Quand la pollution rend fou

Sans surprise, la crise écologique atteint désormais la sphère mentale des humains.

C’est bien le moins. On a très mal commenté, ces dernières semaines, une nouvelle fracassante : selon une étude sérieuse, menée dans 10 pays du Nord comme du Sud, trois jeunes de 16 à 25 ans sur quatre jugent l’avenir « effrayant,(1)».

Notamment à cause de ce dérèglement climatique sans issue discernable. Cette fameuse « écoanxiété » est une nouveauté radicale, et touche davantage encore les pays pauvres que le nôtre.

Dans un monde moins fourbu que celui où nous vivons, ce serait une obsession nationale. Le débat électoral en cours en serait électrisé, jusqu’aux zécologistes officiels, qui jusqu’à maintenant se montrent incapables de s’en emparer pour de vrai. Yannick Jadot est à la fois inaudible et invisible, qui ne parle jamais que des périphéries, quand il faudrait enfin s’attaquer au coeur du problème.

La prolifération des objets matériels n’en est-elle pas l’un des soubassements?

À quand une mise en question du principe industriel, qui implique de fourguer tout et n’importe quoi à un rythme de plus en plus échevelé? Et il n’y a pas que le climat.

Environmental Health News (ehn.org) est une structure américaine mêlant scientifiques et journalistes. Depuis 2002, elle rend publiques des études, diffuse des informations sur les liens entre la santé et diverses pollutions.

Sa haute crédibilité lui permet de maintenir des liens de confiance avec de nombreux organismes officiels. On a donc lu avec grande attention une longue enquête sur la santé mentale des Américains qui fait frémir (2).

Évoquons, car il est impossible de résumer. Dans l’ouest de la Pennsylvanie, Melanie Meade se bat depuis des années. La petite ville de Clairton abrite la plus grosse centrale à charbon du pays et une forte population noire, comme par hasard. Le lien a été fait maintes fois avec l’épidémie locale d’asthme chez les gosses et un taux élevé de cancers

Mais voici que de nouvelles recherches montrent des liens entre le niveau de pollution de l’air et la détérioration de la santé mentale des habitants.

Attention ! Lien n’est pas cause. Mais lien il y a.

Dans le comté d’Allegheny, entre 2018 et 2020, 40 % des adultes ont rapporté avoir connu un ou des jours où leur santé mentale n’était pas bonne. Et même 53 % parmi les 18-44 ans.

Disons-le, ce travail est pionnier, et pas totalement convaincant. Mais le plus important, c’est qu’on découvre chaque jour un peu plus que les particules polluantes ne se contentent pas d’attaquer les poumons. Tous les organes, dont le cerveau, sont touchés.

N’est-ce pas évident ?

Une étude bien plus vaste de 2019, portant sur 151 millions d’Américains et 1,4 million de Danois, constate que les longues périodes de pollution de l’air sont liées à une augmentation de 16 % des troubles bipolaires et de 6 % des diagnostics de dépression (3).

La pollution de l’eau est elle aussi une menace pour le psychisme. Ainsi du plomb, ce plomb dont on sait tous les dangers depuis un siècle, et que l’industrie a pourtant imposé comme complément de l’essence. Ce toxique ne tue pas seulement 400 000 personnes par an aux États-Unis. Il s’attaque massivement, bien que dilué dans les eaux de boisson, au cerveau des gamins.

À leur intelligence.

À leur habilité.

À leur avenir.

Bof, hein?

Concluons par un avis à Jadot, qu’il ne suivra pas.

L’air intérieur des logements, des écoles, des transports et des lieux de travail, où nous passons souvent plus de vingt heures par jour, est bien plus pollué encore que l’air extérieur (4). La faute aux colles et peintures, aux moquettes et plastiques, aux meubles et produits ménagers, qui tous finissent par relâcher des molécules toxiques.

Une campagne électorale qui aurait de la gueule aborderait fatalement une question aussi universelle.

Mais non. L’actuelle présidente du pompeux Observatoire de la qualité de l’air intérieur (oqai.fr), en poste depuis… 2001, n’est autrequ’Andrée Buchmann, ancienne cheftaine à plumes des Verts.

Ce qu’elle a fait?

Rien.


Fabrice Nicolino – Charlie hebdo. 22/12/2021


  1. tinyurl.com/4ma6zde3 (en anglais).
  2. ehn.org/mental-health-2655533166.html (en anglais).
  3. tinyurl.com/32tn8wca (en anglais).
  4. tinyurl.com/2s37me4y

3 réflexions sur “Quand la pollution rend fou

  1. Sigmund Van Roll 26/12/2021 / 18:58

    Il faut être réaliste, avec l’arrivée de pouvoir actuel qui n’a cessé d’ignorer les pollutions industrielles depuis 2017 , ainsi que les gouvernements précédents chez nous , la seule directive est le pouvoir de l’argent . On refourgue toutes les technologies aux puissances étrangères sans scrupules. C’est un vrai gâchis qui m’exaspère 🥵🥵🥵🥵

  2. bernarddominik 26/12/2021 / 19:34

    Ne nous faisons pas d’illusions des observatoires, il y en a plein, qualité de l’eau, de l’air, de la condition féminine, des journaux, du poisson, des crustacés…
    Ils ont été créés par nos énarques présidents pour enterrer les problèmes tout en faisant croire qu’on s’en occupe, et cerise sur le gâteau, ça crée des prébendes avec des postes bien rémunérés sans obligations de résultats, avec gros salaires et avantages en nature tels que voitures et appartements de fonction, voyages tous frais payés…

  3. jjbadeigtsorangefr 27/12/2021 / 11:32

    Il y a incompatibilité entre le système actuel et la préservation de la nature.
    Le fric n’est pas écologique et le premier avatar de Jadot reste qu’il ne remet pas ce système en cause. Le programme de Roussel le fait …

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