Bolloré, N’est-ce pas le feuilleton : » gloire et beauté ».

Avant de se retirer, le milliardaire breton entend agrandir le groupe de médias qu’il a constitué et s’en servir pour diffuser ses très droitières idées. Très inquiétantes !

Quoi de mieux, pour occuper sa retraite, que de s’offrir un empire médiatique capable de distraire mais aussi de diffuser de grandes idées identitaires ?

 Aux enfants, Yannick, Marie, Cyrille et Sébastien Bolloré, les affaires courantes et industrielles…

A papa, Vincent Bolloré, les journaux, la radio, la télé et le bonheur de zapper du zozo Hanouna au Zorro Zemmour.

Mais, pour pouvoir partir tranquille, il faut bien préparer le terrain. Faire le ménage, tailler tout ce qui dépasse, kârchériser tout ce qui dérange, tout ce qui pense de travers…

Dessin de Diego Aranega – Le Canard Enchainé

En ce beau mois de mars, la guillotine Bolloré, solidement installée dans la cour de Canal Plus, continue de faire rouler les têtes. Une énième démonstration de la politique de la terreur, devenue la marque de fabrique du groupe depuis sa reprise par le milliardaire breton, six ans plus tôt.

A l’occasion d’un comité d’entreprise extraordinaire, il est cordialement rappelé à tous ceux qui ont osé signer une pétition de soutien à de précédents guillotinés qu’ils doivent présenter des excuses à Sa Majesté Bolloré dans les meilleurs délais. Sinon, la route vers l’échafaud leur est ouverte !

Pourtant, l’humoriste Sébastien Thoen a déjà été licencié, pour s’être moqué d’un des chouchous du patron, l’énervé de CNews Pascal Praud, dans une parodie sur la dérive facho de son émission, « L’Heure des pros ».

Le journaliste sportif Stéphane Guy, qui a défendu Thoen, a lui aussi été limogé. Et trois pigistes qui ont plaidé à leur tour en faveur de Stéphane Guy ont été virés sur-le-champ. Mais ça n’est pas assez pour le croisé Bolloré.

Au nom de la « loyauté » et des « intérêts communs du groupe » , expliquent ses lieutenants, le chef exige toujours plus d’allégeance…

AUTOCRATE.

Ce grand patron ne craint pas la contradiction… Il vient en effet de défendre les « intérêts communs du groupe » d’une drôle de manière. Le 26 février, à la barre de la 32e chambre correctionnelle de Paris, sa maison mère, Bolloré SE, est condamnée à une amende non négligeable de 12 millions d’euros. Accusé d’avoir soutenu financièrement les campagnes électorales de l’autocrate togolais Faure Gnassingbé en échange de concessions portuaires à Lomé, Bolloré espère s’en tirer personnellement à bon compte.

Ce gros malin a tenté de négocier une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, un plaider-coupable à la française, en proposant généreusement d’allonger 375.000 euros… Las, la justice a refusé son offre. Non seulement elle a confirmé qu’elle ponctionnait son entreprise de 12 millions d’euros, mais, en prime, Bolloré a écopé d’un prochain rendez-vous devant les tribunaux, où il est poursuivi en personne pour « corruption d’agent public étranger, abus de confiance et complicité d’abus de confiance ».

Voilà un patron qui, contrairement à ses salariés, sait défendre les « intérêts communs » du groupe. En attendant son médiatique procès, l’exemplaire Bolloré se paie le luxe de racheter à tour de bras des médias qu’il dresse à dire tout le bien qu’ils pensent de lui, de ses affaires, de ses idées. Et tout le mal qu’ils pensent du reste.

La fièvre acheteuse du Breton force le respect. Elle est montée à très haute température en moins d’un an, avec un objectif qui ne se limite plus aux intérêts du business. Le milliardaire voulait aller vite pour s’imposer dans la campagne présidentielle et peser, au point de perturber les esprits jusque dans le bureau de Macron, avec lequel il a quelques comptes à régler.

Le locataire de l’Elysée lui a toujours préféré d’autres riches, Bernard Arnault, Martin Bouygues et Xavier Niel, et ne lui a jamais fait le moindre cadeau. Alors Bollo a mal à l’ego…

La croisade démarre brusquement en décembre 2020, lorsque l’industriel claironne qu’il met la main sur le groupe Prisma, spécialiste de l’actu pipole (« Voici », « Gala »), qui ne risque pas de refaire de sitôt des photos de Sarkozy sur son yacht. Prisma, avalé pour « moins de 200 millions d’euros », a également une fenêtre sur le business, avec son magazine d’investigation économique « Capital », qui n’aura plus le loisir d’écrire la moindre ligne sur les affaires et les entreprises de Bolloré…

Parallèlement au rachat de Prisma, l’offensive sur le groupe Lagardère, en pleine déconfiture, est lancée. L’Elysée tente vainement de la contrer, en envoyant Bernard Arnault au charbon.

Le patron de LVMH, actionnaire à 7 % de Lagardère, est missionné pour négocier avec Bolloré. Les palabres doivent conduire au deal suivant : à Bolloré la radio Europe 1, à Arnault les hebdos « Paris Match » et « Le Journal du dimanche ».

Lors des tractations, il est aussi envisagé que le propriétaire de la chaîne d’info CNews, déjà transformée en caisse de résonance de l’extrême droite, attende l’après-présidentielle pour prendre le contrôle éditorial des médias Lagardère. Mais les promesses de Bolloré n’engagent que ceux qui y croient.

