La tuile pour les cadeaux de Noël !

Sur demande du parquet de Marseille, Hubert Falco, le maire de Toulon et président de la métropole, vient de se voir saisir 55 081,68 euros sur son compte à la Caisse d’épargne. Il a fait appel.

La saisie ne couvre pas l’in­tégralité du préjudice qu’il est soupçonné d’avoir causé aux finances de la collectivité : 64 500 euros. Une « estimation basse », selon le parquet, d’autant qu’elle ne concerne qu’une période de trois ans (d’avril 2015 à octobre 2018), pendant laquelle l’ex-ministre de Chirac et Sarko aurait bénéficié du couvert gratuit au conseil départemental du Var.

En réalité, les soupçons de repas gratuits remontent à l’année 2002, quand il a quitté la présidence de cette généreuse assemblée. « Depuis plus de trente ans, il est offert aux anciens élus de la collectivité la possibilité de manger au conseil départemental (…). M. Falco préfère déjeuner à ce titre, et en dix minutes, à la cafétéria d’un bol de riz et d’une tranche de jambon accompagnés d’une bouteille d’eau minérale. Les finances départementales ne sont en rien mises à mal », avait expliqué Marc Giraud, le président du conseil départemental, aux syndicalistes de l’Unsa qui s’étonnaient de cette gracieuseté.

Et de préciser au « Canard », qui avait dévoilé l’affaire en 2019 : « Il ne mange rien, Falco, ce n’est pas un épicurien. »

Peut-être, mais, au bout de seize ans, la note pourrait atteindre 307 200 euros, à en croire la PJ de Marseille, qui chiffre l’addition mensuelle à environ « 1 600 euros », soit l’équivalent d’un Smic.

A la suite de ces révélations, la représentante de l’Unsa, objet de pressions, avait déposé, en janvier 2020, une plainte pour menaces de mort. Saisi, le parquet de Marseille a perquisitionné le conseil départemental et a mis en garde à vue en octobre dernier le maire de Toulon, le président du département et sept directeurs ou anciens directeurs de la collectivité locale.

Résultat ?

Falco devrait être poursuivi pour recel de détournement de fonds publics.

Des repas étaient bien mis à sa disposition le midi, le soir et durant les week-ends, ainsi que deux serveurs. De plus, l’élu confiait sa garde-robe au pressing du conseil départemental. Le linge sale, c’est connu, se lave en famille…

Pour se sortir de ce pétrin, Falco, rallié à Macron depuis le 30 août 2021, n’a pas hésité à faire appel à sa nouvelle famille politique. Son téléphone, mis sur écoute, a révélé qu’il avait cherché à faire intervenir les plus hautes autorités de l’État, « notamment, selon le parquet, le président de la République et le ministre de l’Intérieur ». Falco s’est rendu à Paris le 29 septembre pour remettre un dossier à ces deux personnalités et contester une enquête menée, selon lui, « à charge ».

Le 6 octobre 2021, il a rencontré Gérald Darmanin.

S’estimant victime d’« un complot » ourdi par ses adversaires politiques, il nie l’intégralité des faits qui lui sont reprochés. Marc Giraud, en revanche, a reconnu, au cours de sa garde à vue, l’illégalité des repas servis à Falco le midi, tout en assurant ne rien savoir de ceux servis le soir et les week-ends (sans parler des frais de pressing). « Je ne m’en suis pas occupé parce que j’avais autre chose à faire », a-t-il confié aux enquêteurs.

Voilà qui ne devrait pas dissuader le parquet de renvoyer Falco, Giraud et sept directeurs du conseil départemental devant le tribunal pour détournement de fonds publics, complicité et recel.

Difficile d’imaginer, en effet, que l’affaire soit gelée et finisse au frigo.


Jean-Michel Thénard. Le Canard Enchaîné. 22/12/2021


3 réflexions sur “La tuile pour les cadeaux de Noël !

  1. bernarddominik 26/12/2021 / 16:19

    Si je comprends bien il lui faut 2 serveurs pour un bol de riz et une tranche de jambon. Décidément en plus de voler ils mentent. Falco est un mégalomane, comme le Macron, en parcourant les rues de Toulon on découvre qu’il a fait presque tous les corps de métier : pavé une place, fait une fresque, crépis un mur, posé une plaque commémorative, restauré un bâtiment… avec autant d’ouvrages il devrait avoir un gros appétit

  2. Danielle ROLLAT 26/12/2021 / 16:54

    Il n’y a pas de petit profit…
    Et l’on condamne une mère de famille qui dérobe des denrées alimentaires pour nourrir ses enfants…

  3. jjbadeigtsorangefr 26/12/2021 / 18:00

    C’est l’expression d’une mentalité.
    On se sert, on se sert, on… pourquoi ne pas se servir?
    Le plat et succulent alors quel mal y a-t-il à le goutter?
    Encore un service que l’on rend à la collectivité.
    Il n’y a pas une médaille pour ça?

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