Situation complexe.

La guerre, c’est le bordel. Les bombes réduisent les immeubles en mille morceaux, transforment les humains en steaks tartare et mettent sens dessus dessous les programmes des chaînes d’info en continu.

Face au désastre, on est maladroitement tenté de relativiser, de se dire que ce n’est qu’une guerre de plus, et qu’ailleurs dans le monde les victimes d’autres conflits dont on n’a jamais entendu parler se comptent chaque jour par centaines.

Souvent indifférents au sort des peuples lointains, les Européens redeviennent sensibles aux horreurs de la guerre seulement quand elle a lieu en face de chez eux, en Ukraine. Celle-ci est déplaisante, non seulement par sa proximité, mais aussi parce qu’elle a le goût amer d’un certain ethnocentrisme européen.

Pour nous obliger à voir au-delà de notre nombril, des blogueurs ukrainiens ont réalisé un montage qui montre Paris bombardé par des avions ennemis. Le spectacle d’explosions frappant des immeubles haussmanniens, avec, au second plan, l’Opéra de Paris ou le Sacré-Cœur, est saisissant.

  • Mais cela suffira-t-il à sortir les Français de leur torpeur?
  • Comment se comporteraient-ils si, demain, des missiles frappaient la tour Eiffel, le Capitole à Toulouse, la place des Quinconces à Bordeaux ou la Canebière à Marseille?
  • Qui est prêt à se battre pour défendre sa liberté?

Cette question remet les pendules à l’heure et relativise nos préoccupations souvent terre à terre. L’instinct de survie renvoie aux oubliettes les polémiques à deux balles dont les médias et les réseaux sociaux nous encombrent l’esprit à longueur d’année. Non seulement la guerre déchiquette des innocents, pulvérise de beaux édifices soigneusement peints et ravalés, mais elle jette dans les ruines nos tracasseries quotidiennes souvent au ras des pâquerettes.

Un exemple : la semaine dernière, on entendait sur une chaîne d’information en continu un journaliste économique se désoler de la hausse du prix du gaz, car elle allait nous obliger à changer nos habitudes de consommation.

Il découvrait, à l’occasion d’une guerre, les limites de notre mode de vie, et ajoutait, la voix tremblante, que même les entreprises devraient se résoudre à moins consommer. Ce qui pour lui était une preuve indiscutable que la situation était très, très, très grave. C’était assez surréaliste d’entendre un journaliste économique habituellement respectueux de l’orthodoxie libérale faire quasiment l’apologie de la décroissance, pour permettre à la France de se désengager de l’emprise russe en matière énergétique.

Et là, on se dit : mais pourquoi faut-il attendre un conflit pour admettre enfin que notre société de consommation effrénée court à sa perte?

Comme si le dérèglement des équilibres écologiques n’allait pas, lui aussi, détruire des sociétés et jeter sur les routes de l’exode des millions d’affamés?

Les médias, les politiques, les intellectuels semblent incapables d’anticiper les problèmes au-delà des quinze jours à venir.

La campagne électorale pour l’élection présidentielle en est une belle illustration, car elle ne parvient pas à se hisser au-dessus des problèmes de plein d’essence et de prix de la baguette.

 Comme tous les peuples confrontés à la guerre, les Ukrainiens viennent en quelques jours de passer d’une société de l’opulence à une société de la pénurie, où le carburant, la nourriture, l’électricité sont devenus si rares qu’on serait prêt à tuer pour s’en procurer.

Même dans leurs chars, lit-on dans la presse, les soldats russes, mal ravitaillés, n’auraient pas assez de gas-oil pour faire tourner le moteur afin de se réchauffer, et commenceraient à se geler les miches, alors que ta température est descendue en dessous de – 20 °C.

Le dérèglement climatique risque d’être bien plus cruel qu’une guerre. Et cette fois, livrer des missiles et des caisses de munitions pour en venir à bout ne sera d’aucune utilité.


Édito Riss — Charlie Hebdo du 16 mars 2022


2 réflexions sur “Situation complexe.

  1. bernarddominik 18/03/2022 / 07:05

    Ne croyez pas que la destruction de la France arrangerait les affaires de l’Ukraine.
    La solidarité de la France et des Français est tout de même une réalité, les collectes de biens de première nécessité les hébergements de réfugiés l’envoi d’armes et de matériel sont une réalité.
    Mais, participer activement à la guerre, c’est placer la Russie dans une situation où seule sa suprématie en armes atomiques lui permettrait de ne pas perdre.
    C’est prendre le risque de passer de centaines à des millions de morts.

  2. jjbadeigtsorangefr 18/03/2022 / 09:14

    La Guerre ?
    Mais depuis 1945, quelles années sans elle ?
    On s’y habitue, Non ?
    L’Indochine, l’Algérie, le Kosovo, le Sahel… Je ne parle que de celles dans lesquelles les armes françaises se sont trouvées.
    Le système dominant en fait un usage immodéré pour en faire un élément de résolution de ses problèmes et le fric s’accumule et les morts se multiplient, les misères aussi.

    Alors « Guerre à la guerre » ne peut rester qu’un slogan, il faut le faire vivre et entrer encore plus fort en action pour imposer la PAIX.

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