Ukraine : les enjeux humanitaires actuels ?

Le point de vue de Jean-François Corty (médecin, ancien directeur des opérations de Médecins du Monde, chercheur associé à l’IRIS).

Bien évidemment, ses propos et réflexions lui appartiennent, pour autant ils sont le reflet à un instant T au regard de ce qui se passe sur le terrain. […]

Terroriser les civils est une stratégie ?

Aujourd’hui, l’Ukraine est le théâtre d’un conflit extrêmement violent, intense, à large échelle, où de nombreuses grandes villes à forte densité de population sont la cible de bombardements permanents avec un climat continental froid qui accentue la gravité de la situation. Depuis le début du conflit, on observe trois niveaux de besoins humanitaires liés aux pratiques militaires de l’armée russe qui, aujourd’hui, ne discerne plus les civils des sites militaires.

Tout d’abord, ce conflit induit un nombre de réfugiés conséquent dans un laps de temps très court. Aujourd’hui, plus de 2 millions de réfugiés ont quitté le pays en moins de 10 jours, en grande majorité vers l’Europe de l’Ouest. […]

Une organisation est nécessaire dans ce cas, mais ce sont des pays relativement riches qui ont la capacité de pouvoir absorber dans de bonnes conditions beaucoup d’exilés, majoritairement des femmes et des enfants, avec de fait un soutien de toute la communauté européenne qui prendra sa part. […]

[…] Sur le territoire ukrainien, la situation est […] compliquée et les enjeux pour les acteurs humanitaires sont multiples. Il s’agit en premier lieu de répondre à des besoins importants à différents endroits du pays au même moment, puisque l’on observe qu’aucune zone n’est épargnée par le risque de bombardements. Les grandes métropoles ukrainiennes et les villes à proximité des zones de front représentent désormais des lieux où les besoins sont prégnants.

Concernant les besoins en Ukraine, l’un des enjeux est le soutien aux déplacés internes. Nombreux sont ceux qui ont fui les lignes de front et qu’il s’agit de mettre à l’abri et de leur assurer du point de vue médical, une continuité des soins. À savoir, des soins primaires d’urgence, mais aussi des prises en charge pour les maladies chroniques (hypertension, diabète, cancer, VIH, etc.).

Il est en revanche quasiment impossible de pouvoir sortir les personnes qui sont actuellement sur les zones de siège (Marioupol, Kharkiv…), les villes étant soumises à des bombardements répétitifs sur des établissements civils. À Marioupol notamment, un défi majeur humanitaire se pose, car ce sont des centaines de milliers de personnes qui vont être en rupture d’eau, d’électricité et d’accès à la nourriture. Aujourd’hui, les corridors humanitaires ne sont pas totalement fonctionnels et sont utilisés comme une arme de guerre par les belligérants, notamment l’armée russe.

Quelles sont les difficultés de l’intervention humanitaire en Ukraine ?

Un double enjeu d’ailleurs, puisque les humanitaires doivent à la fois répondre à l’intensité des besoins et assurer en même temps la sécurité des équipes. Aujourd’hui, il est difficile de pouvoir approvisionner en matériel médical et en équipes les hôpitaux qui sont soumis à des sièges.

Les acteurs humanitaires et les soignants sont donc potentiellement en danger. On assiste véritablement à une « course contre la montre » pour pouvoir anticiper les lieux qui demain seront de futurs sièges et réaliser en anticipation, de l’approvisionnement médical et matériel, afin d’assurer la continuité des soins d’urgence.

L’armée russe bombarde également aujourd’hui les zones frontalières polonaises. Toutes les voies de passage sont suspectes avec des bombardements de routes et de voies d’acheminements qui continuent, mettant par conséquent en danger les humanitaires qui les empruntent pour pouvoir approvisionner leurs opérations.

Quelles sont les limites de l’aide, dans la mesure où le droit humanitaire international n’est pas respecté comme dans beaucoup d’autres conflits ?

Le droit international dans ses prérogatives essaie d’humaniser la guerre au travers de la protection des civils et des aidants. Seulement, on observe comme dans d’autres conflits en Afghanistan, au Yémen et en Syrie, un non-respect de ces principes. Les bombardements des lieux de soins sont récurrents. […]

Dans un contexte de guerre totale, la question des modalités opérationnelles se pose. Faut-il travailler dans des zones visibles ou plutôt dans des dispositifs plus cachés, dans des caves, comme on a pu le voir en Syrie ? Faut-il donner les coordonnées GPS des lieux de soins pour qu’ils ne soient pas bombardés ? Il faudra dans tous les cas s’adapter aux différentes situations d’urgence engendrées par le conflit et au comportement des forces militaires impliquées.


Source IRIS (Extraits Lecture libre et intégrale en suivant le lien)


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