Un constat hospitalier…

Dans celui qui fut le premier département français sans aucune liaison ferrée, va-t-on se retrouver dans quelque temps dans cet Ardèche méridional si prisé par les estivants, sans aucun service public hospitalier.

L’hôpital public d’Aubenas 07 rayonne sur la basse Ardèche, accueillant en période d’été plusieurs millier d’estivants et bien évidemment hors période, dans les deux cent mille résidents à l’année, mais avec le handicap de dissémination rurale et des routes sinueuses.

Covid : La situation au centre hospitalier d’Aubenas 07 au 15 déc. 2021

Après un mois de novembre où les chiffres sont brusquement remontés, consécutifs à la cinquième vague, les dispositifs de blocages vont être doucement levés à l’approche de Noël.

I es chiffres sont clairs. Il y a toujours une activité Covid en cette mi-décembre mais elle est bien moins inquiétante, tant en nombre qu’en gravité, que celles connues en 2020. Lundi 13 décembre,

David Saout (responsable des affaires générales, stratégiques, qualité, clientèle et communication) a annoncé que sur huit lits de réanimation, trois sont occupés (c’était le double il y a un an exactement).

Sur l’ensemble des autres services, vingt-quatre cas Covid sont comptabilisés (total quasi similaire à décembre 2020). Il faut y ajouter onze résidents de l’Ehpad Léon-Rouveyrol. Le taux d’absentéisme des personnels s’élève à 9 % contre 11 % à la même période il y a un an.

En novembre, une quarantaine d’agents ont contracté la Covid, sans parler de ceux qui ont été perturbés dans la garde des enfants par la gestion des fermetures de classes pour les mêmes raisons.

Il est évident pour les responsables du centre hospitalier que « la vaccination tempère les gravités, le virus est moins violent. »

Le directeur général, Gilles Duffour, a dû se résoudre à quelques décisions jamais faciles à prendre : « Nous avons limité les visites dans les établissements quand nous avons vu cette augmentation.

Il n’y a jamais eu de blocage total, notamment pour la pédiatrie, la maternité mais nous avons bien remarqué que les gestes barrières avaient baissé. Il fallait stopper la contamination.

Notre objectif, c’est de lever ces mesures à l’approche de Noël. De même, dans les Ehpad, nous allons reprendre les activités au grand soulagement des familles, c’était toujours difficile de laisser les résidents dans leur chambre. »

Le niveau 2 du plan blanc enclenché

Jusqu’au 9 janvier 2022, décision a été prise de déprogrammer certaines opérations.

Il ne s’agit pas évidemment de repousser des opérations vitales ni de restreindre l’accès aux ur­gences mais de ne pas trop surcharger des équipes déjà bien usées depuis le début de la pandémie.

La nouvelle présidente de la commission médicale d’établissement, le D’ Julie Audigier, le justifie : « La tension est importante. Les équipes ont été formidables, elles ont gardé le cap. Elles ont une vraie conscience professionnelle, la créativité pour se réajuster en permanence mais elles sont épuisées. »

L’avis des Usagers de l’Hopital

L’association des Usagers de l’hôpital monte au créneau pour dénoncer l’appauvrissement de l’hôpital public face aux cliniques privées. Appelant à une mobilisation de tous, elle s’inquiète des fermetures de 29 lits au centre hospitalier d’Aubenas dont 12 en gastro-entérologie : « La situation vécue par la population d’Aubenas et de sa région n’est pas isolée ; dans toute la France, les hôpitaux paient l’incapacité des gouvernements successifs à anticiper les déserts médicaux dans lesquels nous vivons. Ils sont la conséquence du numerus clausus mis en place dans les années 70 et des différentes réformes visant la rentabilité immédiate au détriment de la réponse aux besoins de santé de la population. Ces difficultés étaient hélas prévisibles et notre association n’a cessé d’alerter et de dénoncer la catastrophe sanitaire que nous redoutions et que nous vivons aujourd’hui. Certes la pandémie a aggravé la situation mais ne l’a pas créée. »

Départ d’un médecin gastro-entérologue

La direction de l’hôpital confirme ces chiffres et le départ d’un médecin gastro-entérologue pour la clinique du Vivarais : « Ce n’est pas une volonté pour nous de fermer des lits mais nous ne sommes pas en capacité actuellement pour assurer la continuité des soins. Ce ne sont que des fermetures temporaires. » Pour le Docteur Julie Audigier, « ce n’est pas un phénomène nouveau, il n’y a pas la même attractivité. Médecin entre le public et le privé. En clinique, il n’y a pas d’astreinte, de garde, pas de mission d’urgence ».

