Dans toutes les conversations…

Jusqu’où ira la folie guerrière du maître du Kremlin ?

En Ukraine, des tapis de bombes russes rasent les villes et les habitations, frappent les populations civiles jetées à la rue, dans des caves ou sur les routes cabossées de l’exil.
Des bâtiments des services publics, des écoles, des hôpitaux et des maternités sont détruits sans ménagement. L’eau et l’électricité sont coupées. La nourriture manque au point que la famine menace en plusieurs points d’Ukraine.

Répétons-le sans cesse : tout doit être entrepris pour obtenir que les armes se taisent, le retrait des troupes russes, l’ouverture de discussions et l’accueil des réfugiés.

Le président ukrainien a affirmé qu’il abandonne sa demande d’intégration de son pays dans l’OTAN et s’est dit ouvert à une négociation sur le statut des républiques autonomes. Le secrétaire général de l’ONU, fort de la résolution votée par l’Assemblée générale et l’abstention de certains pays, notamment la Chine, mais aussi l’Inde ou la Turquie, s’est déclaré prêt à organiser des médiations.

Toutes ces voix doivent être soutenues et encouragées. C’est indispensable ! C’est urgent ! Pour faire cesser les horribles souffrances des populations ukrainiennes d’abord. Pour éviter un embrasement général aussi. Pour ouvrir la voie à une grande conférence paneuropéenne pour la paix et la sécurité sur le continent européen. La situation est trop dangereuse pour négliger la force de la politique. Quelques anicroches existent déjà entre les forces russes et celles de l’OTAN. Le plus significatif a été ce bombardement d’un site militaire proche de la frontière polonaise dans la ville de Yavoriv.

Ce n’est pas n’importe quel site. Il s’agit d’une base de l’OTAN en territoire ukrainien dont la mission était de former des bataillons de la légion internationale et qui servait de zone de transit aux armes occidentales. En le bombardant, le président russe adresse un message clair et lourd de sens aux pays membres de l’Alliance atlantique. Dans sa tentative de fédérer les populations russes derrière lui, rien n’exclut qu’il multiplie ce genre d’opérations militaires. Ne lui en fournissons pas l’occasion. À ceci s’ajoute l’utilisation de part et d’autre de milices privées.

De surcroît, de plusieurs chancelleries parviennent des informations selon lesquelles des armes nucléaires tactiques russes sont déployées sur le territoire ukrainien. Répétons-le encore et toujours : le mouvement international, populaire, politique, diplomatique doit se renforcer considérablement pour tout à la fois isoler politiquement le maître du Kremlin, contester en actes les rouages du système capitaliste et soutenir les populations, les travailleurs, les intellectuels, les journalistes et les créateurs russes. Honneur à Marina Ovsiannikova qui n’a pas hésité à utiliser le journal télévisé de la chaîne russe la plus regardée, pour brandir une pancarte contre la guerre et les mensonges.

L’Ukraine ne doit pas être la victime de la guerre de proies qui oppose les capitalistes russes aux capitalistes européens pour l’accaparement de ses richesses agricoles et de son sous-sol.

C’est ce système qui est en cause. Un système qui profite d’ailleurs déjà de cette guerre. Les majors pétroliers nord-américains comme Chevron, continuent de bénéficier des achats et ventes du pétrole russe et de la spéculation qu’ils organisent en freinant leurs cargos en mer pour faire monter les prix.

Total, qui n’a pas suspendu ses participations croisées avec de grandes entreprises russes du pétrole, continue de manière spéculative d’augmenter les prix à la pompe pour gaver ses actionnaires-propriétaires. Les ventes d’armes engraissent les marchands.

La grande Hypocrisie

Quelle hypocrisie, quel enfumage quand pendant les discussions sur la « défense européenne » ou « la souveraineté européenne », l’Allemagne vote l’augmentation des crédits militaires pour acheter l’avion de combat américain F-35 plutôt que l’avion français ? Cet avion sera armé d’engins atomiques fournis par… les États-Unis. La militarisation se fait au profit des États-Unis qui veulent faire de l’Union européenne, le gendarme de la Russie pendant qu’eux s’occuperont de La Chine.

D’ores et déjà, cette guerre a de multiples conséquences pour tous les peuples du monde. Les flambées spéculatives sur les prix de l’énergie et ceux du blé annoncent plus de difficultés et de violentes famines dans les pays du Sud.

Un projet pour la sécurité humaine

Pour la sécurité humaine et la stabilité du monde, les pays européens doivent mutualiser leurs moyens et leurs stocks de matières premières énergétiques et alimentaires pour venir en aide au pays du Sud. C’est aussi une façon de les engager à nos côtés pour gagner la paix.

Autant de grands enjeux qui, s’ils étaient débattus dans le cadre de la campagne électorale, sont susceptibles de mobiliser nos concitoyens. Au lieu de ce chemin démocratique, le déploiement de la pensée unique médiatique continue ses litanies, et le Président de la République qui attend son auto-reconduction, choisit l’évitement de tout débat.

Or, cette guerre révèle l’impérieuse nécessité d’une controverse publique sur le devenir de la société, du monde et de la planète. L’heure est à construire des mises en commun, des solidarités qui tarissent les revenus spéculatifs, vident les paradis fiscaux, pulvérisent les inégalités, transformant la mondialisation capitaliste en mondialité coopérative. Il est urgent que naissent les souverainetés énergétiques ou alimentaires indispensables pour sortir des millions de familles françaises de la précarité et des privations.

