Le loup-voyeur

Geoffroy Didier, telles les mouches changent d’âne, aujourd’hui porte-parole de l’aventurière Pécresse (LR)

Longtemps, Geoffroy Didier s’est imaginé un destin présidentiel – Rien que ça avec sa tronche de premier de la classe !

Cela l’a pris tout jeune, à l’âge de 10 ans. Dans sa chambre, il imitait Chirac et tenait meeting devant ses parents et ses frères. On ignore s’ils riaient sous cape, étouffaient quelques bâillements, masquaient tant bien que mal une vague gêne — allez, mon Geoffroy, c’est bon, on va dîner, maintenant — ou sautaient sur les fauteuils.

Toujours est-il que le minot, qui accumulera par la suite les diplômes, Sciences-Po, l’Essec, Columbia, Harvard, avant de devenir membre du barreau de New York et de celui de Paris, ne s’est jamais débarrassé d’un impérieux besoin de faire des phrases.

Devenu directeur de la communication de Pécresse il y a deux semaines, il va pouvoir s’exprimer. Il apparaît sur le terrain électoral en 2011, où il se présente aux cantonales dans le Val-d’Oise.

Le grand public ne le connaît pas, ce jeune homme bien mis à la mâchoire carrée qui a commencé comme avocat chez Jean Veil, avant de faire ses classes plusieurs années dans l’ombre de Brice Hortefeux, qu’il suit de ministère en ministère. Son calcul était simple, il s’en était ouvert à quelques proches : « Si j’envoie une lettre à Sarko, il va me répondre avec une photo dédicacée. Mais, avec Hortefeux, j’ai plus de chances. » Bingo, on ne se bouscule pas au portillon pour bosser avec le très droitier « Brice ».

Le carton de la « gauche Carlton »

Aux cantonales, à Gonesse, Didier attire l’attention par un tract « Non aux minarets dans le Val-d’Oise » qui fait d’autant plus de bruit qu’il n’est pas question localement du moindre minaret. Qu’importe, on parle de lui, ça le ravit, car il se voit déjà faire la une de « Match ». Mais il prévient les journalistes : « Rien sur ma vie privée, hein ! »

Piteusement battu à Gonesse, il intègre la « cellule riposte » de Sarkozy pour la campagne de 2012, où il brille par ses trouvailles sémantiques. C’est lui, l’immortel auteur de la « gauche Carlton », dont il abuse un peu sur les plateaux de télé.

Dès cette époque, il ne rechigne pas à parler de lui. Il aime, glisse-t-il, faire régulièrement un petit pèlerinage à l’hôtel du Vieux Morvan, chambre 15, là où Mitterrand avait pris ses quartiers. « Le matin, quand j’ouvre mes volets; je vois la France. » C’est beau, c’est du Geoffroy Didier.

Mitterrand l’inspire, car il est « fasciné par ceux qui transforment leur parcours en destin ». Allez, un petit dernier pour la route : « Je n’ai qu’une seule boussole, le peuple, et qu’un seul curseur, la République ». On a les poils des avant-bras qui se dressent, là.

La défaite de Sarko ne le douche pas. Il dépose à l’Inpi la marque « Génération Sarkozy » avec son grand pote Guillaume Peltier, venu de chez Mégret.

Soucieux de montrer ses muscles, il crée un courant, La Droite forte, qui plaide pour l’interdiction du droit de grève pour les enseignants, un quota de journalistes de droite dans le service public, la fin de l’aide médicale d’Etat, même pour les cas d’urgence.

Didier et ses copains préparent alors le retour de leur héros sur une ligne Buisson, celle de la campagne de 2012.

Hollande est sa cible : il demande que le nouveau président « paie ses vacances privées » au fort de Brégançon. Il trouve néanmoins normal d’être rémunéré 8 500 euros en tant que secrétaire national de ce qui est alors l’UMP.

Quand la somme est rendue publique, en 2014, c’est un véritable tollé, et le beau parleur, contraint de renoncer à ce joli cadeau, prend son air le plus sérieux pour lancer : « J’ai une conviction : je ferai d’autant mieux de la politique que je n’en dépendrai pas financièrement. Je veux vivre dans la vraie vie. »

Son manège en chantier

En 2015, Geoffroy Didier commence à comprendre que le retour de Sarkozy ne sera pas une formalité. Le voilà qui soudain « ressen[t] dans le pays une soif de relève ». Question à cent balles : mais qui pourrait l’assurer ? Il est donc candidat à la primaire de la droite en 2016. Il n’a pas les signatures requises, mais il ne s’est pas laissé distancer par Guillaume Larrivé, l’autre jeune homme bien peigné du parti, nommé porte-parole. Il se rallie à Juppé, ce que Sarkozy n’oublie pas.

En 2019, Geoffroy Didier se rebelle : « Ça y est, c’est fini, je n’ai plus de patron. »

Député européen et conseiller régional, il n’a jamais réussi à se faire élire que grâce au scrutin de liste, jamais sur son nom.

Dix ans après ses débuts, il n’a pas de troupes, et si peu de soutiens.

Sa ligne politique est floue : tantôt droite dure, tantôt centriste ; soutien à Sens commun (émanation politique de la Manif pour tous), puis soutien à la PMA pour toutes. Il a confié un jour aux « Inrocks » : « Je suis en construction. »

Faudra voir à finir le chantier.


Anne-Sophie Mercier – Le canard Enchainé – 05/01/2022


Une réflexion sur “Le loup-voyeur

  1. jjbadeigtsorangefr 11/01/2022 / 10:10

    Encore un « tout dévoué » qui est prêt à faire don de lui-même et de ses nombreux talents au peuple de l’aristocratie payante et trébuchante…

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