Chronique de P. Le Hyaric

Réflexions au sujet de la «  primaire populaire »

 […] A constaterla montée des extrêmes droites et des droites extrêmes, le désir d’unité des électrices et des électeurs, de gauche et de l’écologie, est compréhensible et respectable.

Reste à savoir sur quoi les forces politiques qui se réclament de ces camps-là peuvent aujourd’hui s’unir…L’histoire récente est, de ce point de vue, riche d’enseignements.

 […]

[Depuis 1981], notre pays à fait l’expérience de plusieurs gouvernements dirigés par les socialistes, qui ont décidé, […] renoncement après renoncement, de s’adapter aux canons de la mondialisation capitaliste et des traités européens qu’ils ont approuvé.

Sur ces faits politiques, un véritable débat entre les forces de gauche, devant nos concitoyens et avec leur concours, n’a jamais réellement eu lieu. Or, il s’agit de questions essentielles pour leur présent, leur avenir, celui du pays et du monde.

Aucune réflexion n’a eu lieu sur le quinquennat de François Hollande qui après avoir désigné en paroles « la finance » comme son principal ennemi, a multiplié, une fois élu, les cadeaux sociaux et fiscaux au capital.

Ce travail de critique et de vérité aurait dû avoir lieu publiquement depuis cinq ans pour rechercher un socle commun de propositions transformatrices et les conditions de son aboutissement.

Une unité des forces de gauche et écologistes ne peut se réaliser que dans la clarté et sur des engagements précis et argumentés au service des citoyens. Sinon, une unité de façade ne fera que raviver l’infernal cycle « illusions-désillusions-déceptions » sur lequel prospèrent les extrêmes droite et la droite extrême, et dont le clan ultralibéral et autoritaire au pouvoir pourra profiter pour poursuivre son entreprise de démolition de la République sociale et laique.

Surfant sur le vide de débat vrai et utile, quelques personnes ont décidé d’organiser à quelques semaines de l’élection présidentielle une soi-disant « primaire populaire ».

En réalité, derrière ces mots alléchants, il s’agit de faire croire à la recherche d’une union de la gauche pour départager des candidats se réclamant tous de tendances de la social-démocratie et du social libéralisme.

Dans lea période, où les périls sont nombreux, cette opération pourrait être pire que le mal en faisant croire à l’émergence par « la base » d’une candidature unique en proposant un choix en celles et ceux qui ont accepté d’y concourir, celles et ceux qui n’ont jamais donné leur consentement, et en excluant d’autres candidatures. Il est d’ailleurs très révélateur que le candidat communiste Fabien Roussel ait été exclu d’emblée par les organisateurs de ce processus.

Il est tout aussi révélateur, et inquiétant, que la première sortie publique de Christiane Taubira, candidate potentielle, ait été organisée à Saint-Denis, où le parti socialiste n’a eu de cesse de faire tomber la municipalité communiste à son profit. [Notez au passage, que] le maire socialiste de cette ville déclare son  soutien à la candidate du parti radical de gauche.

Cette prétendue « primaire » dite « populaire » choisit donc d’emblée d’écarter les projets de transformation sociale, démocratique, écologique porté par le candidat Fabien Roussel.

À l’heure où le monde est confronté à tant de défis, sanitaires, de réduction des inégalités, climatiques, géopolitiques, de paix, cette initiative veut empêcher la discussion autour du choix de société et de la nécessité d’engager le monde vers plus de de partages et de coopérations, pour se limiter aux idées de ceux qui voient dans la société de marché, qui fait tant de mal, un horizon indépassable.

Pourtant une confrontation saine et approfondie sur la nature de la construction européenne, sur les effets néfaste des traités de libre échange contre la justice sociale et la justice climatique, sur l’élaboration de nouveaux traités pour les peuples et non plus pour les puissances d’argent, sur la réorientation des immenses sommes d’argent vers les services publics, le travail, la recherche et la création, la formation de la jeunesse, sur la laïcité, sur une conception de la propriété publique et citoyenne comme levier de réorientation économique et sociale, serait salvatrice.

Ce sont ces débats qui sont aujourd’hui étouffés pour être enfermés dans le « cercle de la raison » capitaliste. Et, la primaire y contribue.

Déporter le débat, vers l’objet de cette primaire, participe de cet effacement voulu des forces de gauche transformatrices et démobilise les potentiels électeurs de chaque candidat, et faire en sorte qu’ils se résignent à l’idée que la gauche n’a plus aucune chance de l’emporter.

Les forces économiques et politiques [des droites] dominantes recherchent l’abstention des catégories populaires car elle sert leur domination. Elles construisent ainsi une hégémonie culturelle d’une droite de plus en plus extrémiste.

Pourquoi tous les commentateurs qui s’inquiètent tant de la santé de la gauche, n’organisent-ils pas de débats publics entre ses candidats qu’ils ne l’ont fait à l’occasion de la primaire de la droite ?

Rappelons que l’un des initiateurs de cette primaire soutenait le président de la République lors de la dernière campagne présidentielle, tout en nouant des relations avec l’organisation des organisations islamistes de France (affilié aux Frères musulmans) ?

Aujourd’hui, il est à la tête d’une opération  […]  cette même personne a appelé à harceler les candidats sur les réseaux sociaux afin de faire « baisser leur côte de popularité » pour les empêcher d’obtenir les prêts auprès des banques permettant de préfinancer leur campagne. Quel grand démocrate !

Depuis la déclaration de candidature de Christiane Taubira, nombreux sont celles et ceux qui ont compris que la « primaire populaire » était utilisée pour l’adouber. Il y a mieux à faire que de faire croire à une femme ou un homme providentiel… […]


Patrick Le Hyaric -Titre original : « Ni primaire ! Ni populaire ! ». Source (Extraits)


2 réflexions sur “Chronique de P. Le Hyaric

  1. jjbadeigtsorangefr 29/01/2022 / 14:03

    L’union, oui mille fois oui mais autour d’un programme, pas d’une trombine fût-elle sympa. Le débat a traversé le PCF qui a pris la décision de faire connaître ses propositions de les soumettre à la discussion populaire de les amender et de créer les conditions pour que ce soit bien le peuple qui décide au plus près du terrain, dans le communes, les entreprises……..

  2. Danielle ROLLAT 29/01/2022 / 19:24

    C’est pourtant simple…

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