Sur les achat décevant d’EDF : la suite

Un rapport US annonçait les incendies de moteurs dans les centrales nucléaires

Neuf moteurs d’« ultime secours » prenant feu — alors qu’ils ont été installés à proximité des centrales nucléaires françaises pour éviter qu’un accident ne tourne à la catastrophe, style Fukushima (« Le Canard », 8/12) ?

Ça n’aurait pas dû être une surprise pour EDF. Il y a plus de treize ans, la commission de régulation de l’énergie nucléaire américaine, la NRC, avait, en effet, publié un rapport relatant des accidents de ce type dans sept centrales nucléaires US.

EDF en avait eu connaissance, mais cela ne l’avait pas plus inquiété que ça, a indiqué le groupe au Volatile, dans la mesure où « la notice d’information de la NRC ne préconisait pas aux exploitants la mise en oeuvre de procédures ou d’actions spécifiques pour réduire les risques de départ de feu ». Pas de quoi se biler, c’est sûr !

36 chandelles dans le réacteur

L’affaire commence au lendemain de la catastrophe de Fukushima. Le 11 mars 2011, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait alors exigé la mise en place de groupes électrogènes — les diesels d’ultime secours (DUS) —, capables, quelles que soient les conditions (inondation, séisme, chaleur extrême), de continuer à fournir l’électricité pour refroidir le coeur de la centrale.

EDF a commandé 56 de ces monstres — 70 tonnes, logés dans des bunkers sécurisés hauts de 30 mètres —, dont 20 à l’américain Fairbanks Morse, pour ses plus gros réacteurs (1 300 MW). La suite a donné raison au gendarme d’outre-Atlantique. Lors des dix-huit derniers mois, 9 de ces 20 moteurs ont pris feu !

Un rapport américain encore plus ancien (7/7/1994), signé des principaux énergéticiens US (nucléaires et thermiques), expliquait que ces départs de feu, poétiquement appelés « candle fires » (« feux de chandelle »), étaient dus à des « fuites d’huile ». Dont, malheureusement, « la complète élimination [est] impossible du fait du mode de fonctionnement » du moteur lui-même. « La principale cause des incendies, précisait la note, est l’huile qui s’accumule durant les périodes d’inactivité du moteur. » En cas de très grave crise affectant un réacteur nucléaire, l’incendie se produit donc au démarrage du moteur de secours !

Une procédure, appelée « virage », existe bien : prégraissage du moteur par une pompe électrique, puis purge de l’huile à l’air comprimé et, enfin, alimentation en gazole pour le faire démarrer. Mais cette opération, désormais déclenchée par EDF lors de ses contrôles mensuels — c’est-à-dire hors crise —, prend au moins une demi-heure ! Et, à en croire un rapport de l’ASN rédigé le 6 avril dernier à la suite d’un énième début d’incendie à la centrale de Flamanville, elle est plutôt délicate.

« Effectué trop tard, le virage s’avère inefficace, avertit l’ASN. Effectué trop tôt, il ne chasse pas la totalité de l’huile. » Le timing pourra-t-il être respecté à la minute près lors d’un démarrage en urgence absolue, alors que le coeur de la centrale est au bord de la fusion ? Dans un climat de panique nucléaire, les techniciens disposeront-ils de la demi-heure nécessaire ?

L’urgence qui prend son temps

« Pour ces raisons, poursuit Te rapport, les inspecteurs s’interrogent sur la suffisance de l’action de virage » du moteur. Il y a moins d’un mois, le 16 novembre, l’ASN a écrit à EDF pour lui demander de lui indiquer les « moyens mis en oeuvre (…) afin de prévenir les candle fires ». Aujourd’hui, questionnée par « Le Canard », l’Agence n’a plus ces états d’âme : « Les dispositions prévues par EDF ne remettent pas en cause la capacité de ces moteurs à démarrer dans les délais nécessaires pour assurer leur fonction de sûreté. »

Ce n’est pas l’avis des agents d’EDF, cités par le magazine (écologiste) « Basta ! » (11/3) : « La procédure est très compliquée à mettre en oeuvre. Chaque fois, il faut faire intervenir les mécanos et les électriciens. En cas d’urgence, ce sera difficile à faire. » Un ingénieur d’EDF assure, lui, que l’opération « prendra trois ou quatre heures, dans des conditions difficiles ».

Il n’y aura qu’à faire patienter le réacteur !


Hervé Martin – La Canard Enchainé – 15/12/2021


3 réflexions sur “Sur les achat décevant d’EDF : la suite

  1. bernarddominik 17/12/2021 / 09:16

    EdF nous a habitués à l’incohérence de ses choix et sa trop grande confiance en ses ingénieurs pas toujours ingénieux.
    Mais c’est le mode de nomination des cadres supérieurs qui pose question, choisi dans le corps des hauts fonctionnaires, entourage de nos présidents eux mêmes énarques, ils sont plus compétents à créer des taxes qu’à gérer des centrales nucléaires

    • Libres jugements 17/12/2021 / 10:43

      La seule catastrophe sur ce point Bernard réside dans le fait que ces événements d’une part, sont restés secrets et d’autre part, entament la crédibilité sécuritaire des centrales atomiques. enfin et ce n’est pas négligeable, indirectement c’est bien le consommateur usagé qui va payer les frais.

  2. jjbadeigtsorangefr 18/12/2021 / 17:58

    EDF privatisée on va voir ce qu’on va voir.
    Le fric avant tout et c’est la sécurité qui est remise en cause, confiée à des entreprises privée surtout privées de compétences en matière nucléaire.
    C’est comme à la SNCF la sécurité au privé et c’est 23 morts à Brétigny.
    Quand les gestionnaires ont le choix entre le service aux actionnaires et celui du public, que croyez vous qu’ils fassent pour conserver leur poste? Les dividendes d’abord………….et on risque de fermer plusieurs centrales alors que l’hiver s’annonce froid.

Laisser un commentaire