Ras le bol des « pop-corn » !

On a beau dire, la Covid a quand même des bons côtés !!!!

Il y a eu le silence des villes pendant le confinement. Et le télétravail, bien pratique pour ceux qui se tapent trois heures de transport par jour. Depuis le 3 janvier 2022, une autre bonne nouvelle est arrivée : l’interdiction du pop-corn dans les salles de cinéma. Ceci, pour éviter d’éventuelles contaminations covidiennes.

Dommage que cette interdiction soit limitée à une durée de trois semaines. Ce qu’il faudrait, c’est l’interdiction définitive du pop-corn !

C’est d’abord une affaire personnelle. Les cinémas sont les seuls lieux où je pourrais devenir vraiment violent. Il m’est arrivé de changer trois fois de place pour éviter de me retrouver à proximité d’un de ces malotrus qui entrent dans la salle avec des boîtes deux fois plus grandes que leur tronche de con et qu’ils mettent un temps infini à bouffer. Mais au-delà de mon drame personnel, la question du pop-corn n’a rien d’anecdotique : c’est une véritable insulte au cinéma.

Rappelons que cet art n’est pas que visuel, il est aussi auditif. La bande sonore contribue à la qualité de l’œuvre, au même titre que la mise en scène ou le jeu des acteurs. Elle est le fruit d’un minutieux travail, de l’ingénieur du son, du bruiteur, du monteur son et du mixeur. Alors imaginez la scène suivante : après s’être fait laborieusement prier pendant la moitié du film, l’héroïne s’apprête enfin à vaciller devant son prétendant au clair de lune. On entend le doux murmure du lointain chant des grillons, la brise dans les mimosas, et la respiration qui s’accélère…

Et là, soudain un gros schtroumpf bien gras ! Tu tournes la tête, et tu vois un connard qui plonge la main dans son pot de merde sucrée. C’est comme si tu étais un train de lire un bon bouquin, et qu’on t’arrachait la page des mains…

Ou comme si, en plein acte amoureux, un gros blaireau te tapait sur l’épaule pour te montrer les lézardes de peinture au plafond.

Si j’agitais un cerf-volant devant l’écran, tout le monde râlerait et ce serait normal, car j’occupe l’espace visuel. Or, le pop-corn occupe l’espace auditif, mais bizarrement c’est toléré, et même encouragé par les gérants.

En fait, derrière le pop-corn, il y a toute une philosophie individualiste. Le bouffeur de pop-corn dit en gros : j’emmerde l’ingénieur du son, j’emmerde le réalisateur et j’emmerde mon voisin au cinoche. Pour lui, le film n’est qu’un produit de consommation destiné à améliorer sa bouffe, tout comme le ketchup qu’il étale sur ses frites.

[…]


Antonio Fischetti – Charlie Hebdo Web – Source (Extraits)


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