Vive la Nature !

Les séquoias montrent la voie

Il était une fois une puissante entreprise, la Walt Disney Company, qui voulait installer une station de sports d’hiver au coeur d’une vallée californienne. Là où vivent des séquoias qui en font la splendeur. Ces arbres sont les plus hauts du monde (plus de 100 mètres) et les plus vieux (jusqu’à 3 000 ans). Des écologistes engagèrent une action en justice. Le tribunal rejeta leur demande au motif qu’ils ne pouvaient pas arguer d’un préjudice personnel.

Le juriste Christopher Stone proposa alors, dans un article devenu célèbre, d’accorder des droits aux arbres. Oui, les séquoias devraient pouvoir plaider ! Il suffirait qu’un représentant parle en leur nom. Et pourquoi s’arrêter aux arbres ? Pourquoi pas les rivières, les lacs, les estuaires, les plages, les crêtes montagneuses, les marais, et même l’air ? et les océans, les pôles ? et chaque espèce menacée, animale ou végétale ?

Son argument fut rejeté par les juges (sauf l’un d’eux, qui le cita dans une « opinion dissidente »). Pourtant, Disney recula. La vallée fut intégrée dans le Sequoia National Park. Emise en 1972, l’idée de Stone fit lentement son chemin. Elle n’était pas si farfelue, après tout.

Aujourd’hui, l’Equateur et la Bolivie reconnaissent les droits de Pacha Mama, la Terre-Mère. Le fleuve Atrato (Colombie), la rivière Whanganui (Nouvelle-Zélande), le Gange et la Yamuna (Inde), le fleuve Yarra (Australie) et d’autres sont dotés d’une personnalité juridique. Ils peuvent se défendre. Des humains parlent en leur nom. Partout dans le monde, des amis de la nature effarés de ce qu’on lui fait subir fourbissent des armes pour mener ce « soulèvement légal terrestre ».

Chez nous, la réflexion la plus avancée est celle qui concerne la Loire. Dans un formidable ouvrage collectif mis en récit par Camille de Toledo (1), des sociologues (Bruno Latour), des philosophes (Catherine Larrère), des juristes (Valérie Cabanes, Marie-Angèle Hermitte), des historiennes (Frédérique Aït-Touati), etc., explorent moult pistes.

« Si « Loire » est corrompue, polluée, abîmée, c’est aussi le cas de toutes celles et tous ceux dont la vie est entrelacée au fleuve. » Alors, comment « écouter Loire » ? Qui doit être pris en compte pour « faire Loire » ?

  • Qui doit « parler pour Loire » ?
  • Qui en seront les représentants, les gardiens, les « traducteurs »?
  • Des « collectifs mixtes de scientifiques, archéologues, hydrologues, riverains, pêcheurs » ?
  • Faut-il créer une « assemblée représentative » ? la reconnaître comme «entité vivante, une et indivisible »?
  • En un mot : comment décentrer « notre vision hors-sol, anthropocentrée, prédatrice, déconnectée » ?
  • Cet été, un collectif corse a proclamé une « déclaration des droits » du Tavignanu, un fleuve côtier de l’île. Le 26 novembre 2021, deux organisations ont fait de même pour la Têt (Pyrénées-Orientales), laquelle est menacée d’assèchement.

Bientôt des droits pour l’ours blanc, l’abeille, l’arénicole, le dauphin ?


Jean-Luc Porquet – Le Canard Enchainé – 15/12/2021


Une réflexion sur “Vive la Nature !

  1. Danielle ROLLAT 20/12/2021 / 19:08

    Et pourquoi pas ?

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