L’opération électoraliste consistant à abaisser de 0,15 € le prix des carburants est significative de cette volonté de protéger toujours le capitalisme pétrolier. En vérité, cette réduction est payée par le consommateur lui-même puisque plus les prix à la pompe montent, plus les impôts indirects, avec les multiples taxes, augmentent. En fait, ce tour de passe-passe garantit aux géants du pétrole, leurs profits.

En abaissant de cette manière, si peu, le prix des carburants, l’État autorise l’industrie pétrolière à augmenter ses prix, augmentant les impôts indirects et pour faire passer l’amère pilule, restitue une petite partie à la pompe. Mais ni Total ni l’État ne perdent d’argent. C’est le contribuable-consommateur qui paie. Le même hold-up a lieu pour le blé puisque l’Union européenne dispose sur son territoire de stocks largement suffisants pour aller jusqu’aux prochaines récoltes. Ainsi, les hausses des prix du pain et des pâtes sont donc purement spéculatives, inhérentes au système capitaliste.

De même, le Conseil européen vient de décider de créer un nouveau fonds pour faire face à la guerre. Or, celui-ci n’est destiné qu’à l’achat de nouvelles armes et non à l’amélioration et à l’élargissement de l’action et des services publics nécessaires pour combattre les inégalités qui risquent de croître en cette période.

La guerre bouleverse tout. Cela renforce la nécessité de débats contradictoires pour les présidentielles.

Le débat public en vue du choix du Président de la République et des députés n’est donc pas un luxe ou un supplément d’âme. Il est indispensable afin que nos concitoyens aient voix au chapitre sur leur quotidien et leur avenir.

Refusant cette voie, le chef de l’État veut profiter de la situation et faire campagne sans aucune confrontation démocratique.

Il entend ainsi faire accepter, sans discussion, de nouvelles mesures de régression sociale, comme le recul de l’âge de la retraite ou l’obligation de fournir du travail gratuit contre un maigre RSA.

Au nom de la pandémie et de la guerre, il camoufle son véritable plan caché : une violente purge d’austérité pour rembourser des dettes et pour augmenter le budget militaire.

Ces discussions pour d’autres choix, pour un autre avenir, peuvent et doivent avoir lieu. Librement, vraiment. Dans la rue, devant les écoles, dans les entreprises et les services publics. C’est la seule façon de créer les conditions pour que chacune et chacun puisse décider en toute connaissance de cause.


La Lettre du 19/03/2022. Patrick Le Hyaric. Source (extraits)


4 réflexions sur “Dans toutes les conversations…

  1. jjbadeigtsorangefr 20/03/2022 / 09:13

    Une analyse lucide de ce système absurde qui en toutes circonstances n’a qu’un soucis: faire du fric…
    Tant pis pour l’humain.

  2. bernarddominik 20/03/2022 / 09:34

    L’Europe de la défense est une illusion, ni l’Allemagne ni la Pologne ne veulent d’une défense européenne qui pourrait être un motif de désengagement des USA, ils ont la naïveté de croire qu’il ne puisse y avoir de conflit d’intérêt avec les USA et que la doctrine Monroe est bannie à jamais.
    Dans ces conditions Macron devrait en tirer les conséquences, l’UE n’est qu’une zone de libre échange au service du mercantilisme allemand.
    L’Allemagne, c’est une balance commerciale positive de 500 milliards abondée par le déficit français de 82 milliards.
    Elle s’enrichit nous, nous appauvrissons. Et l’élargissement de l’UE à l’Ukraine va mettre son agriculture en concurrence avec la nôtre, qui sera incapable d’y faire face.

    • Maryse 21/03/2022 / 15:11

      Alors, voter un milliard en fourniture d’équipement militaire, pour endetter les Ukrainiens, oublier que le Dombass est bombardé depuis huit ans par le gouvernement ukrainien, et savoir que les États-Unis possède environ 800 bases militaires dans le monde, vous avez confiance en eux ?
      Je n’ai pas confiance en Vladimir Poutine, mais encore moins dans les guerres humanitaires des USA, ami de la très démocratique Arabie Saoudite, dont le successeur au trône a été décoré de la Légion d’Honneur par François Hollande!

      • Libres jugements 21/03/2022 / 16:59

        Bonjour Maryse,
        Comme je le dis et le répète les articles postés sur ce blog, sont sélectionnés sur plusieurs critères.
        Ils ne peuvent provenir des réseaux sociaux, ils sont vérifiés par recoupages, éviter qu’ils « collent » à l’actualité (le temps apporte souvent plusieurs « angles »voire des éléments complémentaires permettant d’autres réflexions).
        Tu as certainement remarquée que toutes les sources d’infos postées sont systématiquement identifiées. Leurs positionnement, propos, analyses, n’engagent que leurs auteurs et ne sauraient m’être imputables ; les ajouts éventuels sont également toujours identifiés.
        Dans la mesure du possible… j’essaie de respecter la pluralité des infos en multipliant les provenances de sources. Je privilégie les médias indépendants en m’abstenant de me « servir » d’infos en provenances des grosses entreprises et les quelques propriétaires de médias, m’écarte « de source » gouvernementale.
        Enfin, bien évidemment, c’est une sélection et comme telle, elle est arbitraire et conséquemment ne saurait prétendre être la vérité absolue.
        Par contre, sans doute as-tu remarqué, l’absence de censure dans les commentaires.
        Très cordialement,
        Michel

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