Les vieux projets routiers

La banderole accrochée au-dessus de l’autoroute A46, au sud de Lyon…

… flotte au milieu des usines et d’un défilé de camions, dans un brouillard épais et un paysage blanc irréel, témoignage d’un rare épisode de neige industrielle dû à l’agglomération de particules fines dans l’air saturé de vapeur d’eau. « La pollution tue = 48 000 morts par an », peut-on y lire, dans un utile rappel.

Le 15 janvier, des dizaines de manifestants l’ont accro­chée là pour protester contre la décision prise trois semaines plus tôt par le Premier ministre, Jean Castex, de faire passer cette portion d’autoroute de quatre à six voies. Alors que 80 % des riverains se sont prononcés contre lors de la concertation publique organisée pendant l’été. Et que, chose rare, aucun élu lyonnais ou presque n’en veut…

Gilles Gascon, le maire (LR) de Saint-Priest (Rhône), où passe l’A46, ne décolère pas : « On a entre 120 000 et 140 000 véhicules par jour, essentiellement des camions, qui ne font que passer. Cette 2 x 3 voies va servir d’aspirateur au trafic européen ! » Et il ajoute : « On a eu une concertation, et l’Etat s’assoit dessus. A un moment donné, pardonnez-moi, mais c’est se foutre de la gueule du monde !» Joint par l’élu, Jean-Baptiste Djebbari, le sous-ministre aux Transports, n’a pas répondu.

Et pour cause : grâce au plan de relance, le gouvernement fait couler l’asphalte habilement repeint en vert. « Je n’ai pas l’inauguration honteuse », a assumé le Premier ministre lors de l’ouverture du grand contournement ouest de Strasbourg (GCO), le 17 décembre. Et d’insister sur ses bénéfices environnementaux : moins de bouchons, moins de pollution… Pour les bouchons, on repassera, comme l’a raconté « Le Canard » (12/1).

Qu’importe : d’Orléans à Rouen, de Castres à Toulouse, saint Jean Castex multiplie les annonces routières. Partout en France fleurissent des projets d’autoroutes et autres déviations ou contournements, au nom souvent idiot (le LIEN à Montpellier, la LEO à Avignon), qui végétaient dans les cartons depuis des décennies. Ainsi, à Avignon, Castex a dégainé 142,7 millions d’euros de crédits du plan de relance pour financer la LEO (liaison est-ouest), un projet enlisé nécessitant la création de deux ponts sur la Durance et d’un troisième sur le Rhône, la destruction de 155 espèces, dont 80 sont protégées, et d’au moins 20 ha de terres agricoles dans la ceinture verte d’Avignon.

Les travaux devaient com­mencer à l’automne, mais un collectif a attaqué en justice l’absence d’études d’impact. L’Etat a été prié de revoir sa copie. « C’est déjà un an et demi de gagné », dit un membre du collectif anti-LEO, bien décidé à résister, à l’instar de la centaine d’associations qui se battent partout en France contre ces projets routiers.

Frédéric Héran, économiste des transports et urbaniste à l’université de Lille, soupire : « Tous les projets routiers finissent par remonter, avec toujours les mêmes arguments… Pour le commun des mortels, il va de soi que, si ça coince, il faut ajouter des voies. A court terme, c’est vrai. Mais, à long terme, non ! Quand on crée une capacité supplémentaire, les gens sont incités à prendre davantage la voiture et à parcourir des distances plus longues. C’est ce qu’on appelle le trafic induit. L’Autorité environnementale rappelle que les grands projets routiers doivent en tenir compte. » Un consensus scientifique hélas oublié au profit d’un prétendu bienfait économique des routes.

Pur fantasme, selon l’économiste : « Dans les années 2000, une étude fine a été menée pour évaluer les retombées économiques de l’A75 dans le Massif central. Des entreprises se sont bel et bien rapprochées de l’autoroute, mais, d’un point de vue économique, il n’y a pas eu de gain. » Excepté politique : «Promettre de faire disparaître les bouchons est toujours ven­deur électoralement. »

Ça va rouler.


Article signé des initales J. C. – Le Canard Enchainé – 19/01/2022


2 réflexions sur “Les vieux projets routiers

  1. bernarddominik 26/01/2022 / 08:21

    Il y a 5 ans il y a eu le même chose avec l’A52 à l’est de Marseille, malgré l’opposition des habitants et des municipalité Vinci à élargi un autoroute qui n’est jamais saturé, mis de petits panneaux anti-bruit deux fois plus petits que ceux mis sur le A50 et quasi inutiles malgré la demande des riverains d’être traités comme les richards de la côte. Les sociétés d’autoroute font ce qu’elles veulent et les gouvernements disent amen

  2. jjbadeigtsorangefr 26/01/2022 / 23:17

    En investissant moins de pognon on pourrait relancer la trafic ferroviaire et mettre ces camions sur le fer ce qui ferait gagner en pollution et sécurité…………….

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