Ces insecticides de…

… malheur, productivistes certes, mais surtout vecteurs de maladies…

En 1945, lorsque les armes se sont tues, la machine de guerre américaine s’est retrouvée avec des stocks importants de gaz de combat sur les bras.

Des substances neurotoxiques, du nitrate, du phosphate, des tonnes de produits que les entreprises, sorties de l’industrie de guerre, allaient devoir reconditionner.

C’est ainsi, notamment, qu’a été recyclé le DDT, utilisé par les soldats contre le typhus et la malaria, pour devenir en temps de paix le symbole de l’insecticide moderne, épandu sur les cultures pour les protéger des insectes ravageurs.

Bien plus tard, l’impact désastreux du produit de synthèse sur l’organisme humain et sur l’environnement sera mis en lumière. Avant qu’il soit interdit dans de nombreux pays, dont la France, à partir des années 70.

Ma fin de la guerre, au-delà du DDT, l’agrochimie s’est lancée dans l’étude de pesticides agricoles propres à éradiquertoute menace animale.

Bille en terre

A mort pucerons, chenilles, coléoptères, criquets, et peu importe le coût élevé de leur disparition. Mais, comme pulvériser les produits à grande échelle peut avoir un impact sur les êtres et la faune, Shinzo Kagabu, un chercheur japonais travaillant pour Bayer, a imaginé que le produit ne devait pas être diffusé à tous les vents, par dispersion aérienne, mais associé directement à la graine.

En 1985, il a l’idée d’enrober chaque semence avec un neurotoxique dérivé de la nicotine, recouvert d’une couche d’argile colorée. Le néonicotinoïde est né. Prisonnière de sa gangue insecticide, la graine devient son véhicule. Le traitement irrigue la tige, les feuilles, le fruit. Tout n’est plus qu’in­secticide.

En 1994, au Japon, un an après l’usage de ce pesticide nouvelle génération, le lac Shinji a perdu tous ses éper­lans. Soluble dans l’eau, le produit a ruisselé de rizière en rivière. Il a fait son travail de prédateur, détruisant le plancton animal. Il n’a pas tué les poissons, il les a privés de leur subsistance.

Et puis il a été exporté. Etats-Unis, Europe. Chaque grand groupe de l’agrochimie a développé des dizaines de molécules et les a mises sur le marché. Thiaméthoxame, acétamipride, les petites billes colorées ont été enfouies partout dans la terre. C’est souvent avec ça qu’un retraité protège ses rosiers. C’est aussi ce que dissimule le collier anti-puces de son chien.

Dans cette passionnante enquête, des scientifiques du monde entier (certains ont été menacés par les lobbys de l’insecticide) disent leurs craintes. Leurs travaux montrent que le néonicotinoïde provoque partout un déclin brutal de la biodiversité.

Jusqu’à 80 % de la biomasse des insectes ailés a disparu en Europe. L’extinction des invertébrés serait la plus rapide et la plus massive de tous les temps. Et de quoi donc se nourrissent les in­sectivores ?

Accusé d’être un perturbateur endocrinien et le principal « tueur d’abeilles », ce pesticide avait été interdit en France en 2018, puis réintroduit « temporairement » deux ans plus tard. Les lobbys de l’agrochimie peuvent se frotter les mains. En attendant, au Japon, on trouve des traces de néonicotinoïdes dans le premier jet d’urine de la plupart des nouveau-nés.

Bienvenue au monde…


Sorj Chalandon. Le Canard Enchainé. 16/03/2022


Une réflexion sur “Ces insecticides de…

  1. jjbadeigtsorangefr 22/03/2022 / 15:03

    Vous disiez Covid mais n’oublions pas le cancer qui fait bien plus de victimes et dont les saloperies versée sur et dans la terre ne sont pas étrangères à l’augmentation des cas.

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