Encore une dame-de-fer anglaise !

À croire que l’éducation scolaire anglaise formate expressément quelques exemplaires !

Priti Patel : Tout sourire et le visage avenant, la ministre de l’Intérieur britannique, 49 ans, issue de l’immigration, est une dure de dur contre les migrants.

Elle prône des solutions radicales contre l’immigration illégale et ravit la droite du Parti conservateur.

C’est un beau symbole : Priti Patel est née à Londres, en 1972, de parents indiens originaires de la province du Gujarat (comme l’actuel Premier ministre Modi), réfugiés au Royaume-Uni après avoir dû fuir l’Ouganda du dictateur Idi Amin Dada…

Or le projet de loi que Patel défend actuellement durcit à tel point le droit d’asile que ses parents n’auraient pas pu être admis.

Elle est aussi une recalée de Calais, où Macron et Darmanin l’ont fait désinviter d’un sommet européen, le 28 novembre, après la noyade tragique dans la Manche, quatre jours plus tôt, de 27 clandestins. Elle en est réduite à faire la tournée des capitales européennes désirant l’accueillir, ainsi Rome, où elle a rencontré, le 2 décembre 2021, son homologue italienne et le commandant en chef des gardes-côtes. Tel « un poulet sans tête (…) parlant à qui veut bien », résume cruellement le « Times » (30/11).

Son idole depuis l’enfance, c’est Margaret Thatcher, dont les parents étaient épiciers tout comme les siens, qui ont fondé à Londres une chaîne d’épiceries-points presse. D’où son surnom de « Dame de fer bis ». Mais il y a aussi « Priti Woman, ugly ideas » (« Jolie femme, idées moches ») ou « la Terreur des tories »

Incidence diplomatique

Car, dès ses 18 ans, elle a adhéré au Parti conservateur, où elle a fait ses armes dans la com’. Mais elle a aussi fait une embardée, de 1995 à 1997, au Referendum Party, fondé par le sulfureux milliardaire Jimmy Goldsmith, qui prônait déjà la sortie de l’Europe par les urnes, et dont elle était chargée de lisser l’image de misogyne raciste (« The New European », 21/1 ).

Elle a même été lobbyiste pour British American Tobacco, où elle était notamment chargée de « corriger » la réputation du groupe, qui avait collaboré avec la junte birmane… Et, après avoir conquis un siège dans une circonscription rurale de l’Essex, en 2010, elle s’est fait connaître du grand public en expliquant à la BBC être favorable à la peine de mort comme « outil de dissuasion ».

C’est le Premier ministre David Cameron qui la pousse, à l’époque, comme symbole de la diversité permettant de séduire l’électorat d’origine indienne (1,5 million de personnes). Il la fait entrer au gouvernement en 2014, mais elle se retourne contre son bienfaiteur lors de la campagne de 2016 en se rangeant parmi les « brexiteurs enragés ». Cameron a raconté que c’était son comportement qui l’avait « probablement choqué le plus ». «Mais j’étais coincé : impossible de la virer, car cela en aurait fait une martyre du Brexit et aurait alimenté le psychodrame… »

Elle est ensuite promue secrétaire au Développement international dans le gouvernement de Theresa May, qui, elle, n’hésite pas à la débarquer sèchement le 8 novembre 2017, en la rappelant d’un voyage officiel au Kenya.

Il faut dire que Patel s’était lancée dans la diplomatie parallèle en rencontrant des officiels israéliens, dont Netanyahou, à douze reprises, à l’occasion de vacances, sans même en informer Downing Street ! Autre job furtif : la ministre gardait une activité de consultante en marketing pour le marché américain du Nasdaq…

Rattrapée par les patrouilles

Come-back vengeur, elle est repêchée par Boris Johnson, qui la bombarde en juillet 2019, Home Secretary, poste précisément occupé par Theresa May sous Cameron ! Priti Patel continue de faire partie des chouchous de BoJo, puisqu’il la maintient au gouvernement quand éclate, en 2020, une affaire de harcèlement moral à l’encontre d’un très haut fonctionnaire qui accuse sa ministre de « hurlements, jurons et demandes déraisonnables ». Le conseiller aux normes éthiques de Johnson démissionne dans la foulée.

Cette immigrée si bien coulée dans le moule et devenue une pasionaria anti-migrants a été accusée cet été par la presse britannique de vouloir organiser des patrouilles dissuasives de flics en Jet-Ski contre les canots de migrants, voire d’utiliser une machine à vagues… Et c’est à grand-peine que les ONG viennent de lui arracher le fait que les sauveteurs en mer ne soient pas poursuivis dans le cadre de sa nouvelle loi sur les frontières, qui criminalise toute personne aidant un migrant…

Zemmour et Ciotti vont réclamer son clone !


David Fontaine – Le Canard Enchainé – 08/12/2021


2 réflexions sur “Encore une dame-de-fer anglaise !

  1. jjbadeigtsorangefr 15/12/2021 / 15:05

    Et ce n’est pas du fer blanc, c’est du bien carboné, solide, pas une poupée qui dit oui, c’est celle qui dit non.

  2. Danielle ROLLAT 15/12/2021 / 21:41

    Nous sommes prévenus… nous avions déjà les Italiens actuels…

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