Sonia Mabrouk, militante

En traitant les invités de gauche comme des adversaires politiques, Sonia Mabrouk fait de l’interview politique sur Europe 1 une tribune pour avancer ses propres idées : un logiciel politique d’extrême droite dont elle ne fait pas mystère.

En traitant les invités de gauche comme des adversaires politiques, Sonia Mabrouk fait de l’interview politique d’Europe 1 une tribune pour avancer ses propres idées : un logiciel politique d’extrême droite dont elle ne fait pas mystère, elle qui publiait il y a quelque mois un livre subtilement intitulé Insoumission française. Décoloniaux, écologistes radicaux, islamo-compatibles : les véritables menaces, qui lui valut d’ailleurs une tournée médiatique dans les règles de l’art.

Journaliste ou adversaire politique ?


Face aux interlocuteurs de gauche, tout est donc prétexte à la joute politique, dans laquelle Sonia Mabrouk prend une part plus qu’active et l’entretien est construit de manière à toujours ramener l’invitée vers les thèmes chers à Sonia Mabrouk, et calqués sur l’agenda politique de l’extrême droite.

Les interviews à géométrie variable de Sonia Mabrouk


Europe 1, la radio du groupe Lagardère qui vient de passer sous la coupe de Vincent Bolloré, nous a habitués de longue date à des interviews politiques dont la ligne est claire : « faible avec les puissants, fort avec les faibles ». Au fil des entretiens, l’intervieweuse Sonia Mabrouk a montré qu’elle avait bien intégré les missions de sa fiche de poste.

Quand Jean-Michel Blanquer (4 sept. 2020) ou Bernard Arnault (26 nov. 2019) sont interrogés, ils ne subissent pas le même traitement qu’Adrien Quatennens (15 sept. 2020), Fabien Roussel (10 déc. 2019), Sandrine Rousseau (1er sept. 2021) ou encore Claire Hédon (12 fév. 2021).
Lors de son passage sur Europe 1, le député France insoumise Adrien Quatennens a subi, durant treize minutes, pas moins de cinquante interruptions de la part de Mabrouk, rendant de fait ses démonstrations quasi impossibles et hachées.

Quand Bernard Arnault est invité, il n’est « interrompu » (relancé, en réalité) que dix-neuf fois en onze minutes.

De son côté, l’élu communiste Fabien Roussel a été coupé trente-six fois en huit minutes et trente secondes.

Le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, pour sa part, peut aisément dérouler ses éléments de langage durant treize minutes, reléguant les interventions de l’animatrice au second plan : sur ses vingt-sept interventions, elle coupe seulement deux fois la parole au ministre, le reste n’étant que questions-relances.Voilà pour le quantitatif.


De manière plus concrète, Quatennens et Roussel – pour ne prendre que ces deux exemples – ont été mis sur le gril. Suivant la ligne directrice de son réquisitoire, Mabrouk coupe ses interlocuteurs pour étayer une thèse. Par exemple, quand elle reçoit Quatennens, son objectif est de démontrer que FI déteste la police.

Et quand Adrien Quatennens suggère que « pour lutter contre la petite délinquance, il nous faut le retour de la police de proximité, pacifier les relations… », Sonia Mabrouk se moque : « Quelle idée innovante, M. Quatennens. »

Pour servir sa thèse et instiller le doute, l’animatrice n’hésite pas à semer le trouble et tronquer des citations. Résumant les propos de Quatennens, elle poursuit : « Pour lutter contre la délinquance, il faut être armé. Donc vous revenez complètement sur la phrase de Jean-Luc Mélenchon, qui estimait il y a quelques semaines, quelques mois, qu’il faut “une police aussi désarmée que possible pour qu’elle inspire le respect”. » Or la déclaration de Jean-Luc Mélenchon est tout autre.

