Une sélection officialisée

Ce qui, depuis deux ans n’étaient que « bruits de couloir », « pures inventions », relayées via les réseaux sociaux par des personnes vite qualifiées de malintentionnés envers l’action-réaction rétroactive lente du gouvernement, est aujourd’hui confirmée.

« Faute de places en réanimation, il y a bien eu du tri parmi les malades au plus fort de la première vague de Covid… »

Deux ans après le début de la pandémie, un ponte du ministère de la Santé reconnaît, devant des journalistes du « Canard », ce que le gouvernement avait à l’époque démenti à grands cris.

Il était, bien entendu, impensable d’admettre en réa des patients trop fragiles ou trop âgés pour supporter l’intubation et la mise sous respiration artificielle. Mais le haut fonctionnaire le reconnaît : « Entre la fin de mars et le début d’avril 2020, les critères de sélection pour les soins intensifs se sont resserrés. En quelques jours, la moyenne d’âge des réa s’est affaissée de plusieurs années. »

Pile-poil ce qu’avait raconté le Palmipède à l’époque, en pointant cet « affaissement » : le 21 mars 2020, 19 % des patients placés en réa à l’Assitance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) étaient âgés de plus de 75 ans ; quinze jours plus tard, au plus fort de l’épidémie, ils n’étaient plus que 7 %. Pour les plus de 80 ans, le taux était même passé de 9 à 2 % !

Dans de nombreux Ehpad, le personnel soignant a dû gérer seul la violence et la sécheresse des refus infligés par des Samu débordés. « C’était « on prend ! » ou « on prend pas ! », point barre », se remémore un responsable. « Du tri dans les Ehpad, il y en a toujours eu, souligne un autre acteur de la crise. « Sauf qu’en temps normal cela arrive une fois par semaine ; là, c’était dix fois dans la même journée ».

Après avoir édicté, le 19 mars 2020, une série de « recommandations » invitant les soignants à « prendre particulièrement en compte, pour les patients Covid, [le critère de] l’âge », l’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France avait planché sur un document visant à renforcer le tri si l’épidémie continuait de s’emballer.

Une équipe dirigée par Catherine Paugam-Burtz, directrice générale adjointe de l’AP-HP, et par le professeur AntoineVieillard-Baron, patron de la réanimation à l’hôpital Ambroise-Paré, avait bossé sur ce texte. « Heureusement, nous n’avons jamais eu à l’utiliser », souffle le confident du « Canard ». Il s’en est pourtant fallu de peu : « Dans la nuit du 30 au 31 mars, l’Ile-de-France en était à un lit près. Il a fallu envoyer le Falcon du Premier ministre en province pour aller chercher du personnel soignant… »

Le tamis marseillais

Le même casse-tête se présente aujourd’hui. En région Paca, l’ARS a déjà imaginé des « propositions de règles de priorisation » en cas de « pénurie exceptionnelle de places en réanimation » (Mediapart, 24/12/21). Parmi les critères de tri : l’âge des patients, avec un couperet qui pourrait tomber à… 65 ans !

On n’en est certes pas là, mais le tamis est déjà de mise, alerte, dans « Le Monde » (4/1), le docteur Jean-Marie Forel, chef de la réanimation de l’hôpital Nord de Marseille : « La sélection, on l’opère depuis plusieurs jours en fonction du nombre de places. Les plus âgés, les plus comorbides ne rentrent pas. On leur donne des chances avec de l’oxygène haut débit, mais on préfère garder les lits pour des personnes à meilleur pronostic. »

Il faut dire que la vague actuelle déferle sur un hôpital moins fringant encore qu’en 2020, des soignants s’étant fait la malle depuis la première vague. A l’hôpital Nord de Marseille, par exemple, 10 lits de réa sur 58 sont fermés, faute d’infirmiers pour les faire tourner…

Dans les prochains jours, Omicron oblige, la tornade pourrait se déporter sur le terrain des lits d’hôpitaux classiques. Pour limiter la casse, le gou­vernement entend désormais multiplier les hospitalisations à domicile et ouvrir des hostos provisoires, comme d’autres pays l’ont déjà fait.

Une autre idée : brûler un cierge à sainte Rita, la patronne des causes désespérées…


Isabelle Barré et Hervé Liffran. Le Canard enchaîné. 12/01/2022


Dessin de Diego Aranega – Le Canard Enchainé – 12/01/2022

Note : Nous saurons… un jour peut être… le nombre réel de personnes décédés de la COVID dans les EHPAD, depuis le début « officiel » de la pandémie ?

Rappelons surtout à la veille des élections présidentielles et législatives qui suivront, que la volonté de la plus grande majorité des candidates et candidats est de réduire le nombre d’agents de l’État (dont fait partie le personnel hospitalier publique) et de privatiser les services publics (dont les hôpitaux)… sous prétexte de faire des économies budgétaire. Au regard du fonctionnement des services de santé privatisés aux USA ou en Grande-Bretagne, ça fait vraiment peur…

MC


4 réflexions sur “Une sélection officialisée

  1. Matatoune 15/01/2022 / 07:31

    Par manque d’expérience politique, par dédain, et/ou par volonté réelle, nos gouvernants ont pratiqué le mensonge (masques, et ici tri) et sont incapables de le reconnaître.
    Cette génération politique fait penser à des enfants habitués à ce qu’on leur cède tout et qui disent qu’ils ont tout le temps raison !
    Quand est-ce qu’ils vivront le principe de réalité 😉

  2. bernarddominik 15/01/2022 / 08:31

    Oui, c’est vraiment inquiétant.
    En ayant supprimé plus de 25 000 lits d’hôpital en 5 ans, c’est sûr que ça pose un gros problème.
    En plus entre 25 000 et 50 000 soignants ont été exclus suites à l’obligation vaccinale.
    L’argent risque fort de devenir le premier critère de sélection.
    Il faut sauver notre système de santé.

  3. jjbadeigtsorangefr 15/01/2022 / 11:55

    Une Villeneuvoise, atteinte du Covid, pas de place à Aubenas, pas à Montélimar, pas à…..hospitalisée à Annonay.
    28 lits fermés à Aubenas faute de personnel……

  4. Danielle ROLLAT 15/01/2022 / 21:03

    Chiffres du Parisien (ex-Libéré…) de ce jour : et pointés depuis le 2 mars 2020, sources SANTÉ PUBLIQUE FRANCE. GEODES

    – 126 721 DÉCÈS,
    – 27. 212 EN EHPAD et Établissements médico-sociaux,
    – 99 509 A L HÔPITAL.
    – HORS DÉCÈS À DOMICILE NON RECENSES…

    – 24 511 PERSONNES HOSPITALISÉES dont 3 895 en soins critiques
    (on dispose de 5 000 lits)…

    – 329 371 cas relevés du 01.01.2021 au 14.01.2022

    – 30 575 993 Personnes complétement vaccinées.