Mettre la main au panier

Mettre la main au panier est une expression grivoise,

Euphémisme un peu rude de « mettre la main au cul » à une femme, dont les traces écrites sont relativement récentes — la fin du XVIIIᵉ. Il est donc difficile de savoir si elle date, comme on le dit couramment, de l’époque où les femmes portaient des « paniers à baleines » autour de la taille pour faire gonfler leurs robes et leur donner les silhouettes que l’on voit sur les gravures de fin XVIIIᵉ siècle.

Cependant, au cas où l’expression serait vraiment ancienne et aurait seulement échappé à la plume des chroniqueurs érotiques, on peut se demander si les robes à paniers de l’époque Louis XV ont réellement inspiré la métaphore, car « mettre la main au panier » est une façon de parler assez crue, dont il n’est pas certain du tout qu’elle ait pu naître dans les salons huppés où la mode avait cours. De plus elle signifie mettre la main au sexe, carrément, et non pas la glisser vaguement sous les jupes des dames…

Par contre, le « panier » est un des désignatifs du sexe de la femme depuis fort longtemps. Au XVIᵉ siècle, on disait déjà « avoir son panier percé » pour « perdre son pucelage ». Pourquoi cette image éloquente?

Bien sûr, je l’ai dit, le sexe peut engendrer n’importe quelle image… Cependant il faut voir que ce qui est aujourd’hui le pénil, le « mont de Vénus » — dit autrement la « touffe » — s’appelait dès l’ancienne langue le poinil ou panil. Mettre la main sur le panil d’une fille paraît un geste assez naturel dans les échanges amoureux de tous les temps.

On trouve déjà le mot et la chose dans un fabliau du XIIIᵉ, De la demoiselle qui ne pouvait ouïr parler de foutre, où un galant faux naïf détaille l’anatomie de la belle en lui posant des questions hypocrites :

Cil sur le panil sa main met,
Sel senti creü et barbé.
Et qu’est ce ci, por amor Dé?
Par foi, feit ele, c’est un bos
Dont li mur sont tres bien enclos
De ma fonteine tot entour
N’i a autre mur n’autre tour.

Dans ce texte le mot panil est du reste employé au sens général de « con », lequel, un peu plus haut dans le récit, a le sens restreint de sphincter vaginal que la demoiselle appelle sa « fontaine ».

Le « panil » a-t-il pu donner le « panier » ?

Ce n’est pas du tout invraisemblable; d’autant que la substitution a pu être aidée par l’image parallèle du cabas, « panier de jonc », courante dès le XVᵉ siècle. En effet, le cas est un des désignatifs les plus courants du sexe à l’époque :

Son petit cas tout bellement
Le mieux que je peux, j’entretiens. (XVᵉ, Théâtre.)

(Ce mot qui signifie « trou » est le même que le chas d’une aiguille et c’est l’évolution de cette image qui a donné le chat, puis la « chatte » (voir ci-dessus.)

Le cabas procède donc d’un jeu de mots traditionnel entre le « cas bas », le « trou bas », et le « cabas », panier. Mettre la main au panil, au cabas, au panier?… Il est plus que tentant d’y voir un seul et même héritage.


Extrait du livre « La puce à l’oreille » – Auteur : Claude Duneton  Ed. Stock. (1978)


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