Devenu, le 28 avril, le premier actionnaire de Lagardère, avec 29 % des actions, et libéré de la fameuse commandite familiale, le nouveau champion du groupe met non seulement Europe 1 dans sa poche, mais aussi le « JDD » et « Match ».

Bernard Arnault sort par la petite porte mais n’oublie pas de rafler au passage 20 millions d’euros.

Le fier Bolloré n’attend alors ni 2022 ni même l’été pour mettre ses nouveaux grands médias au pas.

RAID.

Europe 1, promise à un beau partenariat avec CNews, est la première à passer à la machine à laver. Prière de se mettre au service de l’idéologie de Bolloré et du Zemmour Circus.

Obsédé, comme sa nouvelle marionnette, par l’identité, le combat civilisationnel, la théorie du « grand remplacement » et tout ce qui est un peu trop musulman, l’ultra-catho breton remanie à sa manière la grille de rentrée dès le mois de juin.

L’humoriste d’Europe 1 Christine Bellou se moque de Zemmour ? Virée !

Le pilier Nicolas Canteloup se paie la tête du même Zemmour ? Limogé !

Le service politique a besoin d’un vrai chef ? Il s’appellera Louis de Raguenel, vieille gloire de « Valeurs actuelles » qui attendait dans le couloir.

Pour diriger la matinale, ce sera un copain de Zemmour, le journaliste Dimitri Pavlenko, qui déclare sur CNews (27/6) que Marine Le Pen « est de plus en plus au centre ». La sociale-traître !

L’activité reprend intensément au mois d’octobre. Le raid est lancé sur le « JDD » et « Paris Match ». Comme à Europe 1, il s’agit de faire d’une pierre deux coups : installer des chefs plus droitiers, liquider tout suppôt supposé de Macron.

Le sarkozyste Hervé Gattegno passe à la trappe.

Le patron des deux magazines part avec un chèque, après avoir signé une clause de confidentialité. A « Paris Match », on installe un Breton qui navigue à tribord, Patrick Mahé (74 ans), et, au « JDD », le conservateur bien conservé Jérôme Bellay (79 piges). Une télé, une radio, deux hebdos : tout est fin prêt pour le Grand Soir droitier !

Sur Europe 1 (18/10), l’air est devenu très frais. L’audience plonge, mais, désormais, lorsque Bruno Le Maire ose dire qu’il ne partage pas le « diagnostic » de Zemmour, la journaliste Sonia Mabrouk rétorque au ministre de 1’Economie: « Vous ne voulez pas voir la réalité, alors ? »

Sur CNews (27/10), la chaîne où seule la météo ne parle-pas de Zemmour, quand Pascal Praud présente un sondage favorable au plumitif, il s’emballe tellement que l’addition des votes s’élève à… 106 %. Défense de rire.

Du côté de l’Elysée, on se demande soudainement ce qui pourrait arriver si d’autres secteurs que la presse étaient frappés par cette dinguerie. Le monde de l’édition, par exemple.

L’OPA lancée sur Lagardère, via Vivendi, par le Breton déchaîné annonce la fusion entre son puissant groupe Editis et l’autre mastodonte, Hachette Livre. Editis assure déjà la diffusion du bouquin de campagne de… Zemmour.

Un éditeur glissait il y a peu au « Canard » (22/9) : « Nous nous attendons à des censures et à des frayeurs. Est-ce qu’on va nous forcer à faire les matinales d’Europe 1 avec nos auteurs, à proposer l’exclusivité en premier lieu à CNews ou encore à publier les ouvrages des amis de Bolloré ? »


Poser la question, c’est déjà y répondre. Article non signé – lyu Dans L’année du Canard 2021 – N°162 Hors serie.


3 réflexions sur “Bolloré, N’est-ce pas le feuilleton : » gloire et beauté ».

  1. bernarddominik 17/12/2021 / 09:21

    Les médias devraient être protégés des voraces capitalistes milliardaires. Mais c’est sûrement trop demander à des députés trop aisément corruptibles

    • Libres jugements 17/12/2021 / 10:40

      Bonjour Bernard,
      une loi sur la presse d’attendre de l’immédiate après-guerre de 45 imposait la pluralité d’informations. Rappelons-nous les titres d’alors, combat, libération, L’Humanité, France-Soir, le monde, le Parisien, le Figaro, etc. couvrait toutes les tendances partisanes. Chaque titre appartenait plus ou moins à des partis politiques et n’était pas « coiffé » par des entrepreneurs uniquement avides de tirer des revenus financiers des informations voir d’influer sur les politiques ou même de les maintenir en place.
      Rappelons-nous qu’à la sortie de la guerre la plupart des quotidiens ont été nationalisés via la SNEP (syndicat national des entreprises de presse) , Beaucoup d’éditions et le routage distribution dans la maison de la presse étaient des organes contrôlés par l’État – un service public.
      Bien évidemment le libéralisme, aidé en cela par les lois de Maastricht et autres, est passé par là, et ne reste dans les quotidiens que le journal « l’humanité » totalement indépendant et dans les mensuelles « le monde diplomatique »… peut-être que j’en oublie, mais certainement pas beaucoup !
      Bonne journée à toi
      Michel

  2. jjbadeigtsorangefr 18/12/2021 / 17:51

    N’oublions pas la loi de 1881…… que le capitalisme voudrait bien absorber, mais elle n’est pas à vendre et c’est bien dommage pour ces requins.
    Le Canard survit et c’est bien heureux, tout comme Charlie, mais la grosse injection de l’information reste la propriété des rapaces de notre société.
    Amen le fric.

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