Les P.O. – 2/4

Le prieuré de Serrabone (66)


Le prieuré Sainte-Marie de Serrabona(ou Serrabone), fondé au début du XIe siècle, sur la commune de Boule-d’Amont (66), situé à proximité des gorges du Boulès, et demeure encore aujourd’hui d’accès difficile.

L’église a été classé au titre des monuments historiques en 1875.

L’église actuelle est formée par la nef de l’église antérieure (celle de la mention de 1069), à laquelle fut adjoint un collatéral, un transept, une galerie de cloître et les absides lors des travaux d’agrandissement du XIIe siècle. C’est cet édifice, consacré en 1151, que l’on peut voir aujourd’hui. Cependant, toute la partie occidentale, effondrée au début du XIXe siècle, a été refaite dans les années 1950-1960. La façade ouest a alors été dotée d’une baie bien trop large par rapport aux autres ouvertures de l’église.

Au chevet, les deux absidioles du transept ne sont pas visibles car intégrées au massif de l’édifice, par contre l’abside centrale est bien visible.

La nef est voûtée en berceau brisé et le collatéral en demi-berceau. Les deux vaisseaux communiquent entre eux par deux arcades percées dans le mur les séparant (mur faisant partie de l’édifice du XIe siècle). Les trois absides sont voûtées en cul-de-four.

Il reste peu de choses de la décoration intérieure en dehors de la tribune, si ce n’est des traces de fresque sur le mur sud de la nef.

Portail Nord

Le portail Nord est constitué d’un placage de marbre sur la façade de schiste du collatéral . Deux colonnes de marbre reçoivent un boudin recouvert de motifs en méplat. Le chapiteau de gauche dont on peut trouver un modèle semblable à l’abbaye Saint-Michel de Cuxa représente un Christ trônant, bénissant de la main droite et tenant un livre dans l’autre. Des anges dissimulant leurs corps derrière des ailes l’entourent. Sur le chapiteau de droite, deux lions se rejoignent dans l’angle dans une tête commune4.

La tribune

Elle a été réalisée avec du marbre rose provenant des carrières de Bouleternère, cette découverte se fit grâce à un incendie qui mit au jour une veine de marbre qui après examen géologique s’avérera être le même que celui du prieuré. Ce marbre orne de nombreuses autres églises romanes des environs.

Elle est située à peu près au milieu du vaisseau central. On peut remarquer quelques non-ajustements dans l’assemblage des blocs et des sculptures la constituant : cela résulte dans le fait qu’ils ont probablement été taillés avant d’être assemblés dans l’église même, ce qui a alors nécessité des ajustements de dernière minute.

La tribune a une forme à peu près rectangulaire de 5,60 x 4,80 mètres pour une hauteur avoisinant les 3 mètres. Une balustrade domine cet ensemble sur une hauteur d’environ 1,50 mètre. Il est à noter que les croisées d’ogives présentes sous la tribune ne sont en aucun cas une forme primitive de voûte gothique : elles ont ici un rôle purement décoratif, afin de cacher la voûte d’arête les surplombant sans jamais la toucher5.

Une telle tribune est une forme architecturale rare : seule l’abbatiale de Cruas (07) en présente une de cette époque et il ne reste que des vestiges de celle de l’abbaye Saint-Michel de Cuxa (66).

Le décor sculpté

La façade est composée de trois arcs de marbre de même dimension dont la conception générale représente le triomphe du décor et d’une sculpture de remplissage. On peut chercher ses origines dans l’art roman lombard de l’Italie du Nord. Le thème retenu est une théophanie avec l’Agneau comme figure divine. Les écoinçons sont ornés de pétales de fleurs et de sujets religieux, des anges, le lion de saint Marc, l’aigle de saint Jean, l’agneau divin sur un fond timbré d’une croix, l’homme de saint Matthieu et le taureau de saint Luc.

Les chapiteaux reprennent les thèmes iconographiques de la façade. Sur les deux piliers extrêmes on trouve un centaure sagittaire à corps de lion dirigeant sa flèche contre un cerf. En face, un homme vêtu d’une tunique est debout entre un centaure et un lion. Un chapiteau représente saint Michel luttant contre le démon avec des éléments de style semblables à la tribune de l’abbaye Saint-Michel de Cuxa. Sur les motifs d’angles d’un autre, des gueules de lions dévorent une proie et sur une des faces, un des monstres semble cracher un serpent. Tous ces motifs symbolisent la renaissance des forces du mal. Un chapiteau représente la société féodale : un seigneur, un clerc et un paysan sont sculptés sur trois angles, un singe figurant le démon est sculpté sur le quatrième, tourné vers la porte nord.

Dans les chapiteaux suivants, la signification se perd au bénéfice d’un autre principe de la sculpture romane, la recherche de la beauté dans un décor à caractère monumental. Le motif le plus simple est la succession de lions sur les quatre faces du chapiteau. Parfois une grosse tête vient interrompre l’organisation vers le centre ou des aigles affrontés occupent toute la corbeille. Ces chapiteaux illustrent une belle intégration de la sculpture à l’architecture4.

Le cloître

Il est accolé au côté sud de l’église, et ses arcades ouvrent sur le ravin à proximité du prieuré. Un petit jardin s’étend à son pied, sur une des terrasses ménagées pour soutenir le prieuré. Ses arcades sont ornées de colonnes et de chapiteaux en marbre.

La galerie possède encore un enfeu dans lequel subsistent des traces de peinture murale.

Les chapiteaux

Les chapiteaux de la galerie Sud forment deux groupes de valeurs artistiques inégales, ceux donnant sur l’extérieur sont archaïques avec un faible relief et un modelé inexistant. Les masques humains sont simplement gravés, l’échine des lions est rectiligne et les crinières forment des entrelacs. Ceux de l’intérieur sont animés et pittoresques. Ils sont semblables dans leur approche aux chefs-d’œuvre de la tribune. Les deux séries sont de la même époque et on y retrouve la structure et les thèmes de ceux de l’abbaye Saint-Michel de Cuxa : les aigles, les lions, les lions-griffons et l’homme comme spectateur.


Collection personnelle, Photos MC, Droits réservés, Appareil Sony Alpha 500 (Zoom 18/55 ou 55/200). Temps d’hiver très changeant.


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