Éducation: Un outil de gestion aussi indispensable qu’envahissant.

La vie scolaire sous Pronote

Utilisé dans plus de deux établissements du second degré sur trois, le logiciel de gestion de la vie scolaire Pronote rend bien des services aux familles et aux communautés éducatives, notamment pour affronter les dernières réformes du lycée.

Mais, en faisant de l’immédiateté la norme, il change aussi les métiers en profondeur, ainsi que les relations entre parents, élèves et enseignants.

  • Un lycéen manque à l’appel en début de cours de mathématiques ?

Son professeur coche la case « absence » avec le logiciel Pronote. Au bureau de la vie scolaire, un assistant d’éducation en prend connaissance instantanément et envoie un message aux parents de l’élève.

  • Le professeur d’histoire vient de saisir les notes du dernier contrôle dans Pronote ?

Une notification avertit les lycéens et leur famille.

  • Dans quelle salle a lieu le prochain cours ?

Vite, un coup d’œil à l’emploi du temps dans Pronote.

  • Quels sont les devoirs à faire pour demain ?

Réponse dans le cahier de textes Pronote.

Bref : « Pronote ? On l’utilise tous les jours ! », s’exclament en chœur collégiens et lycéens, enseignants, chefs d’établissement, conseillers principaux d’éducation (CPE), assistants d’éducation.

Même les élèves qui se servaient peu du logiciel ont dû s’y mettre depuis le début de la pandémie de Covid-19. Pendant les périodes de cours à distance, c’est là qu’ils trouvaient toutes les informations, les devoirs à faire, le lien vers la plate-forme choisie par chaque professeur pour donner ses cours en visioconférence.

« Les outils numériques ont pris une place complètement démesurée, commente M. Olivier Cuzon, enseignant de physique-chimie à Brest. Les élèves ont été contraints de s’en servir. Ceux qui n’y avaient pas accès se sont retrouvés exclus d’une partie de l’enseignement et de la communication. »

Développé en 1999 par la société privée Index Éducation, rachetée en 2020 par le groupe La Poste, Pronote n’est pas le seul logiciel de gestion de la vie scolaire existant, mais il écrase la concurrence. Il est utilisé aujourd’hui dans 68 % des collèges et lycées français, soit plus de 10 000 établissements. Il avait enregistré en 2019 1,2 milliard de connexions ; lors de l’année scolaire 2020-2021, marquée par les cours à distance, il en a compté près de trois fois plus (3,4 milliards). Pendant les périodes de confinement, l’application a atteint 22 millions de connexions quotidiennes ; elles se situent aujourd’hui entre 16 et 18 millions par jour.

Sur son site Internet, Index Éducation se présente comme le « premier partenaire numérique de l’éducation nationale ». Son chiffre d’affaires s’élevait, en 2020, à 21,5 millions d’euros, auquel Pronote contribue à près de 30 %.

Un rapport de la Cour des comptes épinglait ainsi, en 2019, la « quasi-dépendance du ministère de l’éducation nationale s’agissant des logiciels de gestion de la vie scolaire » et recommandait à la puissance publique d’en « reprendre [la] maîtrise » (1). Les syndicats demandent une véritable nationalisation et la gratuité du logiciel.

La décision de renouveler l’abonnement annuel à Pronote revient au chef d’établissement et fait rarement débat au sein des équipes éducatives. Les tarifs sont proportionnels à la taille de l’établissement : ils vont, en 2021, de 647,94 euros toutes taxes comprises (TTC) pour la « Formule 30 profs » à 1 186,74 euros pour la « Formule profs illimités ».

[…]

Pronote a souvent pour effet de tendre la relation entre les enseignants, les élèves et leurs parents, en contribuant à faire de l’immédiateté la norme. C’est cette élève à peine sortie de sa classe qui s’étonne de ne pas encore trouver sur la plate-forme le document promis en cours. Ce sont ces parents qui demandent une explication pour une mauvaise note, le vendredi à 21 heures. Là aussi, il y a un risque de déresponsabilisation de l’élève. « Nous avons une relation beaucoup plus directe avec les parents », souligne encore la professeure de français, qui tire ce constat de son expérience : « Avant, l’élève était au centre de la relation parents-professeur. Les élèves voyaient les mots dans le carnet de correspondance. Aujourd’hui, ils sont court-circuités. » Infantilisés et mis sous pression à l’âge où leur autonomie devrait aller en grandissant, quels adultes deviendront les enfants Pronote ?


Lucie Tourette. « Le Monde Diplomatique ». Titre original : « Dans les lycées et les collèges, la vie scolaire sous Pronote ». Source (Extraits)


  1. « Le service public numérique pour l’éducation. Un concept sans stratégie, un déploiement inachevé » (PDF), Cour des comptes, Paris, juillet 2019.

3 réflexions sur “Éducation: Un outil de gestion aussi indispensable qu’envahissant.

  1. barbarasoleil 20/01/2022 / 08:08

    Je confirme tout cela et la dangereuse dérive de l’immédiateté!
    Le droit à la déconnexion sera désormais notre première bataille!
    Merci
    Michel

  2. Danielle ROLLAT 21/01/2022 / 13:46

    Pas certaine que cela fasse avancer le schmilblick.
    Tous les établissements seront-ils équipés ?
    Qui paie? le Ministère ? la collectivité territoriale gestionnaire (région, département ou commune)

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