Les vertus de la déconnexion

Attention aux « détournements » de pensées

La Guerre de l’attention (éd. L’Échappée, 250 pages, 18 euros) est un digne complément du livre de Michel Desmurget La Fabrique du crétin digital (1)(éd. Seuil).

Son soubassement est limpide : l’industrie se livre à une guerre destinée à s’emparer le plus qu’il sera possible de notre attention.

Celle-ci n’est-elle pas la garantie d’une hyperconsommation éternelle ?

Cette guerre est d’autant plus remarquable que nous n’en sommes pas seulement les victimes, mais également les acteurs. Quand nous utilisons Facebook, Twitter, TikTok, Tinder, WhatsApp, n’avançons-nous pas comme une armée des temps nouveaux ?

Cette si étrange offensive augmente son territoire à mesure que la numérisation du monde se perfectionne.

Les auteurs du livre, Marry et Souillot, ont créé l’association Lève les yeux ! (levelesyeux. com), qui a pour but – si difficile à atteindre de reconquérir ensemble ce trésor commun qu’est l’attention collective, cette disposition des hommes à écouter et voir, tout en restant vigilant.

Le constat est sinistre. L’école, qui devrait être une alliée essentielle dans la « reconquête de l’attention », en est devenue, sans que personne ne se lève, l’ennemie.

On y remplace les cahiers, les livres, peut-être les profs demain, par des tablettes. Depuis 2013, l’Éducation nationale a consacré 2,3 milliards d’euros à cette « révolution », qui conduit à « une enfance volée ». Et les adultes ne sont pas en reste, « hypnotisés par la lumière froide de leur « téléphone intelligent » ».

Au plan politique, cette considérable régression détruit les chances de la démocratie, car « la technique nous détourne du politique en nous divertissant et en nous isolant ».

Pour commencer, « l’accès à l’information s’est entièrement déporté sur les réseaux sociaux pour les plus jeunes ». Mais est-ce bien de l’information ?

Un tel système pousse « d’ailleurs à rejeter toujours plus violemment la démocratie comme une chose complexe, ennuyeuse, théorique ». Et bien sûr, nos représentants politiques soutiennent, souvent avec force, cette radicale nouveauté.

Le livre contient bien d’autres choses, dont des développements sur l’utilité évidente de la guerre de l’attention, nouvel avatar de l’économie de la croissance à tout prix.

On ne saurait parler, en conclusion (2), d’optimisme. Certes, il faut résister, mais comment ?

On ne sera pas forcément d’accord sur l’articulation proposée entre numérisation et crise écologique, mais l’essentiel est ailleurs. Il faut, en effet, protéger les enfants, défendre la lecture vraie, vanter cent et mille fois « les vertus de la déconnexion ». Mais après ?


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 16/03/2022


  1. Déjà analysé ici par Antonio Fischetti, le livre rapporte, appuyé sur 1 500 études du monde entier, comment les écrans et les jeux vidéo abîment en profondeur l’esprit des gosses, entre autres.
  2. Signalons une très bonne bibliographie en fin de volume.

Une réflexion sur “Les vertus de la déconnexion

  1. jjbadeigtsorangefr 19/03/2022 / 15:11

    Ce siècle voie les machines, créées pour libérer l’homme, bien utilisées par le système qui emprisonne celui-ci.

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