Faut-il boycotter les compétitions sportives internationales ?

Une réponse plus cosmétique que probante.

Une pratique que l’on pensait réservée à la guerre froide, le boycott d’une compétition sportive semble redevenu une hypothèse crédible au cours des derniers mois. En effet, à l’approche des jeux Olympiques et Paralympiques de Pékin en février 2022 et de la Coupe du monde masculine de football au Qatar en décembre, la publication de différents rapports et articles sur la situation des droits humains au sein de ces pays a poussé l’opinion publique, les politiques et, de manière inédite, certains acteurs sportifs eux-mêmes (fédérations nationales, clubs, athlètes) à se saisir du sujet.

Face à la multiplication des enquêtes, difficile en effet de les balayer d’un revers de main et d’assister à des compétitions qui se termineront immanquablement par des organisateurs ne tarissant pas d’éloges sur les pays hôtes, ne prêtant que trop peu attention aux conditions d’organisation.

Pour certains, participer ou même regarder ces compétitions reviendrait à cautionner les régimes des pays hôtes et leurs politiques. Si cette approche peut s’entendre et se comprendre, notamment eu égard à son aura symbolique, force est pourtant de constater que la logique du boycott, qu’il soit diplomatique (c’est-à-dire que les représentants officiels ne se déplacent pas lors des cérémonies d’ouverture et de clôture) ou sportif (le Comité national olympique n’envoie pas les athlètes concourir), apparaît surtout comme une solution qui semble plus cosmétique que réellement probante pour au moins trois raisons.

Premièrement, aborder la question des sanctions revient inévitablement à soulever l’enjeu de leur efficacité. Or, le boycott sportif n’a que trop rarement prouvé son efficacité. Ne prenons que deux exemples : les boycotts de 1976 et de 1980. Le retrait des Jeux de Montréal de 1976 de 29 Comités nationaux olympiques pour dénoncer la présence de la Nouvelle-Zélande, qui continuait à entretenir des liens avec l’Afrique du Sud ségrégationniste, n’a pas eu l’effet escompté. Le régime raciste sud-africain ne s’effondrera que quinze années plus tard.

Quatre ans après, à Moscou, le boycott massif (66 Comités nationaux olympiques tout de même) du bloc occidental aux Jeux, dénonçant l’invasion par l’URSS de l’Afghanistan, n’en traîna aucun retrait des troupes soviétiques. II fallut même attendre 1989 pour voir l’Armée rouge se retirer.

Deuxièmement, si le boycott, sportif ou diplomatique, a certes pour objectif d’attirer l’attention sur une problématique, il entend surtout provoquer un rapport de force avec l’entité visée. Aussi, s’il n’est que peu suivi,  il ne peut réellement peser et pourrait même s’avérer contre-productif. Utilisé lors de la guerre froide, car pensé dans une logique de blocs, le boycott aujourd’hui apparaît donc comme une arme surannée, incapable de fédérer au-delà des divergences politiques.

Troisièmement, au regard des faits reprochés – rappelons que concernant la situation en Chine, la Maison-Blanche dénonce tout de même un «génocide en cours au Xinjiang» -, si l’on peut admettre qu’acter un boycott diplomatique entend être un acte fort symboliquement, il n’en demeure pas moins très léger politiquement et ne doit pas être un pis-aller, certes peu coûteux mais inutile. Afin d’être en cohérence avec ces accusations graves, il s’agirait de déployer toute une série de sanctions politiques, économiques, diplomatiques à la hauteur des problématiques soulevées.

De même, quelle place et quelle responsabilité pour les sponsors et diffuseurs, qui, eux aussi, ont un réel poids sur ces événements ? En revanche, il convient de concéder que si l’objectif d’empêcher le bon déroulé de ces compétitions semble complexe à atteindre, celui visant à attirer l’attention politique, médiatique et citoyenne sur ce sujet est en passe d’être atteint. Mais peut-on se contenter uniquement et seulement d’attirer l’attention ? 


Carole Gomez – Publié dans l’Humanité. Lu dans la lettre IRIS N°823 – Source (Lecture libre)


Une réflexion sur “Faut-il boycotter les compétitions sportives internationales ?

  1. Danielle ROLLAT 12/01/2022 / 14:21

    Sujet très sensible depuis les Jeux d’été de Moscou et les Jeux d’hiver qui ont suivi… je croyais en un idéal olympique, une fraternité de la jeunesse du monde, la beauté des gestes, les sacrifices consentis, le fric roi n’y régnait pas comme aujourd’hui, du moins en apparence…
    En 1980, mon regretté conjoint, sportif lui-même, foot et athlé, élu municipal, avait été chargé de collecter et de centraliser les soutiens aux Sportifs Français organisés dans le Comité des Athlètes de Haut Niveau qui voulaient participer aux Jeux. Il avait notamment pour contact, Patrick ABADA et l’entraineur national des perchistes, dont le nom m’échappe momentanément… une très forte personnalité bien connu, et avec un joli palmarès de coach.
    Plusieurs médailles pour notre Pays, mais d’abord pour les Sportifs eux-mêmes, dont Jean-François LAMOUR, devenu Ministre de la Jeunesse et des Sports de Jacques CHIRAC.
    Ces médailles sont-elles dévalorisées en l’absence des athlètes des états boycotteurs ? N’en a-t-il pas été de même à Sarajevo ?
    Je ne peux m’empêcher aux JO de Berlin en 1936… et à la claque infligée par Jess OWENS, ni aux poings brandis des sprinters américains ultérieurement, ni hélas aux massacres de MUNICH en 1972.

    Qui pense aux athlètes ? Aux efforts consentis ? Que font certains dirigeants de la trêve olympique ? pour ma part, il me semble qui la France qui préside l’Europe pour 6 mois a un rôle imminent à jouer auprès des États membres, si elle veut organiser de super jeux à Paris en 2024 et recevoir toute la jeunesse du monde.

    Les Jeux Olympiques et la coupe du Monde de foot n’ont pas beaucoup de convergence… ceux qui en ont confié l’organisation au Qatar ont sans doute prioritairement pensé à la manne financière du pétrole, qui arrose déjà plusieurs championnats nationaux. !!

    Les boycotteurs qui refusent de lever les brevets sur les vaccins anti COVID, sont-ils vierges et solidaires des États démunis ?

    Pas de leçons à donner !
    Il appartient aussi aux Fédérations et aux athlètes de réagir…

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