La direction assure faire le maximum pour pallier ces banques et poursuivre son objectif de recrutement médical de qualité au plus vite

Le Dr Audigier préside la commission médicale

Élue le 19 octobre pour quatre ans, le Dr Julie Audigier, radiologue, est la nouvelle présidente de la commission médicale d’établissement. Elle succède au Dr Joseph Haddad. Déjà très investie dans le développement du centre hospitalier au sein du Codasam (Collectif de défense de l’accès aux soins en Ardèche méridionale), elle désire « travailler sur l’attractivité de l’établissement, avec le souci de la sécurité des soins. Il faut replacer l’hôpital au sein du territoire, son articulation avec la médecine de ville et les hôpitaux locaux. Nous voulons développer aussi la filière d’adressage comme nous le faisons déjà avec le centre hospitalier de Valence, notre hôpital de référence, ou l’hôpital Léon-Bérard à Lyon. »

Quoi de neuf en 2022 ?

Dans le cadre des aides directes issues du Ségur de la Santé, le centre hospitalier a obtenu 3 millions d’euros auxquels il faut ajouter 6 millions d’euros de reprise de dette, c’est-à-dire que l’hôpital avancera l’investissement avant de se faire rembourser. Cela permettra la réalisation du nouveau bloc opératoire, de la stérilisation et de la refondation du bloc obstétrical. « Nous allons reprendre le premier projet (lancé par le directeur précédent Yvan Maniglier, NDLR) qui se situera sur le site des anciennes urgences, explique Gilles Duffour. Il faudra refaire les accès, créer de nouveaux bâtiments. Les démarches vont reprendre en 2022 avec un début des travaux en fin d’année ou début 2023. »

La maison des internes, qui entre dans le même objectif d’attractivité médicale, devrait être prête en avril 2022. Enfin, l’espoir demeure sur l’acceptation par l’Agence régionale de santé d’un deuxième scanner. Ce qui ne serait pas de trop quand on sait que l’établissement albenassien est sous-doté dans ce domaine.


Stéphane BLANC – Le Dauphiné – 15/12/202


2 réflexions sur “Un constat hospitalier…

  1. Danielle ROLLAT 15/12/2021 / 21:55

    Manque de médecins, fermetures de lits, fermetures de services, fermetures d’hôpitaux, agents suspendus, pas d’embauches, salaires de misère, rationnement voire rachat des congés dus, je dis bien rachat… suspension des congés pour Noël… mais les hospitaliers bougent et viennent avec le collectif inter-hôpital de faire une magnifique déclaration, mettant en cause la direction de l’AM-HP, portée par l’Ami Christophe PRUDHOMME, médecin urgentiste à Bobigny, et par ailleurs nouveau conseiller régional d’opposition ! Je crains que la situation évoquée par MICHEL ne se généralise… Serons nous contraints de faire appel aux médecins cubains, qui reprennent leur sac à dos, et qui, rappelons le étaient intervenus dans les DOM ?

  2. jjbadeigtsorangefr 17/12/2021 / 09:08

    Au public les charges relevant du service public, présence permanente, prise en charge des actes les moins rémunérateurs, formation des personnels hospitaliers…
    Au privé les actes les plus lucratifs, l’absence de contraintes l’œil fixé sur la rentabilité, on peut se permettre de payer plus cher les praticiens qui vont drainer la clientèle, pardon la patientèle et rendre encore plus lucratif le marché de la santé…
    Vous voulez que ça change…

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