Election présidentielle…

pour le programme, vous repasserez !

La plupart des candidats – notamment tous les droitiers – vont s’ingénier dans les mois qui restent avant le vote pour le premier tour de la présidentielle 2022, à ne pas parler de programme – si toutefois ils en avaient un qui tienne la route – mais à monter la classe salariale contre la classe dominante.

C’était la première semaine de l’année, celle qui donnerait le « la » de la campagne, à un peu plus de trois mois de l’élection présidentielle. Forcément, on tendait l’oreille, soucieux de connaître le ton qu’allaient prendre les débats. On a eu droit à un Larsen.

En quelques phrases (« les non-vaccinés j’ai très envie de les emmerder», d’Emmanuel Macron, et « Je vais ressortir le Kârcher de la cave » d’une Valérie Pécresse soudain pressée de « nettoyer les quartiers»), on a découvert que la tonalité de cette campagne avait brusquement changé.

Ce qui choque dans ces deux interventions fort maîtrisées, ce n’est pas leur agressivité : que serait une élection présidentielle sans affrontements pimentés ? Ce sont leurs cibles.

Dans les deux exemples cités, la violence verbale n’est pas dirigée contre un adversaire direct dans la course à l’Élysée, mais contre des citoyens français, commodément rassemblés dans une généralisation absurde et insultante.

  • Tous pareils, les antivax ?
  • Une seule tête, les habitants des quartiers ?

Il y a quelque chose de vertigineux, pour ne pas dire de révoltant, dans la découverte que deux sérieux prétendants à la fonction suprême choisissent d’isoler une partie de la population, décident de la mettre symboliquement au ban de la nation (« Un irresponsable n’est plus un citoyen», dixit Emmanuel Macron) et la livrent à l’opprobre.

Quand la joute verbale entre candidats se transforme en petite fabrique d’« ennemis de l’intérieur », coupables, forcément coupables, de pourrir l’atmosphère du pays, ce n’est pas la campagne présidentielle qui prend un mauvais chemin, c’est le train de la démocratie qui sort des rails


Olivier Pascal Moussellard. Télérama n° 3757 – 12/01/2022


4 réflexions sur “Election présidentielle…

  1. bernarddominik 18/01/2022 / 09:06

    Oui, tout à fait. L’État de violence se substitue à L’État de droit.

  2. juliese8 18/01/2022 / 13:18

    Ça fait du bien d’entendre ces mots justes ! Merci à toi !

  3. jjbadeigtsorangefr 19/01/2022 / 17:30

    L’invective permet de faire oublier l’absence de programme voire le contenu contraire aux intérêts du peuple…….

  4. Pat 19/01/2022 / 22:45

    Sans doute aussi ont-ils peur des promesses qu’ils ne pourront tenir pas plus que les précédents présidents dans un monde cadenassé par des élites; et puis…cinq ans c’est déjà l’éternité surtout pour eux…pour nous un abysse insondable qui explique sûrement le désintérêt d’une partie des gens…

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