De retour d’Ukraine, Maryse Burgot raconte :

… “Là, votre vie ne pèse plus grand-chose”

[…] Après trois semaines à couvrir la guerre pour les journaux télévisés. Elle nous raconte leur quotidien avec son équipe au plus près du conflit, avant de repartir.

[…] Maryse Burgot, arrivée avec son équipe dans la région du Donbass le 14 février, dix jours avant l’invasion russe, la journaliste a passé trois semaines en Ukraine. […]

Le quotidien

Maryse Burgot : « On commence vers 7 h 30. Avec mon équipe et notre “fixeur” [ce guide local et traducteur qui les accompagne, ndlr], on regarde les sites d’information locaux et les réseaux sociaux, on échange avec la direction de la rédaction à Paris, puis on décide où l’on va. On bouge tout le temps, on change d’hôtel tous les soirs, on envoie nos reportages à la dernière minute, parfois quelques minutes avant le journal de 20 heures. » […]

L’image marquante

Maryse Burgot : « Le 19 février, alors que la guerre n’avait pas commencé, nous avons suivi la visite du ministre de l’Intérieur ukrainien dans des tranchées, à l’est du pays. C’était une opération de communication, pour dire : “Regardez, en cas d’attaque, on est prêt.” Mais en sortant de la tranchée, des obus de mortier envoyés par les Russes ont explosé autour de lui. Nous étions à plat ventre. Il était tétanisé. Mon cameraman Stéphane Guillemot, avec sang-froid, a tout filmé. Assister à cette humiliation était incroyable. C’est une scène presque prémonitoire. Là, je me suis dit : “Tout sera possible.” » […]

Ce que l’on apprend de l’expérience

Maryse Burgot : « Quand il y a un tir d’obus, on l’entend partir. Il y a un sifflement de départ, on sait qu’il faut se coucher. Je sais à quel moment je dois m’allonger. Je fais confiance à mon instinct, mais il n’y a pas de science exacte. » […]

Gérer le risque

Maryse Burgot : « La peur est très présente dans de courts moments difficiles. On a été mis en joue de façon musclée à deux reprises par des Ukrainiens qui nous prenaient pour des Russes. On a levé les mains très haut en expliquant que nous étions des journalistes français. Globalement, je crois pouvoir révéler que je n’ai pas peur sauf dans des petits moments de tension. Je pars toujours confiante, je vois toujours le verre à moitié plein. » […]

La particularité de cette guerre

Maryse Burgot : « La folie de Vladimir Poutine. Comprendre ce qui se passe dans sa tête m’obsède. Comment l’arrêter ? Comment est-il devenu le personnage qu’il est aujourd’hui ? Quelle est la responsabilité collective des Occidentaux ? J’ai lu et relu l’histoire des vingt dernières années pour tenter de comprendre. Ensuite, je suis fascinée par la mobilisation stupéfiante des Ukrainiens. J’ai vu une directrice d’école fabriquer des cocktails Molotov par milliers. Au premier jour de la guerre, c’était la sidération. J’ai vu les files d’attente pour sortir de l’argent en cash et faire des provisions alimentaires. Au deuxième jour, les gens ont dit : “On ne va pas se laisser faire.” J’ai vu des milliers d’hommes faire la queue pour s’engager. » […]

Y retourner

Maryse Burgot : « J’essaie de décrocher, mais je n’y arrive pas. J’ai très envie d’y retourner. Il ne faut pas déserter. J’ai vu la souffrance, des vieilles dames de 85 ans dans des abris, entendu les cris des bébés… Donc hors de question de chouiner ou de se plaindre. » […]


D’après un article de François Rousseaux. Télérama. Source (Extraits)


2 réflexions sur “De retour d’Ukraine, Maryse Burgot raconte :

  1. jjbadeigtsorangefr 16/03/2022 / 23:15

    La folie meurtrière en direct, livrée sans autre commentaire que l’invitation à constater par soi-même les dégâts de cet inutile massacre voilà ce que l’on peut apprécier…
    Le service public ne cherche pas l’audience, il informe…

    • Libres jugements 17/03/2022 / 09:34

      Au niveau des informations des différents journaux télévisés, les images diffusées montrent toutes les horreurs constatées lors de toutes guerres.

      Bien sûr l’armée russe envahissant l’Ukraine sur les ordres de Poutine, à tort et ces ordres doivent être dénoncés par leur cruauté.

      Passer ces infos nécessaires, regrettons que les différents reportages audiovisuels, ne s’accompagnent pas de situer l’ensemble du conflit dans ces tenants et aboutissants (c’est de la géopolitique) explicité à tout un chacun.
      Bien sûr, cela ne résoudra pas le conflit, mais permettrait enfin, de comprendre (sans le pardonner bien évidemment), les raisons cachées de cette guerre, faite par quelques personnalités bien cachées dans des bureaux (ou leur palais), pour leurs seules postures de gloire.

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