Une réalité

Deux choses sont très importantes à l’orée des déploiements oratoires exprimés par les candidats en vue de la présidentielle de 2022.

Faire passer une suintante communication sur le fait que tous les demandeurs d’emploi ne seraient pas enclins à chercher réellement du travail et ensuite établir des conditions éjectant le maximum de personnes pour faire croire que le nombre de chômeur diminue grâce à la politique du gouvernement en place. Sauf que la réalité est tout autre.

C’est bien la politique consistant à précarisés au maximum le monde salarial qui porte nombre de personnes accourait à recourir à « Pôle emploi ». C’est ce système-là, c’est cette politique-là qu’il faut changer entre-temps pour un programme adéquate tant au niveau de l’élection présidentielle que les législatives à suivre. MC


À Pôle emploi, la politique de radiation bat son plein

Alors que le gouvernement exige le renforcement des contrôles sous couvert de remettre les chômeurs récalcitrants au travail, les privés d’emploi, notamment de longue durée, vont être également soumis à ce flicage pour faire baisser les statistiques.

« Les demandeurs d’emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leur allocation suspendue. » Cette phrase couperet, prononcée par le futur candidat Emmanuel Macron, le 9 novembre 2021, n’a pas tardé à être suivie d’effet. Depuis le 1ᵉʳ décembre 2021 et jusqu’en mai 2022, les contrôles des chômeurs sont intensifiés, avec une hausse de 25 % pour atteindre 250 000 procédures dans les six prochains mois (500 000 au total en 2022 contre 400 000 en 2019). Dans cette vaste opération de flicage, les personnes identifiées sur les métiers en tension (bâtiment, aide à la personne…) et celles en projet de création d’entreprise depuis plus de six mois sont ciblées en priorité.

« Bas salaires, conditions de travail pourries »

« On n’arrête pas de nous parler de ces 200 000 à 300 0000 offres non pourvues sur ces professions où il est difficile de recruter, mais on oublie souvent de dire que les conditions de travail sont pourries et les salaires bas », rappelle Guillaume Bourdic, représentant syndical.

La ministre du Travail, Élisabeth Borne, a tenté de justifier ces contrôles accrus : « C’est bien normal, alors qu’on accompagne comme on ne l’a jamais fait les demandeurs d’emploi, qu’on s’assure qu’ils cherchent effectivement du travail. » Qu’importe si les effectifs de Pôle emploi n’ont été renforcés que de 100 équivalents temps plein pour cette année et que seules 941 000 offres soient actuellement disponibles sur le site Internet de l’établissement public pour 6,5 millions de chômeurs, il s’agit de faire baisser les statistiques.

Dans la même veine, le plan censé « redynamiser » les demandeurs d’emploi de longue durée (Deld) risque aussi de se traduire par une exclusion des listes de l’ex-ANPE. Ce dispositif lancé fin septembre par le gouvernement consiste à recontacter 1,5 million de personnes d’ici à fin 2021.

Stéphanie (1), conseillère Pôle emploi en région parisienne, a pu constater que la course contre la montre s’était enclenchée. « On nous demande de convoquer des chômeurs à tour de bras, mais il faut bien comprendre que, s’ils ne trouvent pas d’emploi depuis un moment, c’est souvent parce qu’il y a de grandes problématiques sociales derrière. On ne peut pas les diriger sur un poste en claquant des doigts. »

Pour aller plus vite d’ici au 31 décembre 2021, la direction de l’agence n’a pas hésité à reprendre la main sur les portefeuilles des conseillers. « Un de mes chômeurs s’est vu inscrire dans son dossier qu’un entretien avait eu lieu alors que ce n’était pas le cas. Pour une autre personne, il a été signalé qu’elle ne s’était pas rendue à une convocation alors qu’elle n’a rien reçu ! C’est n’importe quoi », enrage-t-elle.

Pour ce dernier cas de figure, la marche à suivre est explicite. Si le demandeur d’emploi de longue durée est injoignable, il devra être signalé aux services de contrôle de la recherche d’emploi (CRE), a fortiori s’il est sur les métiers en tension. Les jeunes du programme #TousMobilisés, déclarés absents, subiront aussi le même sort. De quoi faire encore grimper les radiations.

Pour les agents, la dénonciation, c’est non

Depuis cet automne, Stéphanie, comme d’autres agents, avait déjà constaté que la machine à rayer des listes était repartie à la hausse. Pour elle, hors de question d’aller dénoncer les demandeurs d’emploi. « Je n’ai dû le faire que deux ou trois fois pour des fraudes. Les conseillers estiment que cela ne fait pas partie de leurs missions, explique-t-elle avant de poursuivre.  « Il y a déjà des tensions à l’accueil des Pôle emploi depuis le Covid et avec la réforme de l’assurance-chômage. Nous allons en plus devoir gérer en partie le contrat d’engagement jeune (CEJ), ça commence à faire beaucoup, là ! Dans notre agence, il nous manque huit personnes. »

L’impression de devenir le « bras armé d’Emmanuel Macron »

Avec cette course aux résultats, le benchmarking (analyse comparative) entre les Pôle emploi bat aussi son plein. « C’est la compétition entre les agences d’une même région. Il y a un classement pour savoir qui a convoqué le plus de demandeurs d’emploi de longue durée, pointe Guillaume Bourdic. C’est le même principe pour le contrôle de la recherche d’emploi. Les collègues ont de plus en plus l’impression de devenir le bras armé d’Emmanuel Macron. »

Alors que les radiations administratives ont grimpé de 28,4 % entre le deuxième et le troisième trimestre 2021 – après une période d’arrêt pendant la première vague du Covid – pour revenir sensiblement au niveau d’avant la crise, la tendance n’est pas près de faiblir.

