Dans les pas du réac Blanquer

Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation national… n’a pas dans son esprit, que les conséquences de la Covid à combattre.

Les établissements scolaires subissent de plein fouet la crise sanitaire ? Ils ne sont toujours pas équipés en masques FFP2 et en purificateurs d’air ? Qu’importe.

Le ministre de l’Éducation nationale a un autre ennemi à pourfendre, semble-t-il, tout aussi invisible et omniprésent que le coronavirus, comme flottant dans l’air : le wokisme. Le ministre de l’Éducation a inauguré et financé vendredi 07 et samedi 08 janv 2022 à la Sorbonne (Paris), un colloque obsessionnel et réactionnaire ciblant les féministes, les antiracistes et les anticapitalistes.

Le ton grave, J.M. Blanquer s’alarme :

  • « Il y a des personnes à qui les idées des Lumières font peur. »
  • Qui sont ces personnes ?
  • – Celles qui nourrissent « la pensée décoloniale, aussi nommée woke ou cancel culture », affirment les organisateurs.

Il s’agit pourtant de trois choses différentes.

  • Les études décoloniales visent à critiquer le système économique néolibéral et à décoloniser les rapports humains.
  • Le terme «  woke  », venu des États-Unis, désigne ceux qui «  s’éveillent  » devant les inégalités sociales et les discriminations sexistes et racistes.
  • La «  cancel culture  », ou «  culture de l’effacement  », vise à mettre au ban un personnage historique en fonction de ses actions ou une œuvre, suivant son contenu.

Un exutoire réac

Trois choses très différentes, donc. Lier les trois termes comme s’ils ne faisaient qu’un est loin d’être anodin et montre le véritable projet de ce colloque : faire croire que tous les universitaires, intellectuels, militants et citoyens qui réfléchissent aux dominations économiques, sociales, racistes et patriarcales ne sont en réalité que de dangereux « wokistes » ou « islamo-gauchistes ».

À les entendre, la gauche serait carrément sous le contrôle de quelques extrémistes essentialistes. Nombre des intervenants et participants à ces deux journées, qui ont rassemblé 600 personnes (dont les deux tiers en ligne), sont allés dans ce sens, notamment sur la messagerie du débat, qui a souvent servi d’exutoire réactionnaire.

En introduction, Jean-Michel Blanquer appelle d’emblée à «  déconstruire la déconstruction  », d’autant plus si elle est intersectionnelle, c’est-à-dire qu’elle croise les dominations Nord-Sud, hommes-femmes, blancs-racisés, riches-pauvres.

«  Je suis né blanc, donc je suis raciste et je dois me rééduquer, mais voudrais-je rompre avec le racisme que je n’y arriverais pas  », s’émeut le polémiste Mathieu Bock-Côté, qui a remplacé Éric Zemmour sur CNews, et place sans cesse le «  Blanc  » comme étant au centre des discriminations, sans doute pour mieux nier les autres.

La sociologue Nathalie Heinich prend d’ailleurs la parole pour réclamer «  un meilleur contrôle scientifique  » afin «  qu’un enseignant ne puisse proférer que la Terre est plate ou qu’il existe un racisme d’État  ».

Dire qu’il existe une forme de racisme institutionnel, étatisé, notamment à travers les contrôles au faciès, serait donc aussi ridicule et scientifiquement faux que d’affirmer que la Terre est plate ? La même sociologue se plaint ensuite d’une «  épidémie de transgenres  » causée par l’éducation nationale.

Le reste est à l’avenant.

  • L’assistance pouffe devant l’écriture inclusive, quand elle n’y voit pas une menace civilisationnelle.
  • La loi Taubira reconnaissant l’esclavage et la traite en tant que crimes contre l’humanité est raillée.
  • l’Algérie française est même regrettée,
  • des rires gras fusent au sujet de George Floyd.

Coorganisé par l’Observatoire du décolonialisme et le Collège de philosophie, ce colloque visait à tordre le cou à l’idée que «  l’oppression serait l’unique clé de lecture du monde contemporain  », selon le philosophe Pierre-Henri Tavoillot.

À la fin du colloque, on peut se demander si ce n’est pas le concept même d’oppression qui était visé. Pour mieux en nier les ravages hier et aujourd’hui.


Aurélien Soucheyre – Source (Extraits)


4 réflexions sur “Dans les pas du réac Blanquer

  1. Ancre Nomade 10/01/2022 / 18:27

    …ces vautours-là
    leurs yeux cerclés de fin et d’ors
    qui d’un tel artifice
    empêche qu’on sonde
    de leur âme
    le fond sombre et sinistre…

    Extrait de forcément 7 publié il y a une heure (l’ancre nomade)

  2. bernarddominik 10/01/2022 / 19:08

    Blanquer est de mauvaise foi, mais il suffit de s’abonner aux groupes archéologiques ou pro-russes pour découvrir combien les africains noirs sont remontés contre tout ce qui est blanc, souvent sans rapport avec la thématique du groupe. Et c’est surprenant comment nos universitaires passent à côté de cette réalité. N’en déplaise aux « anti racistes » « wokistes »… il y a bien un problème

  3. Danielle ROLLAT 12/01/2022 / 19:26

    il a bonne mine aujourd’hui avec le bazar dans les établissements scolaires, les mesures, contre mesures qui changent sans arrêt. Ca va être chaud demain..
    Comme sa collègue Madame VIDAL qui organise en pleine épidémie, les « partiels » trimestriels des étudiants, dans des salles dépourvues d’aération, sans contrôle des passes de vaccination, permettant ainsi à des porteurs (je n’invente rien) de venir contaminer les copains, les empêchant de finir la session, les renvoyant donc à un hypothétique rattrapage.

    Ma petite fille et son copain, qui ont pourtant reçu 3 doses de PFIZER sont concernés et apprécient, les parents et la fratrie aussi.
    Merci qui ?

  4. luc nemeth 15/01/2022 / 16:44

    Certes l’Université française, en a vu d’autres, mais il y quelque chose de scandaleux dans l’attribution (même temporaire) des locaux de la Sorbonne à cette peu républicaine pitrerie…

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