Dans un extrait pris sur BFM-TV le 13 juin 2020, le leader de FI explique : « On a le droit de rêver d’une société sans police. Comme on pourrait rêver d’une société où le loup et l’agneau iraient boire ensemble à la rivière. Donc, ce n’est pas un rêve interdit, c’est un beau rêve. Mais nous savons tous que ça ne peut être qu’un rêve. Donc, il doit y avoir une police à peu près partout. Mais ça doit être une police pensée, organisée, disciplinée, obéissant à l’État républicain, et ne se constituant pas comme une sorte de forteresse à part. Une police aussi désarmée que possible, pour qu’elle inspire le respect des citoyens, ça doit être ça leur objectif. Leur objectif, ça ne doit pas être de faire peur mais d’être respectés. »
Qu’on soit d’accord ou pas avec ces propos, on peut dire que Sonia Mabrouk illustre par la sélection de la phrase qu’elle opère et son usage, ce qu’Adrien Quatennens venait de dire quelques instants plus tôt sur le même sujet des violences policières : « On ne va pas résumer à la serpe mon propos. » Le reste de l’entretien est du même bois. Parole coupée, procès d’intention, questions à charge… L’élu insoumis, était plus là pour se justifier, que pour répondre à des questions.

Complaisance à l’égard des puissants


Même salle, ambiance différente quand s’y assoit un grand patron ou un membre du gouvernement. Le 26 novembre 2019, Sonia Mabrouk déroule le tapis rouge à Bernard Arnault, patron de LVMH.

Matthieu Belliard, qui a depuis quitté la station, salue d’entrée cet « invité exceptionnel : sa parole est rare, Bernard Arnault, le P-DG de LVMH, le n° 1 mondial du luxe. LVMH qui réalise une opération hors norme avec le rachat de la célèbre marque américaine Tiffany pour 14,7 milliards d’euros. » Belle entrée en matière pour une interview sans concession. […]
À la fin de l’entretien, Sonia Mabrouk commence le cirage de pompes du président de la République : « Même si, Bernard Arnault, on est, selon Emmanuel Macron, trop négatifs, trop pessimistes, on ne voit pas tous les indicateurs qui passent au vert et le verre à moitié plein. »

Cirage que Bernard Arnault, qui l’a soutenu et le soutient toujours, reprend à son compte : « Oui, oui. Et depuis l’arrivée du président Macron à la présidence de la République, l’image de la France s’est quand même, je dirai, sensiblement améliorée, son attractivité s’est beaucoup améliorée, notamment pour les investissements étrangers. Et ça compte beaucoup. »

Sonia Mabrouk ne compte pas laisser Bernard Arnault s’en sortir aussi facilement. Plus incisive que jamais, elle relance : « Bernard Arnault, est-ce que pour s’entendre avec un businessman, il faut soi-même être un grand patron et parler d’égal à égal quelque part ? »
Sans surprise, Bernard Arnault n’est jamais interrompu, Sonia Mabrouk accompagnant tout au contraire l’intéressé dans la construction de sa ma­gnificence.

On pourrait ainsi multiplier les exemples à l’infini, au péril de notre santé mentale. À y regarder de plus près, on se dit que Sonia Mabrouk applique à la lettre la conception du journalisme qu’elle avait affichée dans un entretien accordé à 20 minutes le 25 août 2017 : « Le journalisme tel que je l’aime est engagé dans les grands débats. Pas politiquement bien sûr, il n’est pas question d’avoir la carte d’un parti, mais sur les grands principes. […] Le journaliste de demain doit être engagé sur les grandes questions. Il est impossible de ne pas prendre position. On a un rôle de pionnier et pas seulement d’animateur. » Un rôle de serviteur, vouant allégeance à la bourgeoisie.


Revue Cause communeSource (Extrait)


2 réflexions sur “Sonia Mabrouk, militante

  1. luc 01/03/2022 / 11:06

    j’ai souvenir aussi d’avoir entendu l’intéressée, là où à cause de Zemmour était question de la période de l’Occupation, parler de la… « doxa paxtonienne », sic. Et prout-ma-chère ?

  2. jjbadeigtsorangefr 01/03/2022 / 16:05

    La voix de son maître et rien d’autre, elle ne va tout de même pas mordre la main qui la nourrie.

Laisser un commentaire