Si le taux de radiation pour absence d’actes positifs de recherche d’emploi se maintient autour de 15 % entre 2019 et 2021, battant en brèche le mythe des chômeurs profiteurs, certains d’entre eux sont aussi percutés par le passage obligé au tout-numérique.

Comme le raconte Luc Chevallier, représentant syndical SUD emploi : « Nous avons eu connaissance du cas d’une personne qui avait postulé à 29 offres par courriers recommandés et qui a été radiée car cela n’avait pas été fait via le site Internet. Ils ont jugé que cela ne constituait pas des actes positifs suffisants ! »

Tout en précisant ces mesures gouvernementales, le directeur général de Pôle emploi, Jean Bassères, gonflé d’optimisme, avait même estimé dans les colonnes du Parisien le 13 décembre que « le plein-emploi (était) un objectif atteignable ».

Après le coup de massue de la réforme de l’assurance-chômage diminuant les droits de centaines de milliers de précaires, pour Éric Heyer, économiste à l’OFCE, cette stratégie de contrôles renforcés risque d’éviter de produire le résultat espéré. « Contrairement au modèle scandinave, où le marché du travail est flexible et les demandeurs d’emploi peuvent, comme au Danemark, toucher 90 % de leur ancien salaire pendant quatre ans, en France, il y a une flexibilité sans sécurité. En catégorie A, seuls 48 % des chômeurs sont indemnisés, on va les radier, et après ? Cela va juste faire baisser le chômage un mois ou deux. En focalisant les contrôles sur les métiers en tension, l’idée est aussi de contraindre à prendre des offres dégradées. Il aurait plutôt fallu mettre des moyens pour mieux accompagner les demandeurs d’emploi vers un travail. »


(1) Le prénom a été changé.


Cécile Rousseau – Source (Extraits) 


3 réflexions sur “Une réalité

  1. bernarddominik 27/12/2021 / 11:39

    L’accompagnement est insuffisant.
    Les formations pas toujours adaptées.
    Mais, il y a 2 réalités auxquelles notre société doit répondre : des études déconnectées du monde du travail, ainsi des étudiants bac+5, voire bac+7 ne trouvent que du travail au Smic, avec plusieurs millions de chômeurs des emplois de service ne sont pas pourvus.
    Peut-on adapter le marché du travail aux demandeurs d’emploi?
    La réponse est clairement non.
    Il faut donc que ce soient les demandeurs d’emploi qui s’adaptent aux offres. Et cette réalité est inacceptable pour certains. Alors que doit-on faire ?
    Créer une allocation d’inadaptabilité comme ou le handicap? La réalité est dure, et encore bien moins aujourd’hui qu’hier, et chacun doit l’affronter. Macron n’a pas de solution miracle, même la FI et le PCF qui disent que chacun a droit à un travail, oui je suis d’accord, et Macron aussi, mais lequel?
    L’état de Roussel peut-il proposer un million d’emplois pour observer les oiseaux?

    • Danielle ROLLAT 27/12/2021 / 21:22

      C’est un crève cœur de voir des jeunes titulaires d’une licence, d’un BTS ou plus, se précipiter sur un emploi de catégorie C de la Fonction Publique, pour manger et payer leur loyer.. je l’ai vécu dans ma propre famille…
      Si cette démarche est honorable, elle contribue à relever malgré eux, le niveau des concours d’entrée (tant de postes à pourvoir..) et à « couper l’herbe sous le pied » des jeunes titulaires d’un brevet voire d’un bac.
      Enfin ces jeunes lauréats acceptent de facto, une rémunération inférieure, pendant quelques années avant de pouvoir passer les concours internes de niveau supérieur et libérer l’emploi initial… seront-t-ils remis au concours suivant, par ceux qui veulent supprimer des centaines de milliers de fonctionnaires ?
      Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais quel gâchis pour la société.

  2. jjbadeigtsorangefr 27/12/2021 / 11:43

    On dépense beaucoup plus pour contrôler les chômeurs que pour vérifier l’utilisation qui est faite du fric que l’État balance aux entreprises pour ledit emploi et qui ne fait que croître les dividendes.
    On utilise beaucoup de moyens, y compris de boîtes privées qui ne servent à rien pour maquiller les statistiques et la réalité du chômage.
    On préfère payer des chômeurs plutôt que des retraités alors que la plupart de travailleurs arrivent à l’age de la retraite en situation de sans-emploi.
    Monde pourri…………

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