec les mots et les thématiques de l’extrême droite, comme Marlène Schiappa avant elle. Venue représenter Emmanuel Macron, la ministre déléguée à la citoyenneté a tenté de défendre le bilan du président en matière de lutte contre l’immigration, exhibé comme des trophées les dissolutions d’associations musulmanes et promis que son « objectif » était d’augmenter le nombre d’expulsions.

Une courbette idéologique face à l’extrême droite qui n’a rien de nouveau en Macronie. Comme l’a rappelé Geoffroy Lejeune, Marlène Schiappa s’est déjà exprimée plusieurs fois dans l’hebdomadaire. Le président de la République aussi, à l’automne 2019. Et puis, il y a tout le reste : l’invitation à l’Élysée de l’animateur Pascal Praud, l’amitié exhibée avec Philippe de Villiers, le coup de fil réconfortant à Éric Zemmour après son agression… Et la reprise d’un certain nombre de concepts, dont celui d’« ensauvagement » par Gérald Darmanin.

Tant d’efforts que les spectateurs présents mardi soir n’ont pas jugé utile de récompenser. Marlène Schiappa a été copieusement sifflée, si bien qu’il était difficile de percevoir l’intérêt stratégique qu’elle avait à être présente dans ce rassemblement des droites radicales.

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Jordan Bardella, lui, avait la tête au second tour. […] Ce n’est pas leur bulletin de vote du 10 avril qu’il était venu chercher, mais celui du 24.

Dans une forme d’aveu, il a expliqué : « On s’est aperçus au RN qu’on était les champions du monde du premier tour. En oubliant, longtemps, qu’il y avait un deuxième tour. » Et donc, que le RN avait besoin d’une réserve de voix en cas de qualification. « J’ai beaucoup de respect pour Éric Zemmour, l’auteur et le débatteur de talent qu’il a été », a-t-il par exemple glissé pour déminer une campagne violente entre les deux écuries.

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Ilyes Ramdani. Médiapart. Source (Extraits)°