Mélenchon. Sa «campagne» 2022 vue par «Charlie».

L’odyssée de Mélenchon…

Avant-propos : C’est la vision de Laure Daussy, exprimée dans Charlie hebdo du 19/01/2022, chacune – chacun aura bien évidemment, son appréciation personnelle, du programme de Mélenchon.


Même des étudiants Erasmus sont venus « par curiosité ».

On fait le trajet dans le tram depuis la gare avec deux étudiants espagnols. Le mouvement La France insoumise leur fait penser à Podemos, parti de la gauche radicale espagnole. Mais, arrivés sur place, ils ne pourront pas entrer dans le « cube », l’endroit où se déroule le meeting immersif, car il y a trop de monde. Les places sont réduites : 3 000 personnes, et les retardataires, soit 2 000 personnes, doivent le suivre à l’extérieur devant un écran géant.

C’est un peu un meeting à deux vitesses !

Le dispositif à l’intérieur est impressionnant, avec des images à 360 degrés, au moyen de quatre murs d’écrans. Théoriquement, ce devait aussi être olfactif, mais peu de gens ont senti quoi que ce soit. Le tout a coûté au candidat 300 000 euros, soit 100 000 euros de plus qu’un meeting classique. Autour de plusieurs axes symboliques (« le vertical » (avec une vue époustouflante de la Terre, comme si nous étions dans l’espace); « l’horizontal », avec le numérique (nous sommes dans Matrix); et « la profondeur» (des images de la mer nous entourent) ), Mélenchon égrène son programme, toujours sans notes, en alliant le social à l’écologie.

  • Retraite à 60 ans,
  • confiscation de tout héritage au-delà de 12 millions d’euros,
  • smic à 1400 euros net,
  • interdiction du glyphosate,
  • développement de l’éolien offshore pour sortir du nucléaire…

Après un développement sur le lien entre pollution et maladies des animaux sauvages, il se lance dans une diatribe contre le pass sanitaire, avec des propos très sibyllins sur le vaccin : « Et alors ils inventent des pass sanitaires et des vaccins, 1, 2, 3, 4, 5 doses ! », sous les huées de la foule (on ne sait pas si elle s’en prend au pass, aux vaccins ou aux deux).

À noter, d’ailleurs, la présence de Bruno Gaccio, qui lit sur scène un texte sur l’écologie d’André Gorz. L’ancien auteur des Guignols de l’info ferraille maintenant sur les réseaux sociaux contre le pass sanitaire.

À la sortie, les militants sont galvanisés pour affronter la campagne.

  • « C’est une mise en scène extraordinaire », nous dit Sylvie, retraitée impressionnée.
  • Pour Bastien, qui travaille dans le numérique, « un patron de la Silicon Valley n’aurait pas fait mieux », dit-il en rigolant.

Malgré les sondages qui ne sont pas au beau fixe, les militants restent pleinement confiants. Une chose est sûre, ils sont d’accord avec le fait de ne pas se soucier de la Primaire populaire, et tant pis si la gauche est dispersée.

  • « Il ne va pas se mélanger à ce cafouillage, ce grand flou », nous dit Marcelin, militant de 24 ans. En formation d’électro-technicien, arrivé en France du Cameroun à 16 ans, c’est son premier meeting, il porte un badge « volontaire », il a participé à l’organisation, après s’être inscrit il y a deux semaines sur l’application Action populaire, sorte de réseau social des mélenchonistes. « Je suis sûr qu’il va gagner, je pourrai dire « j’y ai participé », je serai fier ».
  • Pour beaucoup, Mélenchon serait le seul à proposer une véritable rupture par rapport aux autres candidats. « Une VIe République, une rupture avec le capitalisme, sortir des traités de libre-échange », poursuit un militant.
  • Trois trentenaires, un informaticien, une ingénieure agricole et une rédactrice chez un notaire détaillent pourquoi les autres ne font pas le poids : « Jadot ne fait rien, il est inaudible, le PS, on ne veut plus en entendre parler, ce sont dés traîtres qui ont préparé l’arrivée de Macron. »
  • On rencontre aussi Thomas et Nathalie, « gilets jaunes » engagés dans l’écologie, à Niort, qui continuent de se réunir, notamment contre les bassines dans les Deux-Sèvres (on en avait parlé dans le hors-série Charlie Hebdo. Aux armes paysans !). Eux-mêmes ont dû faire face à des antivax. « On a dû changer de rond-point, devant leur attitude agressive. On est contre le pass, mais pas contre le vaccin!))
  • Thomas s’oppose à la Primaire populaire, mais il espère qu’il y aura une sorte de primaire avant le premier tour : « Si un candidat de gauche se dégage, les autres le rejoindront, et ça sera forcément Mélenchon… et si c’est Jadot qui s’impose, tant pis!))
  • À l’extérieur, un petit groupe repart avec tout un paquet d’affiches sous le bras. Parmi eux, des cheminots, Didier et Pierre-Henri, un employé de Pôle emploi, Nicolas, un étudiant de 18 ans, Elouanne, tous se sont rencontrés aussi via l’appli. Plusieurs d’entre eux sont syndicalistes et se sont battus contre la loi El Khomri, qui leur reste en travers de la gorge.
  • Leur challenge, comme l’a dit Mélenchon dans son discours, c’est de convaincre les classes populaires de voter, seule possibilité de faire la différence maintenant. « La droite est haute car il y a 50 % d’abstention, estime Nicolas, à charge pour nous de convaincre. »
  •  Simon, chercheur en agronomie, est moins optimiste : « Comment autant de gens peuvent-ils être de droite maintenant ? On sait que ce ne sera pas le Grand Soir cette fois-ci. »

Certains sont enfin redescendus sur terre après l’immersion spatiale.

2 réflexions sur “Mélenchon. Sa «campagne» 2022 vue par «Charlie».

  1. Pat 20/01/2022 / 19:48

    Accepter la dispersion n’est pas raisonnable. Le culte de la personnalité a vécu…et l’intérêt des Français devrait primé avec un programme un peu plus détaillé, plus lourd pour redescendre sur Terre. Dire ce que les gens veulent entendre est facile quand on est sûr d’être battu.

  2. jjbadeigtsorangefr 21/01/2022 / 10:55

    On n’est jamais battu d’avance, les seuls combats que l’on a perdus sont ceux que l’on n’a pas menés.
    Se battre autour d’un programme signifie que l’on compte sur les électeurs pour le mener à bien et l’applique.
    C’est quand même autre chose que de dire on se bat pour untel ou unetelle sans connaître ce qu’il ou elle va faire du genre « faites moi confiance, je m’occupe de tout ».
    C’est sur le terrain qu’un programme s’applique, c’est là, avec les citoyens, que nous le mettrons en application comme le firent les communistes au lendemain de la guerre.

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