Journalistes… ou pisseurs de lignes ?

Un bon journaliste est un journaliste mort ou emprisonné

Attention, avant de bondir sur votre chaise, nous précisons qu’il s’agit là d’un avis tout personnel de Riss directeur de Charlie hebdo. c’est un jugement un peu à l’emporte-pièce alors qu’il y a certains journalistes ou éditorialistes qui font réellement leur travail… mais c’est vrai ils sont Souvent des indépendants ne dépendant pas d’une ligne éditorialiste d’une entreprise soumise au dictat d’un entrepreneur. MC


Les violences commises par des militants d’extrême droite contre des journalistes en reportage au meeting de Zemmour, à Villepinte, ont donné une tonalité malsaine à cette campagne présidentielle. Et ce n’est peut-être que le début.

Cette fois, c’est Nicolas Sarkozy qui a dénoncé « l’agressivité de certains journalistes » envers Zemmour. Faisant probablement allusion aux questions de Gilles Bouleau pendant le JT de TF1, qui avait eu le don d’agacer le sauveur de la France.

Une remarque qui tombe mat, quelques jours après ce meeting où des militants de SOS Racisme et des journalistes de Mediapart furent frappés, et des reporters de Quotidien expulsés.

Ce n’est pas La première fois que des politiques s’en prennent verbalement à des journalistes.

En 2014, Jean-Luc Mélenchon écrivait sur son blog à propos de journalistes de Libération et, du Monde : « Aucun des « journalistes » de ces deux quotidiens ne sont bienvenus dans mes meetings et déplacements tant qu’ils travaillent pour ces quotidiens! […] J’appelle mes amis à les surveiller de façon étroite et vigilante, à filmer leurs agissements, si possible, dès qu’ils les repèrent, qu’ils agissent à découvert ou qu’ils se cachent sous des faux noms ».

En octobre 2018, il en avait remis une couche en écrivant sur sa page Facebook qu’il fallait « pourrir» et « discréditer » les reporters de France Info.

Il est vrai que parfois les journalistes sont agaçants, à poser des questions idiotes et à couper les cheveux en quatre pour trouver à tout prix des scoops là où il n’y en a pas toujours.

La cuisine journalistique est comme toutes les cuisines, elle peut produire des plats quatre étoiles comme de la funk food. Mais si le jugement sur la qualité de leur travail est une chose, que chacun a le droit d’exercer, la chasse aux journalistes en est une autre. Et c’est d’autant plus grave quand des leaders politiques en sont les chefs d’orchestre.

C’est même un exercice incontournable pour tout politicien qui s’érige en opposant au « système ». Car, pour le bon sens populaire, les journaleux font partie du « système », et deviennent donc des ennemis. Zemmour, l’autre candidat antisystème, a même inversé les rôles en endossant celui de la victime : « Mes adversaires veulent ma mort politique, les journalistes veulent ma mort sociale et les djihadistes veulent ma mort tout court ».

Il est tout de même curieux que Zemmour, détenteur de la carte de presse il y a encore peu de temps, menacé de mort et sous protection policière, se retrouve aujourd’hui dans la position de celui qui désigne ses anciens confrères à la vindicte populaire, en appelant ses militants à les huer pendant son meeting.

Quelle cohérence dans cette attitude?

On n’en voit qu’une seule.

Celle du renégat qui, pour servir ses ambitions, n’hésite pas à s’en prendre à ceux qu’il côtoyait hier, et que, du jour au lendemain, il livre en pâture à la foule qu’il a lui-même excitée.

Cela n’augure rien de bon si un jour il devait diriger ce pays. Les Français qui auront voté pour lui et ceux qui l’auront aidé, il n’hésitera pas à les trahir et à les jeter aux chiens quand ils ne lui seront plus d’aucune utilité. Et il le fera, convaincu d’être le digne héritier de Machiavel et de Talleyrand.

Le métier de journaliste est décidément un drôle de métier. Ils sont célébrés quand ils se font trouer la peau dans l’exercice de leur fonction et en même temps détestés quand ils posent des questions déplaisantes aux politiques.

Doivent-ils se faire tuer ou emprisonner pour bénéficier d’un peu de compréhension de la part du public?

La semaine dernière, la Mairie de Paris célébrait tes 20 ans des citoyens d’honneur de la Ville. Depuis 2001, Paris décerne ce titre à des personnalités qui se battent pour des valeurs d’humanisme et de liberté. Autour de la table se trouvaient Esraa Abdel Fattah, journaliste égyptienne emprisonnée dans les geôles du maréchal Sissi, et Can Dündar, journaliste turc de Cumhuriyet un quotidien qui avait publié quelques caricatures de Mahomet – qui fut condamné à cinq années de prison par la justice d’Erdogan.

Le prix Nobel de la paix 2021 vient d’être décerné à Maria Ressa, une journaliste philippine faisant l’objet de sept poursuites judiciaires qui lui font encourir une centaine d’années de prison.

Prix partagé avec le Russe Dmitri Mouratov, rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, dont la journaliste Anna Politkovskaïa avait été assassinée il y a quinze ans, comme cinq autres de ses collègues depuis 2000.

Que diront les présidents Zemmour et Mélenchon si demain ils se retrouvent à l’Élysée, quand ils rencontreront les dirigeants qui ont mis ces journalistes en prison?

« Merci, vous avez fait du bon boulot»?


Édito du 15 décembre 2021 de Riss. Charlie hebdo.


2 réflexions sur “Journalistes… ou pisseurs de lignes ?

  1. luc nemeth 18/12/2021 / 15:38

    il suffit parfois d’un seul journaliste et qui fait son travail, pour obliger la partie adverse à revoir sa copie : on sait aujourd’hui que dans l’entre-deux-guerres Mussolini, tout en faisant mine de peu se soucier de ce que disait la presse étrangère, passait de longues heures à la… dépouiller

  2. jjbadeigtsorangefr 18/12/2021 / 16:23

    Tous les journalistes ne sont pas à mettre dans le même sac et si l’on regarde quelques émissions de TV telles que « envoyé spécial » ou « complément d’enquête » cela suffit à s’en convaincre.
    Mais, il y a tout le reste les « la voix de son maître » desquels on ne peut attendre que des récits plus ou moins frelatés et des oublis marquants de diffusion de l’information.
    Les grévistes qui tiennent les usagers en otages étant plus fréquents que la volonté de destruction gouvernementale des services publics…………….

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